Le climat se dégrade, de plus en plus, entre Chronopost et la société Wacom-BF. La première a commandé des articles publicitaires à la deuxième. Cette dernière a effectué le travail et attendait d’empocher les 4 661 000 FCFA lorsque la bagarre a éclaté entre les deux parties. La source du problème ? La voici: Chronopost a signé le chèque qu’elle a remis à quelqu’un qui agirait au nom de Wacom et qui est allé toucher l’argent frais en banque. Mais ce quelqu’un-là, la société Wacom affirme ne l’avoir jamais mandaté pour cela. Et ajoute qu’elle ne l’a d’ailleurs jamais connu.
La «lettre de commande N°2010-007/DEL/DG.Chronopost» est pourtant claire. Objet: confection de pochettes Chronopost- Grand format 430X560 mm et petit format 330X430 mm. Nom du fournisseur: Wacom-BF. Le chèque aurait dû donc être libellé au nom de ce dernier. C’est pourtant ce que Chronopost affirme avoir fait, en bonne et due forme. Mais le problème, c’est qu’elle l’a remis à un certain Ahmadou Cheikh Zébret, qui ne fait ni partie de la direction, ni du personnel de Wacom. Ce dernier est aujourd’hui introuvable. Aucun de ses numéros de téléphone ne marche. Ce monsieur, «porté disparu», a bel et bien touché le chèque de 4 285 750 FCFA (après déduction des retenues légales). Selon des sources internes à la Banque internationale du Burkina (BIB), l’opération a eu lieu le 31 décembre 2010. Mais où est passé l’argent ? Mystère et boule de gomme. Wacom affirme ne l’avoir jamais reçu. «Je n’ai jamais eu de relation de travail avec le nommé Zébret; je ne l’ai jamais connu, ni entendu parler de lui. C’est lorsque je réclamais mon argent que Chronopost m’a dit que le chèque lui avait été remis», affirme le Directeur de Wacom, Patrice Ouédraogo. Pourquoi ne lui a-t-on pas remis directement le chèque, lui, DG de Wacom ? En vertu de quoi a-t-on remis ce chèque à… Cheikh Ahmadou Zébret ? Comment la banque a-t-elle pu payer les 4 285 750 FCFA à un inconnu qui ne porte aucun mandat officiel de Wacom ? Le chèque a-t-il vraiment été libellé au nom de Wacom ? Ou y a-t-il eu, entre-temps, des complicités ou de faux documents dans le but de retirer cet argent en toute clandestinité ? Questions à multiples inconnues.
Mais il y a quand même une piste. Et tout porte à croire qu’un réseau d’escrocs se serait constitué dès le début de cette affaire. Un ami du DG de Wacom, un certain B. Ouédraogo, est allé le voir pour lui dire qu’il avait «décroché» un marché et qu’il avait besoin d’une entreprise légalement constituée pour l’exécuter. Le Directeur général de Wacom, après avoir analysé la situation, a donné son accord. Marché conclu donc ! Chacun savait combien il gagnait au terme des travaux. Mais voilà qu’après la signature du contrat par Wacom, un autre acteur sort de l’ombre: un certain Issaka Ouédraogo. Et on apprend, du coup, que c’est plutôt lui qui aurait obtenu le marché. Le flou commence à s’installer. Mais les deux individus essaient, autant que possible, de rassurer le DG de Wacom. Ce dernier n’a pas vraiment vu venir le piège. Il s’est plutôt concentré sur l’exécution du travail. Les objets publicitaires ont été livrés, comme prévu, en décembre 2010. Le chèque de 4 285 750 FCFA aurait ensuite été remis, selon Chronopost, à Ahmadou Cheikh Zébret. Et le 31 du même mois, le paiement a été effectué par la BIB. Mais à l’insu du DG de Wacom. Ce dernier, las d’attendre, a dû saisir le nommé Issaka Ouédraogo afin de voir clair dans cette affaire. Mais c’était trop tard ! Certes, son interlocuteur lui a déclaré que Chronopost avait signé le chèque, que le retrait à la banque avait été effectué, qu’il était «actuellement» à Bamako, au Mali, et qu’à son retour, l’argent lui serait reversé. Mais les cartes vont davantage se brouiller. A son retour, rien n’a été réglé. Selon nos sources, il serait allé, une fois de plus, à l’extérieur du pays, sans crier gare. Laissant ainsi le DG de Wacom dans le désarroi.
Et voici la grande question qui ressurgit: pourquoi Chronopost a-t-elle remis le chèque à une tierce personne, surtout qu’elle ne disposait pas d’une procuration régulièrement délivrée par Wacom ? Et ce n’est pas tout: Chronopost savait bien que tous les documents contractuels ont été signés par Wacom: «la facture pro format N°025-2010 et la lettre de commande N°2010-007/DEL/DG. Chronopost». Elle aurait dû, par conséquent, prendre des précautions idoines pour que le chèque soit remis à qui de droit. Mais, à ce niveau, on a tordu le coup à la procédure.
Le DG de Wacom a dû, par la suite, saisir Chronopost afin d’être payé, en vain. Ses multiples relances sont restées infructueuses. Aujourd’hui, c’est la croix et la bannière. Il doit faire face à plusieurs charges: régler les dettes des fournisseurs qui lui ont livré les matériaux nécessaires à la confection des pochettes, mais aussi régler à l’Etat, les taxes y afférentes. Mais voilà que son entreprise subit les pots cassés. Alors qu’il n’a jamais reçu le chèque, ni encaissé les sous. Affaire à suivre.
Par Hervé D’AFRICK, envoyé spécial à Bobo Dioulasso
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