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Comprendre le signe positif du solde global de la balance des paiements en 2010

Ces deux dernières années, le Burkina Faso a enregistré un solde global de la balance des paiements positif. En effet, en 2009 et en 2010, l’excédent du compte global a atteint respectivement 224,688 milliards et 83,9 milliards de FCFA contre un déficit de 33,14 milliards de FCFA en 2008. Ainsi, sur deux années consécutives, le Burkina Faso a reçu davantage de paiements en provenance du reste du monde qu’il n’y a effectué de dépenses. Comment comprendre les excédents du compte global de ces deux dernières années ?

Pour répondre à cette question, il importe de savoir que le solde global de la balance des paiements est la somme de trois sous soldes : le solde des transactions courantes, le solde du compte capital et le solde des opérations financières (voir encadré en annexe).

Dans cette logique, on peut dire que l’excédent global enregistré par le Burkina Faso en 2009 puis en 2010 s’explique par deux faits : l’atténuation des déficits du compte courant et l’amélioration du solde du compte capital.
L’atténuation des déficits du compte courant.

Des trois soldes qui composent le solde global de la Balance des Paiements, celui qui traduit le dynamisme de l’activité économique intérieur est le solde de la balance des transactions courantes. En effet, la composante principale de la balance des transactions courantes est le solde commercial c’est-à-dire la différence entre les exportations de biens et les importations de biens. A cet égard, la balance commerciale et de façon plus large le solde du compte des transactions courantes déterminent la compétitivité d’une économie vis-à-vis de ses partenaires.

Pour le Burkina Faso, le compte des transactions courantes est structurellement déficitaire. Pour les trois dernières années, le déficit du compte courant est passé de 431,296 milliards en 2008 à 179,449 milliards en 2009 puis à 144,6 milliards en 2010, soit une amélioration de 58,4% en 2009 et de 19,4% en 2010. L’évolution du solde courant s’explique en grande partie par l’amélioration de la balance commerciale au cours de 2009-2010. En effet, le déficit commercial s’est fortement accentué sur la période 2007 à 2008 passant de 286,6 milliards de FCFA en 2007 à 401,4 milliards en 2008, soit une chute de 40%. Cette forte dégradation du solde commercial est en partie imputable à la facture pétrolière de l’année 2008 couplée à la flambée des prix des denrées alimentaires importées.

Le fléchissement des prix du pétrole observé au cours de 2009 et 2010 en conjonction avec l’augmentation des cours du coton et de l’or a permis une forte amélioration du solde commercial au cours de ces deux dernières années. C’est cette amélioration qui explique la diminution des déficits courants sur les deux dernières années et partant l’excédent du compte global de la balance des paiements.
L’amélioration du solde du compte en capital.

L’excédent global enregistré en 2009 puis en 2010 s’explique également par l’amélioration du solde du compte capital en cours. En effet, le solde de ce compte est passé d’un excédent de 85,743 milliards de FCFA en 2008 à 132,901 milliards en 2009 puis à 169,1 milliards de FCFA en 2010. L’accroissement du solde du compte capital s’explique principalement par l’augmentation des transferts en capital. Ces derniers sont passés par exemple de 86,164 milliards en 2008 à 132,909 milliards en 2009 soit une hausse de 54,25%.

QUELLES IMPLICATIONS ?

L’excédent du compte global de la balance des paiements implique de façon symétrique un solde négatif de sa contrepartie monétaire c’est-à-dire les avoirs extérieurs nets. En d’autres termes, l’excédent du compte global de 83,9 milliards en 2010 correspond à un chiffre négatif des avoirs extérieurs nets ; toute chose qui traduit une augmentation des avoirs ou une diminution des engagements du Burkina Faso vis-à-vis du reste du monde. Cet excédent global de la balance des paiements signifie également que l’extérieur a contribué positivement à la croissance de la masse monétaire nationale c’est-à-dire l’ensemble des moyens de paiements en circulation au Burkina Faso.

