La franchise est un système de commercialisation qui met en relation plusieurs exploitants de labels ou d’enseignes, grâce à un partenariat gagnant-gagnant. L’expert sénégalais en la matière, Christophe E. Kantoussan, de passage à Ouagadougou, a levé le voile lundi 29 juin 2009, sur ce système ui offre plusieurs opportunités d’affaires.
Sidwaya : Qu’est-ce que la franchise dans le secteur du commerce ?
Christophe E. Kantoussan (CEK) : La franchise est un système de commercialisation de produits, de services et de technologies, basé sur une collaboration étroite entre des entreprises juridiquement et financièrement, distinctes et indépendantes, le franchiseur et le franchisé. Dans ledit système, le franchiseur accorde à ses franchisés le droit et impose l’obligation d’exploiter une entreprise en conformité avec le concept qu’il a développé. Le franchisé, en échange d’une contribution financière directe ou indirecte, a l’autorisation et l’obligation d’utiliser l’enseigne ou la marque du produit ou service ou savoir-faire et autres droits de propriété intellectuelle, soutenu en cela par une assistance commerciale et technique du franchiseur pour exploiter le concept suivant un contrat formellement établi entre les deux parties. Voilà la définition de la franchise selon la Fédération européenne de la franchise.
S. : La franchise est-elle un nouveau système de commercialisation ?
CEK. : La franchise est née aux Etats-Unis d’Amérique (USA) au début du siècle dernier, dans le secteur de la location d’automobiles. Des sociétés comme Hertz ont imaginé un système d’expansion des marques sur la base d’une association collaborative avec des entrepreneurs disposés à reproduire un concept qui marche. Ils se sont rendus compte que pour développer les enseignes, ils avaient besoin de nouer des partenariats avec des investisseurs qui s’engageraient à respecter le modus cooperadi, le savoir-faire de la marque, dans d’autres localités géographiques. Le système s’est rapidement développé. Il est arrivé en Europe, notamment en France, dans les années 60 et 70 et s’est vulgarisé à travers les structures qui se sont lancées dans le développement territorial. Mais c’est à partir de la seconde moitié des années 70 et au début de 80 qu’il y a eu un boom du système de la franchise, notamment dans la restauration rapide et les services avec les réglementations de l’économie qui ont permis la création de cadres de développement des activités économiques. Le modèle, avec le phénomène de la mondialisation, a commencé à être exporté. Et il s’est en suivi une appropriation de cet outil certains pays ayant compris le potentiel énorme de création d’entreprises et d’emplois.
S. : Quels sont les secteurs d’activités concernés par ce système ?
CEK. : La franchise est présente dans de nombreux secteurs d’activités, notamment dans la production et la commercialisation des biens et services.
S. : Comment devient-on franchiseur ou franchisé ?
CEK. : La participation aux salons de la franchise comme celui qui se déroulera du 9 au 11 avril 2010 à Washington aux USA, constitue une porte d’entrée dans ce système. Ces salons sont des occasions de mise en liaison avec les grands franchiseurs, les franchiseurs de taille moyenne qui souhaitent exporter leur concept en Afrique ou ailleurs. L’ambassade des USA et la Chambre de commerce et de l’Industrie ont organisé, le lundi 29 juin 2009 à Ouagadougou, un atelier sur la franchise. Ce qui a donné l’occasion aux investisseurs d’avoir des informations sur la question et les concepts qui existent. La Chambre de commerce et la Maison de l’Entreprise qui ont manifesté un intérêt pour le système de la franchise pourraient accompagner les investisseurs à développer et offrir des modèles dans le cadre de la franchise et les exporter éventuellement.
S. : y a-t-il des conditions à remplir pour s’engager dans la franchise ?
CEK. : Il y a des droits et des obligations en matière de franchise. Le franchiseur doit mettre à la disposition du franchisé, son savoir-faire de gestion, son organisation, ses manières de procédures, procéder à la formation. Il doit donner un soutien commercial, un appui, un encadrement technique de manière à maximiser les chances de réussite de son partenaire. Celui-ci, pour sa part, paie le droit d’entrée afin de pouvoir exploiter le concept qu’il a choisi, des redevances annuelles fixées de commun accord avec le franchiseur. Dans certains cas, le franchisé peut participer à des campagnes de marketing, respecter un code de déontologie pour protéger la confidentialité et le savoir-faire dont il a bénéficié.
S. : La franchise existe-elle en Afrique ?
CEK. : Le Maroc s’est vite approprié le système de la franchise dans les années 80 et a aujourd’hui, une dynamique associative assez intéressante qui permet de vulgariser le concept. L’Afrique a un taux de réseau de franchise de l’ordre de 90%, le Maroc 30%. Le Sénégal, le Ghana, la Côte d’Ivoire sont à un niveau de présence d’enseigne qui se situe dans la fourchette de 20 à 30%. Ce qui est intéressant, c’est le mouvement d’accueil et d’attraction de franchiseur dans ces pays.
