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Commerçants victimes de pillage : A quelle sauce seront-ils mangés ?

La mutinerie militaire a provoqué d’importants dégâts matériels.
Des magasins ont été pillés. Des mesures palliatives sont prises, mais c’est sans l’adhésion de tout le monde.

Dans la nuit du 22 au 23 mars, des militaires se sont mutinés à Ouagadougou. Il en a été de même la nuit du 29 au 30 mars. Dans leur descente bruyante avec des armes, des biens de commerçants ont été pillés. Boutiques, échoppes, essenceries… ont été pris à partie. Les mutins pendant la furie, avec des fusils d’assaut, ont emporté des marchandises diverses dans les magasins qu’ils ont visités. C’est le cas par exemple de cette petite boutique de vente de vêtements mixtes située à proximité de l’échangeur de l’oues, non loin du camp Sangoulé Lamizana. Ce lieu de vente d’habits avait été la cible des mêmes militaires en décembre 2006 lors de leur bagarre meurtrière avec les policiers. Oumar, le propriétaire dit s’en remettre à Dieu et aux bonnes volontés qui ne cessent de manifester leurs solidarités à son endroit. Si ce n’est cela, ajoute-t-il, lui et sa famille auraient crevé de faim, les militaires pillards, cette fois-ci, ne lui ayant rien laissé. Sur la voie qui longe le lycée Mixte de Gounghin, les mêmes dégâts ont été constatés. Des ventilateurs, des bouteilles de gaz, du matériel d’installation électrique, des postes téléviseurs ont disparu après le passage des bidasses. Ils se sont servis des armes pour tirer sur des serrures des portes. C’est par ce procédé qu’ils ont pu avoir accès aux magasins. Ce qui, aux yeux de ces commerçants, est le signe manifeste que les mutins avaient l’intention de les piller. Le gouvernement, dès les jours qui ont suivi, a annoncé que des mesures seraient prises pour dédommager les victimes du pillage. Il a par la suite informé les mêmes commerçants de son intention de leur octroyer des prêts avec un taux d’intérêt de 6%, le temps de pouvoir traiter les dossiers de dédommagement. Sur ce plan, les points de vue divergent. Des voix dans le milieu des victimes s’élèvent pour contester les propositions du gouvernement. Selon ces derniers, avant que ce problème n’arrive, ils avaient contracté des dettes auprès des établissements financiers. Comment pourront-ils faire face à ces dettes dans la situation présente où ils sont dépossédés de leurs biens, et ensuite rembourser une nouvelle dette, fusse-t-elle avec un taux d’intérêt revue à la baisse, 4%?? L’organisation nationale des commerçants du Burkina (ONACOMB) est du même avis. Pour son vice- président et président de la région du centre, Moussa Dabo, si l’Etat voulait aider les commerçants, il pouvait leur octroyer des crédits sans taux d’intérêt. Quant à son secrétaire général, Mahamoudou Sanfo, il souscrit pour une avance sur les dédommagements en entendant qu’une solution définitive soit trouvée. Dabo insiste sur l’obligation de l’Etat à dédommager les commerçants. Pour lui, ce n’est pas une manifestation légale qui s’est dégénérée et dont on peut accuser ceux qui ont été pillés de n’avoir pas été vigilants. La fédération des commerçants des marchés et yaar de la région du centre, dirigée par Hamidou Compaoré, quant à elle, s’inscrit dans la logique du gouvernement et apprécie positivement les différentes actions menées par ce dernier. M. Compaoré soutient que le différé de 6 mois avant le paiement du prêt contracté devait donner une bouffée d’air aux commerçants, le temps que leurs activités reprennent normalement, vu que le processus de dédommagement serait en ce moment enclenché. La procédure engagée pour l’octroi du prêt, assure des victimes, n’est pas aussi facile comme ce qui se dit dans les médias. L’octroi de prêt est effectué après la fourniture de plusieurs pièces justificatives. Ainsi pour le dédommagement, les commerçants craignent que de tels problèmes ne surviennent. Si on demande de justifier par des factures ou des quittances de la douane, ils avouent que ce ne serait pas facile parce que dans le secteur informel, l’utilisation de pièces justificatives a peu de place pour les acteurs. Hamidou Compaoré soutient que si tel était le cas, il plaiderait en faveur des commerçants dans la mesure où chez certains, les militaires ont emporté et l’argent et les pièces justificatives. Il est conscient également que la conservation des papiers, même quand ils existent chez beaucoup de ses collègues, est leurs derniers soucis. Par ailleurs, l’ONACOMB souscrit à la mise en place d’une commission et un fond à l’image de la commission et le fond qui a géré l’indemnisation des victimes en politique. Cette commission, pour l’organisation syndicale, devrait être composée des éléments du ministère des Finances, du Commerce, de l’Administration territoriale, la Chambre de commerce, des représentants des victimes et du ministère de la Justice. Le syndicat commerçant s’est dit surpris que ce soit une nouvelle structure sortie du bois qui représente les victimes, alors qu’il y avait des organisations de commerçants avant cet incident. Le syndicat voulait porter la revendication des victimes mais, malheureusement, constate-il, la politique a fait une intrusion bruyante.

La Fédération des commerçants des marchés et yaar de la région du centre, quant à elle, émet un avis contraire. Pour elle, il appartient aux victimes de gérer leurs affaires, les structures déjà en place peuvent les accompagner plus tard s’il le souhaite. Dans des circonstances difficiles, les Burkinabè sont habitués aux actions de solidarité. La dernière action en date était le sinistre du 1er Septembre. On dit avoir émis l’idée d’une action de solidarité nationale en faveur des commerçants lors d’une réunion à la Chambre de Commerce pour une éventuelle souscription pour les petits commerçants qui ont vu toutes leurs marchandises partir dans le pillage. Mais il n’y a pas eu de réactions.
Le vice-président de l’ONACOMB se dit surpris de l’action des militaires dans la mesure où la raison d’être de ces derniers, c’est d’assurer la sécurité des citoyens. Si ce sont ces mêmes militaires qui sont à la base des actes de vandalisme, il y a à craindre pour la quiétude au Burkina. Moussa Dabo souligne que la concertation instaurée par le Président du Faso arrive un peu tard. En effet, on a atteint le stade où ceux qui gisent en bas de l’échelle, selon lui, n’avaient pas voix au chapitre. Cette manifestation bruyante des militaires, pour lui, a ceci comme leçon?: même les petits doivent être écoutés même s’il condamne énergiquement les actes de vandalisme perpétrés sur les biens privés par les mutins.

Evenement-bf.net

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