Dans un contexte socio-économique peu favorable et qui a pour corollaire la recrudescence du taux de chômage, certains secteurs connaissent une émergence. On peut dénombrer parmi ces secteurs, le commerce du fer qui prend progressivement de l’ampleur dans notre pays et qui occupe plus d’un. Du fer comme matériel de construction jusqu’aux résidus de fer, rien n’est délaissé dans la chaîne de vente. Tout ce qui était auparavant considéré comme futile (fer de seconde main) permet aujourd’hui à des personnes, de gagner leur pitance quotidienne. Ce sont des commerçants bien organisés dans leur univers, tant en amont par les détaillants qu’en aval par les grossistes nationaux ou internationaux que sont les Indiens. Laquelle organisation se matérialise par la solidarité et l’échange qui est une réalité palpable. Pour mieux comprendre ce secteur d’activité commerciale, nous avons sillonné la ville pour toucher du doigt la réalité en allant constater de visu le quotidien de ces commerçants. Lisez plutôt !
Quand la nature ne nous donne pas le choix, on a alors une tendance à initier voire innover pour subsister. C’est la quintessence des propos émanant de nos colporteurs, détaillants et grossistes nationaux du commerce du fer, que nous avons rencontrés. En effet, le constat est clair, aucune ferraille ne peut encore traîner dans nos ruelles. Mieux, tout un système est mis en place pour procéder à la collecte du fer qu’on considérait auparavant comme futile. A notre arrivée dans un quartier de la capitale, une personne du troisième âge, El Hadji Abdoulaye Kouanda, nous a accueillis au pied d’un tas bien gigantesque de matériaux en fer usagés. A priori, un profane du domaine se demanderait à quoi tout ceci servira. Pour le vieux El Hadji, c’est à cette activité de collecte de fer qu’il s’adonne depuis belle lurette. Depuis 2003, il a entamé l’achat du fer en vue d’une revente à Lomé. Il dispose de camions à cet effet, qui effectuent le transport de ces ferrailles. « Je me suis lancé dans cette activité de ma propre initiative. Je dois le dire, c’est un travail très profitable du point de vue revenus. Même les détaillants chez qui j’achète afin de stoker à mon niveau tirent leur épingle du jeu », a-t-il laissé entendre. Pour lui, cette activité est tout aussi noble que toute autre tâche. Pour ce qui concerne le circuit de commercialisation, il a relevé qu’après la collecte de la matière première que représente le fer, il l’achemine vers deux destinations distinctes selon les opportunités d’affaires et la loi de la demande. Il s’agit du Ghana et du Togo, précisément Lomé. Il a soutenu que Lomé était la destination la plus bénéfique. Une fois la marchandise parvenue à Lomé, ce sont des Indiens qui se chargent de l’achat et de l’acheminement pour une destination asiatique ou européenne. Toute cette rentabilité dans l’exercice de son métier ne doit pas occulter les difficultés qu’il affronte quelquefois, relève El hadj Kouanda. Aussi, à l’en croire, ce commerce du fer lui a permis d’employer plusieurs jeunes qui y gagnent leur vie. Plus loin, dans un quartier limitrophe de Wemtenga, se trouve Lassané Sakandé qui a été formé par le septuagénaire El Hadji Kouanda. Lassané Sakandé, commerçant de fer, lui aussi, a abondé dans le même sens que son prédécesseur en affirmant que ce commerce lui a permis de se faire des revenus non négligeables. Il collabore dans cette tâche avec des résidents dans des provinces, qui se chargent de le ravitailler avec des matériaux en fer issus de leur localité. Lui, répertorie tout le lot de fer aux fins d’effectuer, par la suite, le transport vers Lomé. Cette transaction lui coûte entre 700.000 à 800.000 francs CFA. Une fois que les ferrailles sont à Lomé, le circuit de transport vers l’Europe ou l’Asie reprend son cours par le truchement des Indiens. Lassané Sakandé a révélé une autre utilité du fer et de l’aluminium employés dans la confection des ustensiles de cuisine, à savoir les casseroles, les marmites, ainsi que des charrettes et les brouettes. C’est pourquoi il dit disposer d’un atelier à cet effet.
Des difficultés sont néanmoins leur lot quotidien du fait des colporteurs de mauvaise foi.
Tous sont unanimes sur les difficultés rencontrées dans le milieu. C’est dire donc que les acteurs de ce métier ne voient pas tout en rose. Au nombre des problèmes qu’ils rencontrent, il y a les fréquentes descentes de la police ou de la gendarmerie. Cela est dû au fait que certains détaillants ou colporteurs s’adonnent à des pratiques peu commodes. Certains se laissent en effet gagner par la fièvre du gain facile. Toute chose qui les conduit souvent à subtiliser des matériaux appartenant à d’autres personnes. Dans ce cas de figure, après une plainte légitime des propriétaires, les commerçants collecteurs de fer sont contraints à un remboursement. Aussi, savoir distinguer les détaillants de bonne foi de ceux qui sont malintentionnés demeure un casse-tête quotidien. Cela discrédite ce travail que les acteurs jugent bien noble puisqu’il permet de les nourrir, eux, et leurs familles respectives. C’est au regard de cet état de fait que El Hadji Kouanda soutient qu’il refuse l’achat de tout fer émanant par exemple d’un garage, sans le consentement explicite du propriétaire. Pour ce faire, il a relevé, par ailleurs, que lorsqu’il se rend compte que les matériaux proposés en vente proviennent des installations, soit de la SONABEL, soit de l’ONATEL, il refuse catégoriquement de les acquérir. Ainsi, pour se ravitailler, il achète des vieux imprimeurs, les anciens réfrigérateurs, a-t-il dit.
Adama Dipama, vendeur de fer
« Ce travail me plaît bien. J’y gagne ce qui est nécessaire pour nourrir ma famille. Par exemple, je travaille conjointement avec douze personnes. Je peux revendre du fer que j’ai acheté entre 400 000 et 650 000 francs CFA. C’est vraiment rentable. »
Ibrahim Zida, commerçant de fer, détaillant
« J’exerce ce métier depuis trois ans. Je n’ai pas eu l’occasion de poursuivre mes études, mais c’est de cette activité que vis et je ne me plains pas ».
Roland KI
Lepays