S. : Quel intérêt un pays comme le Burkina Faso et au-delà l’Afrique, peut-il tirer de la franchise ?
CEK. : La franchise permet la création de valeur ajoutée. Parce que, comme vous le savez, l’Afrique essaie d’appliquer le maxime selon laquelle le secteur privé est un moteur de la croissance. Et pour ce faire, elle doit œuvrer à la promotion de l’entrepreunariat dans tous les secteurs d’activité. Ce qui n’est pas simple. Le taux de réussite et de survie des entreprises qui ont été lancées n’est pas élevé. C’est plutôt le taux de mortalité qui est fort. Il n’y a pas beaucoup d’entreprises qui survivent au-delà de cinq ans après leur création. La franchise est un instrument qui permet de corriger ce problème et de maximiser les chances de survie des entreprises. Elle offre non seulement l’opportunité de création d’entreprises et de valeur ajoutée, mais également celle d’emplois et augmente les chances de survie avec l’accompagnement technique du franchiseur. Par conséquent, la franchise est une chance pour les pays africains, car elle contribue à résorber le taux de chômage dans la population. L’appropriation du système aide à créer des entreprises locales, ainsi que des franchises locales à même de donner la possibilité à des investisseurs nationaux ou de la sous-région d’exploiter des enseignes ou labels. Ainsi, des concepts peuvent être importés, mais également développés pour soutenir les économies des différents pays.
S. : Est-ce que cette technique commerciale n’empêche pas le développement de labels locaux au détriment de ceux internationaux ?
CEK. : L’ouverture aux autres concepts, labels ou enseignes permet une certaine mise à niveau. Elle offre la possibilité de comprendre des mécanismes ou des systèmes qui, à première vue, paraissent sophistiqués. Ainsi, des investisseurs ou des entrepreneurs peuvent s’inspirer des bonnes méthodes et des expériences de réussite pour améliorer leurs pratiques, organiser des outils de gestion. La cohabitation peut susciter une vocation de se développer et de s’exporter à l’intérieur de leur pays ou à l’extérieur.
S. : Le Burkina Faso est-il suffisamment préparé à accueillir le système de la franchise ?
CEK. : Le Burkina Faso est membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Dans ce cadre, il a les mêmes réalités et contraintes que les pays de cette zone. L’opérateur ouest africain est très ambitieux et il est en train de prouver une certaine avancée par rapport aux institutions, en l’occurrence celles financières et de promotion. Il faut continuer dans ce sens en prouvant aux institutions que nous pouvons adopter des modèles bien que les financements ne soient pas évidents. Avant de s’engager dans la franchise, les deux partenaires signent un contrat. Mais au préalable, le franchiseur exige une réflexion, du candidat à la franchise, lui montrant la viabilité du modèle. Il l’accompagne dans cette phase. Le modèle est ensuite simulé dans ses différents scénarios et les réponses dégagées à partir de la réflexion permettent d’entamer l’étape suivante. A partir de ce moment, le franchisé potentiel s’entourent de conseils juridiques et légaux pour signer un partenariat avec le franchiseur. Et c’est de l’intérêt des deux parties que ce partenariat réussisse. C’est en cela qu’ils observent avec toute l’attention requise, si toutes les conditions sont réunies pour que ce partenariat soit gagnant. L’un défend une image, un modèle qu’il souhaite voir briller et se développer où qu’il se trouve, l’autre une aventure, un investissement dont il entend tirer les bénéfices. En arrivant à l’aéroport international de Ouagadougou, on remarque des franchises de location d’automobiles américaines. Ce qui indique que la franchise bien que peu développée, existe dans le pays.
S. : Que conseillez-vous aux gens qui souhaitent se lancer dans la franchise spécifiquement et l’entrepreunariat, de manière générale ?
CEK. : Nous encourageons les gens à s’engager dans l’entreprenariat privé à travers ou sans la franchise. L’entrepreneur est un acteur du développement qui crée de l’emploi, de la valeur ajoutée, ce qui est bénéfique à la société. J’encourage particulièrement les jeunes à se lancer dans le privé, car l’avenir leur appartient et il se construit aujourd’hui.
S. : Quels sont les obstacles au développement de la franchise ?
CEK. : L’accès au financement pour les candidats à la franchise n’est pas facile. L’environnement institutionnel commence à changer, mais pendant longtemps, il a été hostile à l’entreprenariat privé. Nous assistons de plus en plus à une réorganisation des structures d’appui à l’entreprenariat privé. La Maison de l’entreprise par exemple, au Burkina Faso, est une illustration de cette évolution.
S. : Quelle est la place du secteur privé dans le développement de l’économie sous-régionale ?
CEK. : Le secteur privé doit être une force de proposition. Partout, nous avons vu à l’occasion de la crise économique mondiale, que les scénarios de sortie de crise sont issus de solutions concertées entre un Etat qui aide à apporter les ressources aux secteurs privés à qui on demande de se configurer, s’adapter à la demande pour la sortie de crise. Il appartient au secteur privé local ouest-africain de réfléchir pour tirer son épingle du jeu de la mondialisation en travaillant en intelligence avec les gouvernants.
Interview réalisée par
Séraphine SOME
Avec la collaboration de
Rabanki Abou-Bâkr Zida
Source : sidwaya.bf




