L’exercice auquel vient de se prêter les services du ministère de l’Economie et des Finances est à saluer. Mais le tableau qu’il présente ne rassure pas. La présentation des données dans les termes qui sont propres aux économistes embrouille quelque peu la bonne lecture du tableau économique.
Nous avons essayé dans les lignes qui suivent de la présenter en « français facile » pour un large public.
La première des choses, le côté vert du tableau. Pour le premier semestre de l’année 2010, les indicateurs du gouvernement annoncent un taux de croissance de l’économie d’environ 5,5%.
Comparé à l’année dernière c’est une évolution très positive. La croissance économique au Burkina Faso gagne environ 2 points. Cette évaluation semble être celle d’une institution comme la banque mondiale, dont la représentation
nationale qui a tenu sa retraite annuelle en fin septembre dernier corrobore ces chiffres.
Vraisemblablement, l’installation tardive de la saison d’hivernage ne devrait pas influer négativement sur ce taux de croissance.
La deuxième chose c’est le côté rouge du tableau. Et là le constat que l’on peut faire c’est que beaucoup de signaux sont au rouge.
Commençons d’abord par les indicateurs communautaires de convergence. Il s’agit des points de l’économie pour lesquels l’UEOMA a fixé des seuils à
atteindre ou à ne pas dépasser.
Les seuils à ne pas dépasser :
Pour les recettes fiscales intérieures qui doivent servir au paiement des salaires. Selon l’UEMOA, on ne devrait pas utiliser plus de 35% de ses recettes
pour payer les salaires. Ce critère, le Burkina n’arrive apparemment pas à le satisfaire. En juin 2009, c’était 45,4% des recettes fiscales qui avaient été utilisées pour les salaires. Cette année, pour le premier semestre, il y a une petite amélioration. Le gouvernement a utilisé 38,6% pour les salaires. Les
techniciens des finances pensent que si l’on apprécie bien les données, on peut ramener ce chiffre à beaucoup moins, c’est-àdire autour de 34,4%. Seulement
ils ne disent pas ce qui est pris en compte dans cette évaluation optimiste qui permet au Burkina de respecter la convergence sur les coûts de salaire en rapport avec les recettes propres.
Deuxième seuil communautaire à ne pas dépasser, le déficit extérieur courant, hors dons ne doit pas dépasser 5% selon l’UEMOA. Les projections actuelles du Burkina Faso indiquent que d’ici la fin de l’année 2010, nous devrions être aux alentours de 10,1%, c’est-àdire environ cinq points au dessus de ce qui est autorisé. L’année dernière le Burkina n’avait pas pu respecter ce critère. Mais cette année le déficit devrait être creusé d’environ 1,1%.
Troisième seuil communautaire, le taux de recouvrement des recettes intérieures. Le rapport du ministère de l’Economie et des Finances, ne dit pas où nous en sommes à la fin de juin 2010. Mais il indique très clairement que ce seuil ne sera pas atteint, malgré un recouvrement de recettes qui devrait s’améliorer cette année. Ce qui parait invraisemblable. Les années de grandes élections sont aussi les années de grands incivismes fiscaux. Il suffit de regarder l’aréopage des opérateurs économiques qui sont agglutinés à la FEDAP/BC. Pour cette année, nombre d’opérateurs économiques ont financé l’opération CNIB et actuellement ils financent la campagne. En retour le
gouvernement devrait être assez accommodant pour l’année 2010 et peut-être aussi pour le premier trimestre de l’année 2011.
Les seuils qu’il faut atteindre impérativement :
Les dépenses d’investissement au terme de l’UEMOA doivent atteindre au minimum 20%. Le gouvernement promet de les respecter d’ici la fin de l’année.
Pour le premier trimestre, ce sont 31,4% des recettes internes qui ont
été consacrés à l’investissement.
Comparé à l’année dernière et à la même période, il y a une évolution à la hausse d’environ 1%.
Sûrement à cause des dépenses pour la préparation de la fête du cinquantenaire à Bobo Dioulasso qui sont faites sur fonds propres.
Sur le taux d’inflation, la note gouvernementale est restée vague.
Elle indique que la norme de l’UEMOA devrait être respectée, mais ne dit pas laquelle. Ce qui est donné, c’est la tendance en ce qui concerne ce point. Pour cette année, l’inflation devrait baisser d’environ 0,2%. Une baisse lilliputienne à côté de la grande hausse de l’année dernière qui a été de 8,6%. On peut, sans savoir où nous en sommes à l’heure actuelle, constater que la hausse de cette
année est insignifiante pour ramener la situation de l’inflation avant la crise de 2008 qui était inférieure à 3%.
Autres aspects mitigés
Le déficit du budget de l’Etat s’est détérioré en fin juin de cette année en comparaison de l’année dernière à la même période. Le déficit est de 150,6 milliards de francs en fin juin dernier, contre 65,1 milliards l’année dernière. Si
on excepte les dons extérieurs, ce déficit devrait être encore plus grave et aurait pu atteindre 205,4 milliards de francs cfa.
La note gouvernementale pense cependant qu’il n’y aurait pas de difficultés majeures à faire face à l’endettement de l’Etat en fin d’année 2010. Cette note indique toute fois que le gouvernement a creusé encore un peu plus la dette
de l’Etat. En fin 2009, l’encours de la dette publique Burkinabè était de 1036,4 milliards de francs cfa, six mois après il a été aggravé de plus de 17% et ramené à 1212,6 milliards de francs cfa.
Autres points de préoccupation : la balance commerciale est en rouge pour le premier semestre.
C’est-à-dire que nous avons acheté plus que nous n’avons vendu. La balance commerciale est en rouge de 62,7 milliards. S’il n’y avait pas les dons extérieurs elle devrait être au rouge de 94,7 milliards de francs cfa.
Les avoirs monétaires du pays sont en nette amélioration. Les avoirs extérieurs nets des institutions monétaires sont passés de 563,5 milliards de francs cfa à 675,5 milliards de francs cfa en fin juin 2010. Soit une augmentation de 112 milliards de francs cfa en six mois.
Le tableau de bord de notre économie a plus de voyants qui sont allumés que de voyants éteints. Mais c’est une excellente chose que d’avoir pris enfin la
décision de communiquer. Parce que jusque là c’était le peuple qui était ignorant de la situation réelle du pays.
Les partenaires techniques et financiers eux suivent de près la situation et la savent très bien.
C’est peut-être aussi le début d’application de la circulaire de Tertius Zongo de 2008 sur la devoir de donner l’information.
C’est un bon début.
Par Newton Ahmed Barry
Source : L’Evènement n°002 du lundi 08 novembre 2010




