Zéphirin Diabré, en visitant des banques primaires du Burkina Faso en 1995 s’était écrié : « Pourquoi gardez-vous autant de liquidité dans vos coffres ? » (1). Le ministre de l’Economie et des Finances burkinabè de l’époque (aujourd’hui chairman d’AREVA pour l’Afrique et le Moyen-Orient), s’il devait refaire le tour de ces mêmes établissements financiers actuellement, aurait une réaction différente :
« La liquidité est la chose qui manque dans les coffres-forts » de ces mêmes banques. C’est que la crise née de l’éclatement de la bulle immobilière aux USA, les fameux subprimes, est passée par là.
Le 22 novembre 2008, le gouverneur de la BCEAO, lors d’une conférence de presse à Ouaga 2000, avait émis le vœu qu’il y ait des échanges soutenus pour faire face à cette crise, notamment avec les banques primaires.
Auparavant, en juillet 2008 à Abidjan, un conclave avec les PDG et DG des banques et établissements financiers avait campé le décor pour amoindrir le choc de cette crise.
Il est vrai qu’au départ on avait entendu dire que la zone UEMOA avait pratiquement anticipé cette crise, car sa gestion quotidienne de la masse monétaire et des opérations y relatives permettent de ne pas trop sentir le tsunami financier. Il faut relativiser de nos jours ce point de vue, car l’Afrique nage en plein dans la crise. La réunion d’hier à la BCEAO-Ouaga avait deux objectifs :
1) amoindrir les conséquences de la crise sur l’économie de l’UEMOA ; 2) améliorer la situation monétaire dans la zone UEMOA.
En clair, les échanges ont tourné autour de la problématique de la liquidité dans les banques secondaires. Comment la « banque des banques » peut-elle améliorer la situation de la liquidité dans ces banques ?
Car, pour une bonne évolution de la qualité du portefeuille, il faut veiller sur ce plan, fiduciaire.
Habituellement, la BCEAO injectait certes des liquidités dans le circuit, mais pour une durée d’une semaine.
Lors de la présente réunion, les banquiers ont demandé que cette durée soit portée à un mois, et une injection des encours pour ces établissements bancaires, surtout pour le volet correspondance avec les collègues étrangers.
En effet, les banques étrangères rechignent de plus en plus (la crise a exacerbé la méfiance) à accorder des lignes de crédits aux banques nationales.
La réglementation actuelle permet de faire ces transactions sous le parapluie de la BCEAO, mais le hic est que les banques hors UMOA sont enclines à penser que le caractère « risque » est désormais élevé.
C’est pourquoi des aspects tels : les prévisions d’activités en termes de crédits, la collecte des ressources auprès de la clientèle, les relations avec les correspondants étrangers, l’appréciation de la signature de la clientèle, le renforcement du dispositif de maîtrise des risques opérationnels ont été au cœur du face-à-face Henri-Tabley Dacoury/patrons de banques et établissements financiers.
Des questions qui ont permis « d’enrichir les orientations et les conseils » selon Mahamadi Napon, le président de l’APBEF-B. Les complaintes des banques nationales sont tombées dans des oreilles attentives, celles du patron de la BCEAO qui a affirmé : « Ma principale préoccupation est de vous écouter » et de les comprendre sans doute, pour le bonheur des clients.
Z. Dieudonné Zoungrana
Notes :
(1) Article de l’auteur de ces lignes dans Le Pays du 22 mars 1995. Le ministre Diabré invitait alors les banques à augmenter le portefeuille des crédits à la clientèle.
Source : lobservateur.bf




