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Ces entrepreneurs que l’on aime : Hapsatou Sy (Ethnicia) pour son énergie

Huit salons Ethnicia en propre, quatre en franchise, c’est le bilan – très provisoire puisque l’heure est à l’expansion – de son petit empire. Des lieux où la beauté se conçoit de manière globale (esthétique, coiffure, relooking…) et melting-pot (clientèle black, blanc, beur & co).

30 000 euros en poche. Pas d’entrepreneurs dans sa famille. Son sens et goût du business tiendrait en partie, dit-elle, à ses origines peules. « J’ai toujours vu ma mère impliquée dans des tontines. Les femmes ne montent pas des entreprises en tant que telles, mais ça y ressemble. » Effectivement, il est bien question de retour sur investissement. Elle avait 30 000 euros en poche lorsqu’elle a décidé de monter sa boîte après ses études. Bien insuffisant. « Cela fait maigrir de chercher de l’argent ! » plaisante-t-elle aujourd’hui. Ce fut moins drôle à l’époque : pas de caution personnelle, pas de prêt. Qu’à cela ne tienne, elle se lance quand même.

Système D. Pour son premier local de l’île Saint-Louis, le bailleur lui prend 19 000 euros de garantie. « J’ai mis toute mon énergie à meubler et décorer en pesant chaque centime me restant, et réalisé des merveilles. » Son budget est épuisé ? Pas de quoi l’abattre, ce sera système débrouille pour la communication. Sur 50 tee-shirts, elle inscrit « Ethnicia » au marqueur. Appelle des copines qui rameutent les leurs. Et toutes débarquent un soir devant Cathy Getta, qui les laisse entrer et déposer leurs flyers sur les tables de sa discothèque.

Petit Poucet. Depuis cette époque, Hapsatou Sy a livré d’autres batailles. Récemment, un procès gagné en première instance contre Generali. Une histoire de bail et de « mise sous pression, façon géant contre Petit Poucet ». Bilan des pertes : 1,5 million d’euros, la disparition de son salon de l’Opéra, et un bon coup au moral. Mais la belle ne se laisse jamais démonter. « Tant qu’il n’y a pas mort d’homme… »

“Hapsatou Sy : « J’ai toujours vu ma mère impliquée dans des tontines. Les femmes ne montent pas des entreprises en tant que telles, mais ça y ressemble. »

D.R.”

A 24 ans, Hapsatou Sy faisait déjà parler d’elle en lançant les salons « Ethnicia ». Aujourd’hui, elle multiplie les projets et vient d’ouvrir son 4e espace beauté. Retour sur une success story.

Rendre toutes les femmes belles et mettre en valeur leur différence, c’était le pari d’Hapsatou Sy en créant il y a quatre ans son concept de salon de beauté globale et sur mesure, Ethnicia.
Elle s’était installée sur l’Ile Saint Louis sans se rendre compte du prestige du lieu et avait remporté le 2e prix de l’innovation commerciale qui lui avait ouvert les portes de la Défense afin d’ouvrir son 2e salon. Aujourd’hui, la jeune entrepreneuse continue de jouer des coudes.

Comment avez-vous eu l’idée en 2005 de lancer Ethnicia ?

Je me suis rendue compte que l’offre des salons de beauté, de coiffure, d’esthétique était toujours segmentée en fonction du type de peau ou de cheveux. Or, je trouvais dommage de séparer les gens. J’ai donc décidé de créer un concept global qui prenne en compte toutes les beautés et sache travailler sur la différence.

A l’époque, vous n’aviez que 24 ans et aucune expérience dans ce domaine. Qu’est-ce qui vous a motivé à tenter l’aventure ?

J’ai toujours été assoiffée de liberté et je voulais créer une entreprise qui me corresponde, qui véhicule des valeurs et mette en avant l’éthique avant le business.

Comment s’est passée la création d’Ethnicia ?

Au départ, comme beaucoup, j’ai cru que cela allait être facile. Qu’avec de la volonté, j’allais y arriver. J’ai commencé avec 30.000 euros, mes bras et mes jambes ! Mais, créer une entreprise est difficile. On doit surmonter des échecs et surtout convaincre.
De cette période, j’ai beaucoup appris et cela continue. Je me suis construite et j’ai grandi, je pense, plus vite qu’une jeune femme de mon âge. J’ai tout de suite du être crédible. Ma crainte aujourd’hui serait presque de ne plus connaître d’échecs car cela voudrait dire que tout est acquis et que je n’avance plus.
Votre premier salon a ouvert sur l’Ile Saint Louis. Vous avez tout de suite visé haut pour votre projet ! Au départ, je ne connaissais pas du tout la réputation de l’Ile Saint Louis et le local que j’avais trouvé n’était pas si cher. Je me suis donc installée et c’est ensuite que j’ai compris que j’avais eu une réelle opportunité. Cela a positionné Ethnicia au rang des concepts haut de gamme, même si je pratique des tarifs accessibles à toutes les clientèles.

Vous avez participé au prix de l’innovation commerciale. Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

De la crédibilité. Avant, je passais devant les grandes enseignes en rêvant de pouvoir les imiter un jour. Le concours m’a permis de me faire connaître et de rentrer dans la cour des grands. En se préparant à de tels évènements, on structure son projet et on reçoit les conseils de professionnels ce qui n’est pas négligeable.

L’excellence est votre maître mot ?

J’avoue que je suis très perfectionniste. Je veux que tout soit parfait et c’est pour cela que j’ai créé le centre de formation Ethnicia, afin que tous les salariés acquièrent un savoir-faire sur mesure. Dans mon offre de recrutement je le dis, je suis prête à former des gens motivés à qui il manque un peu d’expérience mais « grincheux et colériques, s’abstenir » ! Je vise la qualité avant la quantité. C’est pour cela que je ne veux pas aller trop vite.

Quatre ans après son lancement, Ethnicia compte quatre salons. Vous commencez à vous faire une place dans le monde de la beauté. Quels est votre modèle ?

Richard Branson ! Il a réussi à s’imposer dans son domaine et est resté très éthique. Il vit aussi sa vie à 100 %, comme moi !

Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?

Après m’être battue pour imposer mon projet, mon credo est « suivez-moi ou tant pis ! ». Soit on croit en moi, soit je me débrouille seule. Je suis peut être jeune mais je n’ai pas besoin de recevoir de leçon de morale. J’ai réussi à faire mes preuves malgré les réticences de certains.

Que vous a apporté la création d’Ethnicia ?

La liberté ! Être son patron est vraiment une expérience unique que je recommencerai avec plaisir.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

Je suis en train de lancer ma licence de marque afin que d’autres entrepreneurs motivés puissent me rejoindre. J’ai aussi préparé une gamme de maquillage qui devrait être commercialisé mi-décembre.

Quels conseils donneriez-vous à un futur entrepreneur ?

Être persévérant, accepter l’échec, croire en son rêve et surtout viser la lune !

Ethnicia :

CA : 2 M euros

Salariés : 70 salariés

Site internet : http://www.ethnicia.com

Par Marianne Rey et Joséfa Lopez pour LEntreprise.com

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