Par ailleurs, comme l’excédent du compte global de la balance des paiements résulte de bonnes performances dans les secteurs des exportations de l’or et du coton, un des effets directs de cet excédent est l’amélioration des revenus des agents économiques qui exercent dans lesdits secteurs. On comprend alors pourquoi il y a aujourd’hui une ruée vers le secteur minier en particulier. En effet, depuis deux ans, la plupart des investisseurs, tant locaux qu’étrangers ainsi que ceux du secteur informel (les orpailleurs), se dirigent vers ce secteur au regard des profits énormes qu’ils peuvent y tirer. Ces suppléments de revenus peuvent participer indirectement à l’amélioration des conditions de vie à travers les prélèvements de l’Etat suivis de transferts vers les secteurs sociaux. Toutefois, ces effets indirects ne peuvent s’observer que si le système d’imposition permet de saisir tous les flux liés à cette activité et si les prélèvements sont suivis de redistribution avérée; ce qui n’est pas très sûr.

Au total, l’excédent du compte global de 2009 et de 2010 traduit un certain dynamisme de l’économie burkinabè dans ses échanges avec le reste du Monde. Ce qui semble indiquer que la crise économique et financière que l’économie mondiale connaît depuis 2008 n’a pas produit que des effets négatifs sur l’économie burkinabé. Elle a en effet contribué à rehausser le cours de l’or, ce métal est dès lors devenu une valeur refuge pour certains capitaux privés et publics en l’occurrence les banques centrales.
Cependant, il importe de noter que ces performances de l’économie burkinabé résultent de phénomènes économiques purement conjoncturels. En effet, il est fort probable que l’envolée des cours de l’or et du coton ne continuera pas de façon permanente. Les cours de ces produits chuteront certainement lorsque la reprise économique sera au rendez-vous. A cet égard, les gains que le Burkina Faso a enregistrés ces deux dernières années ne sauraient être source de croissance soutenue et de développement à long terme puisque ces gains ne résultent pas d’un changement structurel de l’économie (amélioration de la compétitivité structurelle grâce à l’industrialisation par exemple) mais plutôt de phénomènes éphémères et exogènes. En effet, il est avéré que la spécialisation dans la production et l’exportation de matières premières n’est pas une source de croissance soutenue et donc de développement compte tenu de la volatilité des cours et de leur tendance générale à la baisse. A cet égard, toute stratégie de développement doit se fonder sur l’essor de l’industrie manufacturière et la conquête des parts de marché aux niveaux régional et international. Or dans le cas burkinabè, on observe, depuis les réformes des années 1991, une tendance à la baisse de la part des exportations comme l’indique le graphique ci-dessous.

De prime abord, on peut noter la tendance générale à la baisse des exportations des produits manufacturiers. Ce qui dénote une dégradation structurelle de la compétitivité des manufactures burkinabé par rapport à leurs concurrents du reste du monde. En effet, la contribution des manufactures aux exportations est passée de 51,2% en 1985 à 3,4% en 2009. Ce qui veut dire que le poids des produits manufacturiers dans les exportations a été divisé par quinze (15) sur la période sous revue.

La baisse des produits manufacturiers exportés s’est faite en faveur des produits primaires dont la part dans les exportations enregistre un trend croissant sur la période. Il s’agit notamment du coton dont la contribution est passée de 19,8% en 1985 à 30% en 2009 après avoir atteint un record de 65% en 2006.

tablo2.gif

En termes de structure, on note que c’est à partir du début des années 1990 qu’il y a eu une rupture structurelle dans la composition des exportations. En effet, il ressort du graphique que c’est à partir de 1993-1994 que les exportations des produits manufacturiers ont cédé le pas aux exportations du coton. De plus, on note que la dévaluation de 1994 n’a pas contribué à améliorer la compétitivité des manufactures nationales. Pis, la valeur des exportations manufacturières a chuté de 32,7% en 1993 à 28,6% en 1994. La chute s’est poursuivie jusqu’en 1997 où la part des manufactures dans les exportations n’était que de 8%.

