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Comment doubler le nombre de comptes d’épargne pour les populations défavorisées ?

Le projet s’inscrit dans le cadre d’une action de fond des caisses d’épargne, en vue d’élargir l’accès aux services financiers au plus grand nombre parmi les populations défavorisées.

Sous la forme d’une subvention, le projet baptisé « Financial Services for the Poor » est entièrement financé par la Fondation Bill & Melinda Gates, en collaboration avec de nombreux partenaires publics et privés. Son but est de tirer parti des avancées technologiques et de l’innovation afin d’offrir des comptes d’épargne et d’autres services financiers de qualité à des prix abordables aux populations défavorisées des pays en développement. L’opération est menée depuis dix-huit mois par WSBI (World Savings Banks Institute – Institut mondial des caisses d’épargne), une des plus grandes associations bancaires internationales. L’institut est le seul représentant global des caisses d’épargne et des banques de détail. Fondé en 1924, WSBI représente des caisses d’épargne et des banques de détail ainsi que leurs associations nationales dans 90 pays (Asie-Pacifique, Amérique, Afrique et Europe).

En Afrique du Sud, South African Post Office (SAPO) compte faire évoluer les usages en remplaçant le règlement en espèces des prestations sociales par des virements automatisés sur des comptes bancaires à bas coûts, susceptibles d’être également utilisés pour l’épargne ou d’autres paiements.

Epargner pour sortir de la pauvreté

Des recherches menées par la Banque mondiale démontrent que « les populations disposant d’un compte d’épargne sont moins exposées à la pauvreté ». Cette recherche précise aussi qu’en « plaçant des sommes modestes en toute sécurité, les épargnants peuvent se prémunir contre certains risques, comme la maladie ou une mauvaise récolte, se constituer progressivement un patrimoine et préparer l’avenir des générations futures ». Les ménages défavorisés qui ont accès à un compte d’épargne et à d’autres services financiers de base peuvent faire face à certains imprévus et investir pour l’avenir, notamment dans l’éducation. Ils améliorent ainsi leur sécurité financière. Il est aujourd’hui reconnu que l’accès aux services financiers est une condition sine qua non pour briser la chaîne de la pauvreté et soutenir la croissance des pays en développement. Ces constats ont suffi au WSBI pour lancer l’initiative. « En 2008, nous avons signé l’accord de subvention. L’année suivante, nous avons lancé l’appel d’offres pour sélectionner les membres sur la base d’un certain nombre de critères », explique Sara Tironi, responsable de la communication de l’institut basé à Bruxelles.

Au total, l’organisme a sélectionné seize pays parmi ses membres pour participer à cette initiative mondiale visant à augmenter fortement le nombre de comptes d’épargne. L’éligibilité au programme repose notamment sur des critères tels que l’innovation, la pertinence quant aux objectifs assignés au programme, l›impact potentiel et la valeur ajoutée du programme financé, l’engagement et la capacité de la banque destinataire à mettre en œuvre le projet, le développement durable, etc., selon un document fourni par le WSBI. Aujourd’hui, les trois quarts des quelque 1,4 milliard de comptes accessibles dans les économies en développement et en transition sont aujourd’hui gérés par des caisses d’épargne. « WSBI a sélectionné les banques appelées à participer à ce programme au regard des propositions faites par celles-ci pour améliorer l’accès aux services financiers et de leur implication actuelle dans l’économie locale » , explique Sara Tironi. Toutes les banques sélectionnées sont membres du WSBI et participent au rayonnement géographique dans leurs pays respectifs avec une longue tradition d’accompagnement des populations défavorisées. Les projets que les membres du WSBI sont appelés à mettre en œuvre dans le cadre de ce vaste programme s’articulent autour de trois grands axes :

  • Modernisation des systèmes informatiques, afin de rendre les comptes d’épargne plus abordables
  • Développement de réseaux d’agents non bancaires
  • Conception ou restructuration de produits spécifiques pour les populations défavorisées.

