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Contrefaçon des motos Yamaha: «La balle est dans le camp du gouvernement burkinabè»

L’industrie japonaise vit actuellement un cauchemar. Alors qu’au Burkina, les engins de la société Yamaha sont victimes de contrefaçon, en Europe et sur d’autres continents, la société Toyota est contrainte de battre le rappel de plusieurs gammes de ses véhicules défectueux. Ainsi, après le rappel de véhicules pour des problèmes d’accélérateurs, Toyota rappelle actuellement plus d’un demi-million de «Prius». Ces problèmes font penser à la chute du mythe de l’industrie automobile japonaise. Mais pour Fukuhara Koji, chargé de la coopération économique et politique de l’ambassade du «pays du soleil levant» au Burkina Faso, il n’en est rien…

Fasozine.com: Quelle est la situation actuelle de la marque «Yamaha», victime de contrefaçon au Burkina?

Fukuhara Koji: Nous avons constaté ce problème depuis longtemps. Le cas de Yamaha est le problème majeur que connaît l’ambassade du Japon au Burkina Faso. Nos deux pays entretiennent d’excellentes relations. Et nous sommes vraiment préoccupés par ce problème.

Yamaha est une marque de moto d’origine japonaise. Elle est bien acceptée par la population burkinabè. Seulement, plus de la moitié de ces motos qu’on retrouve au Burkina sont issues de la contrefaçon. Les pièces de ces engins de contrefaçon sont fabriquées en Chine continentale. La présence de ces motos sur le marché pose des difficultés au distributeur, la CFAO. L’étude que nous avons diligentée à ce sujet révèle que ces motos de contrefaçon viennent du Togo, d’où elles circulent pour franchir les frontières du Burkina. D’autres les transportent dans des camions. Malheureusement, les autorités du Burkina et du Togo ne mettent pas en place un système performant de contrôle.

Face à l’ampleur du problème, l’ambassade du Japon a demandé au Burkina de prendre des mesures concrètes permettant de lutter contre ce fléau. Et la société Yamaha a engagé elle-même un avocat burkinabè pour poser le problème sur le plan juridique. Elle a obtenu du tribunal de grande instance de Ouagadougou, le 4 novembre 2008, une ordonnance autorisant la saisie entre toutes mains des produits de contrefaçon Yamaha.

Par la suite, l’ambassade a eu des discussions avec les responsables de la société et les autorités du Burkina Faso. Malheureusement, aucune mesure n’a été mise en application.

Dans cette affaire, vous pointez du doigt la Chine continentale qui, selon vous, fabrique les pièces des engins de contrefaçon. Que fait le Japon auprès de la Chine pour éviter cet état de fait ?

Il est vrai que les sociétés de fabrication de ces pièces nous posent d’énormes problèmes. La Chine est une usine mondiale. Elle est aussi l’usine de la contrefaçon. La Chine est membre de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) et il appartient au gouvernement chinois de respecter les lois instaurées par cette institution. Le Japon pourrait également engager des discussions avec les autorités chinoises, mais il sera difficile d’éradiquer complètement ce fléau.

Pourquoi, selon vous, les autorités burkinabè traînent-elles les pieds ?

En octobre 2009, nous avons tenu, à Ouagadougou, la deuxième concertation bilatérale des deux pays. Nous avons débattu de plusieurs problèmes, dont le plus important a été le cas de Yamaha. Et nous sommes tombés d’accord sur la nécessité d’accélérer les actions sur le terrain.

Quelles sont les conséquences de cette contrefaçon sur la marque Yamaha ?

La marque Yamaha est d’une bonne qualité et elle est acceptée par les populations burkinabè. Je comprends que l’objectif de celui qui fait de la contrefaçon est d’avoir de l’argent. Mais notre souci premier est la sécurité de ceux qui circulent avec ces engins de contrefaçon, parce qu’ils présentent souvent des défauts de freinage. Ces défauts sont souvent à l’origine de plusieurs accidents, ces motos s’abîment vite et c’est une perte d’argent pour les populations.

Le coût très élevé des motos originales ne justifie-t-il pas le fait que les gens se rabattent sur les engins contrefaits ?

Nous en avons déjà discuté avec les responsables de CFAO. On a convenu d’organiser des campagnes de sensibilisation sur ce fléau. On se dit que si les gens sont informés sur l’existence de ces engins, les dangers qu’ils présentent, ils prendront le soin d’acheter les motos authentiques et de bonne qualité. Nous sommes aussi en négociation avec CFAO pour baisser les prix des motos de marque Yamaha.

Vous connaissez les boutiques et les commerçants qui vendent ces engins. Quelles actions avez-vous menées à leur endroit ?

Il y a une ordonnance que les autorités burkinabè n’appliquent pas. Et il n’appartient pas à l’ambassade du Japon de descendre sur le terrain pour faire la saisie de ces engins. C’est à la société Yamaha et à son avocat, avec la coopération des autorités burkinabè de mener ces actions.

L’ambassade exerce-t-elle une pression sur les autorités pour permettre à Yamaha de rentrer dans ses droits ?

Il y a une décision de justice qui est prise. A qui appartient-il de l’appliquer? Et d’ailleurs, l’ambassade n’a pas d’autre voix officielle pour poser le problème que la concertation bilatérale. Elle l’a fait.

Et si le problème perdure, que peuvent faire l’ambassade et la société Yamaha ?

Le problème est que les populations ignorent beaucoup de ce problème. Et nous pensons qu’il faut organiser des campagnes de sensibilisation autour du danger que présentent ces motos. Nous allons poursuivre nos discussions avec les autorités burkinabè. Il appartient aussi à Yamaha de discuter avec les autorités juridiques. Le gouvernement burkinabè pourrait approfondir avec celui du Japon pour trouver les mesures adéquates à prendre.

Yamaha, n’est-elle pas victime de son succès ?

On peut dire les choses ainsi. Mais la concurrence qui se développe autour de cette marque est néfaste. La société a beaucoup misé sur la qualité, la sécurité et la durabilité. Il est agréable de rouler sur ces motos.

La maison Toyota a fait un rappel massif de ses voitures. Quels sont les risques qu’encoure la société dans cette affaire ?

J’apprécie positivement la décision des responsables de Toyota de rappeler les voitures. La société a même publié un communiqué de presse dans lequel elle prévoit de remplacer gratuitement les pièces défaillantes des voitures. Cette mesure est la bienvenue pour assurer la sécurité des usagers de ces voitures. J’espère que Toyota va contacter CFAO pour voir si des voitures de cette gamme ne sont pas au Burkina Faso. Près de 80 000 de ces voitures sont venues en Afrique, mais au Burkina, je ne sais pas.

Ce problème ne consacre-t-il pas la chute du mythe de l’industrie automobile japonaise ?

Non. Ce genre de problème arrive toujours aux sociétés de fabrication d’engins. Ce sont de petits problèmes techniques et on ne peut pas les éviter. L’essentiel est la transparence, la rapidité de la réaction et la prise de décisions pour endiguer le problème. Toyota le fait assez bien.


Ces rappels font perdre beaucoup d’argent à Toyota. La société n’est-elle pas menacée de fermeture à la longue ?

Non. Ce problème n’est pas catastrophique. Comme je l’ai déjà dit, cela arrive à toutes les sociétés de fabrication d’engins. Toyota a déjà surmonté un problème de même type et, j’en suis sûr, elle s’en sortira encore dans cette affaire.

Morin Yamongbé / Jacques Théodore Balima

Source : fasozine.com

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