En somme, le graphique 2 incline à soutenir qu’au fil du temps l’économie burkinabè se spécialise dans la production et l’exportation des produits primaires (coton, or non monétaire) au détriment de l’industrie manufacturière. De ce fait, il est important que les pouvoirs publics soient avertis sur le fait que le boom minier est un phénomène conjoncturel afin d’éviter le syndrome hollandais, c’est-à-dire que le boum observé dans les secteurs miniers et du coton aurait tendance à compromettre tout effort d’industrialisation du pays.

Mahamadou DIARRA

Enseignant à l’Université

de Koudougou et assistant

de recherche au Laboratoire d’Analyse et de Politique Economique (LAPE)/Université Ouaga 2.


Définition et structure de la Balance des Paiements

Définition

La balance des paiements est un document comptable retraçant l’ensemble des transactions, c’est-à -dire toutes les entrées et sorties de biens, de services et de capitaux, entre agents résidents d’un pays et le Reste du Monde durant une période donnée. Il s’agit d’un document statistique qui enregistre sous forme comptable, tous les flux d’actifs réels, monétaires et financiers entre les résidents d’un pays (le Burkina Faso) et les non résidents au cours d’une période donnée qui est en général l’année.2

Le terme de  » résident  » désigne les personnes physiques, quelle que soit leur nationalité, qui ont leur domicile principal au Burkina Faso (à l’exception des fonctionnaires étrangers), ainsi que les personnes morales, burkinabé ou étrangères, ayant un établissement dans le pays (à l’exception des représentations diplomatiques et consulaires).

Le terme « document comptable » renvoie au fait que la balance des paiements est un compte tenu en crédit (+) et débit (-) conformément aux principes de la comptabilité en partie double. Toute opération entre le Burkina Faso et le reste du monde donne lieu à deux inscriptions de même montant et de signe contraire. L’une traduit la nature économique de la transaction (exemples : exportation du coton, importation de moto), l’autre traduit le mode de règlement de la transaction (exemple : règlement par virement sur un compte bancaire).

Un crédit (+) est un flux pour lequel le pays (le Burkina Faso) reçoit un paiement en valeur. Ainsi, les exportations seront enregistrées au crédit de la balance des paiements. Elles donnent lieu, tout comme l’arrivée de capitaux étrangers, à des entrées de devises étrangères dans le pays.

Un débit (-) est un flux pour lequel le Burkina Faso doit effectuer un paiement. Exemple : les importations de marchandises. On distingue 5 types de flux qui sont enregistrés dans la Balance des Paiements : les flux de marchandises (exemples : exportation du coton, importation du riz);

les flux de services (exemple : étude de faisabilité d’un barrage du Niger par les ingénieurs du Burkina Faso);

les transferts unilatéraux (exemples: transferts des sommes d’argent des Burkinabé vivant en Côte d’Ivoire, Impôt payé par un agent non résident).
Les flux de capitaux privés (exemple: achats d’obligations ou d’actions françaises par les burkinabé résidents);

Les flux d’actifs officiels : le terme « actifs officiels » renvoie aux avoirs officiels de réserve détenus par les autorités monétaires. Il s’agit notamment de l’or, des réserves de changes c’est-à-dire des actifs financiers libellés en une devise étrangère facilement acceptée dans les transactions internationales (dollar, euro, yen, DTS etc.)

Structure standard de la Balance des Paiements

Conformément aux règles édictées par le Fonds Monétaire International (FMI) en 1993 dans le 5è Manuel de la balance des paiements, les 5 types de flux identifiés ci-dessus sont répartis en trois comptes qui composent la balance des paiements: le compte des transactions courantes, le compte de capital et le compte financier.