Les pays africains fortement impliqués

Le premier projet a été lancé au Kenya, en janvier 2010, en collaboration avec le Kenya Postal Savings Banks Office (KPOSB). A terme, KPOSB devrait compter 1,5 million de clients supplémentaires, dont près d’un million classés comme pauvres. « Les autres projets ont démarré entre janvier et août 2010 », explique Sara Tironi. Les autres pays africains sélectionnés dans le cadre du projet sont : l’Ouganda, où le projet tarde encore à démarrer, la Tanzanie, où il est en cours d’exécution, ou encore le Maroc avec Poste Maroc.

Poste Maroc, qui compte déjà trois millions de clients, espère en conquérir deux millions de plus grâce à ce projet. Il s’agit pour l’opérateur marocain de recentrer son offre de produits d’épargne de base et de cartes prépayées sur la population rurale et périurbaine, dans une économie caractérisée par des taux de bancarisation très faibles et un taux d’alphabétisation de seulement 40%. Dans le cadre de ce projet, des points de service spéciaux seront créés pour aider les clients pauvres à utiliser le service et pour simplifier les produits.

En Afrique du Sud, South African Post Office (SAPO) compte faire évoluer les usages en remplaçant le règlement en espèces des prestations sociales par des virements automatisés sur des comptes bancaires à bas coûts, susceptibles d’être également utilisés pour l’épargne ou d’autres paiements. La banque proposera également ces nouveaux services à ses clients et encouragera les membres des groupes d’épargne informels (système permettant à un groupe d’épargnants de partager un compte commun) à ouvrir des comptes d’épargne individuels. L’objectif de SAPO est de doubler le nombre de comptes parmi les populations défavorisées, pour le faire passer de 2,5 millions à plus de 5 millions.

Le Burkina Faso a bien avancé

Au Burkina Faso, le projet a démarré en mai 2010. En janvier 2011, WSBI a signé un contrat avec l’éditeur Capital Banking Solution (CBS), pour implémenter chez Sonapost un Core Banking System (voir interview). CBS a été sélectionné, suite à un appel d’offre international, pour fournir à Sonapost les nouveaux équipements, les logiciels et les services nécessaires à la mise en place du nouveau système bancaire IT. Le personnel de CBS a déjà commencé le travail sur le terrain avec l›équipe de Sonapost.

Prévu pour une période de trois ans, le programme prendra fin en novembre 2011. Cependant, les résultats ne seront pas évalués avant 2014. « A l’issue de la période de financement, les membres disposeront encore de deux ans supplémentaires pour continuer à implémenter le projet et atteindre l’objectif de doubler le nombre de comptes d’épargne parmi les populations défavorisées », précise Sara Trironi. L’enveloppe budgétaire destinée au Burkina Faso a été fixée à 2,1 millions de dollars, dont 1,6 million destinés au système IT et au marketing. Le reste du financement va à l’assistance technique des experts. « Dans ce montage, chaque membre du WSBI travaillant sur le projet, contribue à hauteur d’au moins 20% du budget » , explique Sara Tironi. Pour le Burkina Faso, l’objectif affiché consiste à faire passer le nombre de comptes de 5 millions aujourd’hui à 10 millions à terme. Il existe certaines opportunités pour développer un service d’épargne de proximité qui desservira les zones rurales dans un rayon de 20 à 30 kilomètres des bureaux de poste. La topographie du Burkina favorise et nuit tout à la fois à ce projet : c’est un pays plutôt à forte densité de population, avec un réseau routier suffisant (du moins pour les motocyclettes), mais les ménages étant regroupés en petits communautés, la capacité de chaque agent motorisé est probablement limitée à quelque 250 clients. « Ce n’est pas assez pour atteindre le seuil de rentabilité, mais ce service s’ajoutant à la palette de services postaux déjà proposés, la répartition des coûts pourrait favoriser la viabilité du projet », explique Sara Tironi.

Mohamadou Diallo,

Lesafriques.com

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