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Banane : difficile percée africaine à cause des coûts élevés de production et de transport

Principalement portée par la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Cameroun pour une production totale annuelle d’ environ 500.000 tonnes, la filière bananière africaine, pourtant reconnue en progrès de qualité, peine à s’imposer sur le marché international, en l’occurrence européen, à cause des coûts élevés de production et de transport, selon les experts.

Les trois pays africains producteurs de banane ont sensiblement les mêmes potentialités et les mêmes problèmes et le principal problème au niveau de l’Afrique, c’est un coût de production plus élevé que les pays d’Amérique latine, a expliqué à Xinhua Paul Jeangille, expert de la filière bananière d’exportation au Cameroun.

Ancien producteur en Côte d’Ivoire pour le compte de la multinationale belge Cipef (20.000 tonnes annuelles sur une superficie de 500 hectares), M. Jeangille passe pour avoir une vue panoramique de la filière sur ce continent qui en 2010 a exporté près de 570.000 tonnes, contre plus de 568.000 t en 2009 et plus de 611.000 t en 2008, l’année la plus prospère, selon les statistiques de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Au plan particulier, les exportations ivoiriennes venaient en tête avec plus de 244.000 t, contre près de 233.000 t pour le Cameroun, près de 84.000 t pour le Ghana, 3.600 t pour l’Ethiopie et près 89.000 t pour les autres producteurs non cités. Avant de chuter à la deuxième place en 2006 (256.600 t) au profit de la Côte d’Ivoire et de remonter en 2008 (268.700 t), le Cameroun a dominé le classement entre 2000 et 2005, avec un pic de 313.700 t d’exportation en 2003.

Comparé aux 5 millions de tonnes exportées par l’Equateur, premier producteur mondial, « on voit qu’on est tout petit. Quand on est aussi tout petit que ça les tarifs de fret sont forcément plus élevés. Donc, le tarif élevé du transport depuis les trois ports d’Afrique de l’Ouest et du Centre vers notre unique marché qu’est l’Union européenne augmente nos coûts de production », note Paul Jeangille.

Les principaux intrants que sont les engrais et les emballages (les cartons, les plastiques, etc.) sont aussi chers.  » En Afrique, il n’y a pas de grosse production d’entreprise de taille mondiale qui puisse assurer une production à un coût intéressant quand on le compare au coût de production de ces intrants sur le marché mondial « , explique l’expert européen.

« Donc, estime-t-il, soit nous payons nos intrants localement plus cher que sur le marché mondial, soit nous les importons au prix du marché mondial plus le prix du transport ; alors que nos concurrents d’Amérique latine peuvent les trouver généralement localement au prix du marché mondial ».

Pourtant, démontre-t-il, la production de la banane africaine a réalisé de grandes avancées sociales et environnementales, sur lesquelles les producteurs peuvent se baser pour asseoir une politique de marketing vis-à-vis du client final, c’est-à-dire le consommateur qui va s’approvisionner en banane dans les supermarchés ou dans les supérettes.

« Il faut pour cela, préconise-t-il, que nous fassions une propagande marketing pour mettre en avant les avancées que nous avons déjà réalisées et qui n’ont pas été jusqu’ici réalisées dans tous les pays de nos concurrents.

« Deuxième potentialité, la production de banane en Afrique a fait d’énormes progrès au niveau de la qualité ces dernières années. On peut dire qu’actuellement les producteurs de banane d’exportation en Afrique ont un niveau de qualité équivalent aux autres producteurs des pays exportateurs, que ce soit d’Amérique latine ou d’Asie ».

Le continent fait face à une autre contrainte liée sa position géographique, qui ne lui donne pas le choix de son marché de destination.  » Notre unique marché de destination, c’est l’Union européenne. On peut avoir également quelques petits marchés de désengagement comme le marché sous-régional ou le marché d’Afrique du Nord. Mais, la grosse part de nos exportations va sur marché européen », dit Paul Jeangille.

Avec les coûts de transformation également jugés très élevés, la banane dessert camerounaise est exportée fraîche. A cause du marché de l’Union européenne (UE) réputé très exigeant, celle dite hors standard st déclarée non exportable. « Mais, c’est une banane excellente. Elle est actuellement commercialisée sur le marché local et pourrait être conditionnée pour être commercialisée vers le marché sous-régional : Guinée équatoriale, Tchad, Gabon, Nigeria… », commente l’expert.

Ces pays cités ont la particularité de ne pas avoir de production industrielle de banane. Particulièrement, à en croire M. Jeangille, la Guinée équatoriale représente pour le Cameroun un marché d’avenir, non seulement pour la banane, mais pour tous ses produits agricoles. Autrement dit, c’est un marché de niches pour les petits producteurs camerounais surtout, lesquels d’ailleurs n’ont pas en ce moment de possibilité d’exportation sur le marché européen.

Pour l’expert, « ils n’ont plus la capacité d’exporter directement, parce qu’il leur faut une équipe commerciale en Europe pour suivre les transactions, avoir des moyens pour produire 12 mois sur 12. La seule solution, c’est de former une coopérative. Mais là, il faut avoir au minimum 1.000 ou 2.000 hectares par affiliation de petits producteurs et qu’ils soient dans les zones climatiques qui leur permettent de produire toute l’année ».

Une des entreprises industrielles locales, à capitaux français, la Société des Plantations de haut Penja (SPHP) est en train de conclure des accords avec les petits producteurs pour acheter directement leurs productions, apprend-on.

Afriquinfos.com

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