lundi, octobre 5, 2026
Google search engine
AccueilActualitéBrevets et dépôts de marque : pour que les Africains soient maîtres...

Brevets et dépôts de marque : pour que les Africains soient maîtres de leurs richesses

Le continent africain et ses richesses« Le continent africain regorge de richesses », voici une phrase que l’on entend souvent, pourtant sa complexité n’est pas toujours saisie. Il est facile d’admettre que le sol et le sous-sol africains sont riches, mais nombreux sont ceux qui s’empressent d’omettre la créativité, l’inventivité et les savoir-faire de ses populations. Après tout, l’Afrique n’est-elle pas le berceau de l’Humanité ? Mais alors, me direz-vous, si elle est si riche, pourquoi ses populations subissent-elles continuellement le fléau de la misère, de la maladie, des famines, des guerres, etc. ? C’est une question légitime que l’on peut reformuler de manière positive en se demandant, comment faire pour que les enfants d’Afrique soient les heureux bénéficiaires de leurs ressources ? Une partie de la réponse est, à tous égards, politico-économique, mais le volet commercial reste non négligeable. Certains argueront que ces domaines sont liés, admettons. Cependant, l’aspect commercial, utilisé à bon escient pourrait permettre à la société civile de récolter les fruits de sa créativité et de son travail.

Starbucks vs. Éthiopie

Une affaire toute récente, que l’on appellera ici « Starbucks vs. Éthiopie », illustre parfaitement ce propos. C’est un classique, « David contre Goliath » : dans le rôle de David, le gouvernement éthiopien, encouragé par le succès mondial de sa production caféière, décide en 2007 de déposer aux États-Unis les marques de trois de ses cafés les plus distinctifs, nommément Harar, Sidamo et Yirgacheffe ; une initiative à saluer pour le développement d’un pays dont la production de café constitue la première exportation (1/3 des exportations en 2006-2007 selon l’OCDE). C’est ici qu’entre en scène Starbucks, alias Goliath, la plus grande chaîne multinationale de cafés. Refusant de sacrifier une part, pourtant infime, de son bénéfice au paiement de droits d’utilisation des noms des trois cafés, le géant américain exprime son opposition à l’Association nationale de producteurs de café américaine (NCA). S’ensuit alors une guerre froide entre les deux parties. L’affaire est révélée au grand jour grâce à l’ONG britannique OXFAM qui médiatise le conflit et met Starbucks dans l’embarras, égratignant au passage l’image éthique et durable soignée par l’entreprise (« Coffee that cares »). Après diverses négociations et tractations, les deux parties atteignent un accord alliant aide au développement et commerce équitable. La morale de l’histoire, Goliath a cédé, une fois de plus David a vaincu. Reste à savoir quels sont les « davids » qui bénéficient réellement de cette victoire dans un pays où les petits producteurs ayant obtenu des licences de production continuent de souffrir d’une extrême pauvreté.

D’autres cas emblématiques

Il est toutefois essentiel pour la société civile africaine de s’inspirer de l’initiative menée par le gouvernement éthiopien. En effet, l’Afrique ne cesse de produire et d’inventer tandis que l’Occident continue de se servir et de bénéficier des productions et des inventions engendrées par le continent, utilisant le droit pour légitimer le plagiat exercé par certaines de ses compagnies. Le danger est constant, le Kenya l’a constaté lorsqu’une compagnie britannique a décidé de déposer « Kikoy », du nom d’un tissu fabriqué depuis des siècles au Kenya suivant des méthodes ancestrales et dont l’exportation vers l’Union Européenne est considérable.

Arguant que les fabricants kenyans exerçaient une concurrence déloyale et que le nom original s’orthographiait avec un « i » plutôt qu’un « y », la société britannique s’était crue dans son droit en présentant une demande de dépôt de marque. Celle-ci a été soldée par un refus pour dossier incomplet, mais a servi de piqûre de rappel à la société civile kenyane. Aujourd’hui, différentes associations, telles que le Maasai Market Empowerment Trust militent et informent les artisans et les fabricants kenyans sur la protection de la propriété intellectuelle.

Brevets et marques pour les artisans et producteurs africains

Le beurre de karité d’Afrique de l’Ouest, le beurre de vache du Rwanda fabriqué comme produit cosmétique, le panier kiondo du Kenya, l’or vert extrait du jatropha de l’Afrique de l’Ouest et du Sud sont autant de découvertes et de savoirs-faires que nous devons protéger et dont la propriété intellectuelle doit nous être conservée. Il est donc indispensable d’utiliser les outils internationaux dont nous disposons et qui sont si souvent utilisés à nos dépens afin de récolter le fruit de l’ensemble nos richesses.

À nous aujourd’hui de chérir et de conserver ces remèdes de grand-mère et ce que nous considérions comme des élucubrations de grand-père afin de léguer tous nos biens matériels et immatériels aux générations futures.

Laurentine Amaliza Insonere,

Source : diversitelles.net

RELATED ARTICLES
- Advertisment -
Google search engine

Most Popular