Le compte des transactions courantes

Ce compte regroupe 4 types de transactions :
– Biens (exportations et importations de marchandises) ;
– Services (transports, tourisme, services financiers, etc.) ;
– Revenus : les revenus sont partagés entre « rémunérations des salariés » (salaires versés par des employeurs non résidents à leurs salariés résidents et inversement) et « revenus d’investissement » (intérêts et dividendes afférents aux avoirs et engagements financiers extérieurs, versés et reçus par les résidents) ;
– Transferts courants (contrepartie comptable des dons faits ou reçus par les résidents)

Le compte de capital

L’intitulé de ce compte peut prêter à confusion, puisqu’il ne concerne pas les mouvements de capitaux, mais les transferts en capital, c’est-à-dire la contrepartie comptable des remises de dette ou annulation de créances, ainsi que les achats ou ventes d’actifs non financiers notamment les brevets. Exemple : la contrepartie comptable d’une remise de la dette publique extérieure du Burkina Faso est enregistrée dans ce compte au crédit.

Le compte financier

Ce compte regroupe l’ensemble des mouvements de capitaux, c’est-à-dire tous les flux liés aux avoirs et engagements financiers. Cinq types d’opérations sont à identifier :

– Investissements directs. Ce poste regroupe l’ensemble des transactions sur valeurs mobilières dont le but est d’acquérir une influence sur la gestion de l’entreprise émettrice. Par convention, une opération d’investissement direct est qualifiée comme telle dès lors qu’un investisseur détient 10% du capital social de l’entreprise investie. En deçà de ce seuil, les opérations sur titres sont classées dans les investissements de portefeuille ;

– Investissements de portefeuille. Ce poste concerne l’ensemble des opérations sur titres qui relèvent d’une logique de placement et non de contrôle de l’entreprise émettrice. Les titres concernés sont : actions, obligations et instruments du marché monétaire ;

– Autres investissements. Cette rubrique englobe tous les flux financiers qui ne figurent pas aux deux rubriques précédentes. Il s’agit essentiellement de crédits commerciaux liés à des transactions sur biens et services, ainsi que de l’ensemble des prêts et placements, ceux-ci étant ventilés par secteur (autorités monétaires, administrations publiques, secteur bancaire et autres secteurs).

Produits financiers dérivés. Il s’agit des intérêts sur Swaps, des primes sur options, des gains ou pertes sur contrats négociés sur les marchés à terme;
Avoirs de réserves. Il s’agit de variation des avoirs et des engagements des autorités monétaires du pays à l’égard de l’étranger.

NB : lorsqu’il concerne les flux réels (échanges de biens, de services et paiements de revenus) un chiffre positif (crédit) indique une exportation ou une recette, et un chiffre négatif (débit) représente une importation ou une dépense pour le Burkina Faso. Dans le compte financier, par contre, un chiffre positif traduit une diminution des avoirs ou une augmentation des engagements du Burkina Faso vis-à-vis du reste du monde, tandis qu’un chiffre négatif (débit) correspond à une augmentation des avoirs ou une diminution des engagements du Burkina Faso vis-à-vis de ses partenaires.

Les soldes significatifs de la balance des paiements

Etant un document comptable, la balance des paiements est toujours présentée en équilibre, un poste « erreurs et omissions » permettant d’assurer l’égalité entre crédit et débit. A cet égard, quelle signification donner aux termes « excédent » ou « déficit » de la balance des paiements que l’on emploie couramment ?

Ces expressions n’ont aucune signification économique lorsque l’on considère la balance des paiements dans sa globalité. En revanche, elles ont une signification importante quand on considère les soldes des différents comptes qui constituent la balance des paiements.

En effet, le principal intérêt de la balance des paiements est de faire apparaître les déséquilibres propres à certains types d’opérations et de mettre en exergue les transactions compensatrices de ces déséquilibres.
Ainsi, on identifie en général 5 soldes significatifs au sein de la balance des paiements : le solde commercial ou balance commerciale, le solde des biens et services, le solde des opérations courantes ou solde des transactions courantes ou encore solde courant, le solde des opérations courantes et du compte de capital qui traduit la capacité ou le besoin de financement de l’économie et le solde de la balance globale ou solde global n

Mahamadou DIARRA

2 Des BP sont établies depuis 1816

sous l’influence des mercantilistes

Evenement-bf.net

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