Burkinapmepmi.com : M. KOUANDA, votre structure a été un des grands partenaires des Trophées 2011 des banques et établissements financiers des PME/PMI au Burkina. Qu’est ce qui vous avait le plus motivé à soutenir cette initiative du portail Burkinapmepmi.com ?
KOUANDA Alassane : Permettez-moi tout d’abord de remercier Burkinapmepmi.com de nous avoir proposé ce partenariat. Et il était tout à fait normal que la Fédération l’accepte parce qu’il revient à notre structure d’entreprendre tout ce qui peut aller dans le sens des entreprises. Et je crois que cette activité des trophées a permis un rapprochement entre les institutions financières et les PME et nous permet également d’avoir une autre approche, une autre vision de partenariat entre les banques et les acteurs du secteur privé.
Etes- vous satisfait de cette initiative et serez-vous partant pour la 2e édition en 2012 ?
Je suis plus que satisfait parce que d’une part c’est une action qui dans sa globalité nous permet de nourrir beaucoup d’espoir quant à l’avenir du partenariat entre les PME et les institutions de financement et d’autre part sur certaines facilités de négociation, de rééchelonnement des créances pour certaines entreprises qui sont en difficultés avec les banques. C’est dire que nous sommes disposés et nous allons œuvrer à ce que la deuxième édition puisse vite se réaliser.
Avez-vous des propositions pour améliorer la deuxième édition des Trophées ?
Dans l’ensemble la première édition s’est bien passée, mais comme toute activité, je pense que nous devons essayer de voir ce que nous pouvons avoir comme ajout pour que la prochaine édition soit meilleure. Déjà, nous sommes entrain de faire un travail au niveau des PME pour que non seulement la participation soit très segmentée, c’est-à-dire, qu’à tous les niveaux de l’activité économique, des gens puissent participer de manière à pouvoir animer le panel qui se tient lors de la cérémonie des Trophées. Pour la deuxième édition, nous allons beaucoup nous préparer pour que ce panel soit plus étoffé. 
Parlant de la Fédération Nationale des Petites et Moyennes Entreprises du Burkina Faso. Comment se porte-t-elle ?
Je ne suis pas satisfait du fonctionnement de la Fédération. Cela ne veut pas dire que je ne m’assume pas. Tout simplement parce que la Fédération travaille aussi bien avec des partenaires mais également avec des structures d’appui et avec l’Etat. Elle essaie de faire de son mieux pour avoir des relations au niveau international. Cependant, la Fédération n’a pas la place qu’elle devrait occuper au niveau du Burkina. Elle se mouvoie difficilement parce que la culture associative n’est pas bien établie au Burkina. Les gens ne cotisent pas, le ministère de tutelle ne fait pas grand-chose pour la Fédération ce qui fait que les objectifs qu’elle devait atteindre sont mis en attente de voir comment le politique va se défaire. Franchement la Fédération ne tourne pas comme il le faut.
Vos activités se mènent tant bien que mal ?
La Fédération est une structure faitière des PME et, peut-être pour des questions de formalité, nous sommes parfois conviés à nous prononcer sur certains sujets. Mais la FN – PME a quand même un besoin de soutien pour qu’elle puisse fonctionner. A ce niveau, je me fais les poches moi-même et j’avoue que ce n’est pas facile.
Quand vous évoquez le soutien dont il vous faut, cela nous fait penser au rôle du politique et particulièrement aux rencontres annuelles gouvernement-secteur privé. Le dernier face-à-face s’est récemment déroulé à Bobo-Dioulasso. Quel commentaire en faites-vous ?
Sur la question de la rencontre du Gouvernement et du Secteur privé, la Fédération Nationale des PME n’a pas été associée à son organisation, alors, j’ai jugé nécessaire de rester à Ouagadougou pour cette fois-ci. Je n’ai pas pu participer parce que je suis très gêné de ne pas pouvoir donner une voix émanant de la Fédération qui soit un message unifié, venant de l’ensemble de toutes les PME. Cela ne m’a pas été permis. Donc j’ai estimé qu’il n’était pas nécessaire d’aller à Bobo. C’est la 11e édition et je suis désolé de savoir que les éditions précédentes n’ont pas produit suffisamment de résultats. Je crois qu’à cette dernière édition, le thème qui doit être discuté l’année prochaine n’a pas non plus été annoncé. Je ne vois pas comment est-ce qu’elle se prépare cette rencontre Etat- Privé. Je souhaiterais ne pas faire plus de commentaires.
De votre coup de gueule, nous avons l’impression que l’autorité a faillit en ne vous associant pas dès le début à cette activité combien importante. Est-ce cela votre sentiment ?
C’est surtout un problème de choix politique, un problème de vision. Quand vous avez des gens qui sont à la fois juge et partie, qui représentent à la fois les structures d’appui et le secteur privé sans pourtant avoir connaissance des impacts qui animent le secteur privé, je crois que toute la difficulté est là. Quand vous devez parler à la place du privé et vous ne savez pas quels problèmes le privé rencontre au niveau des impôts, de la douane, du financement de l’entreprise ou même au niveau de la création d’emploi, là c’est difficile. Chacun doit jouer son rôle, jouer sa partition et être à sa place.
A Bobo-Dioulasso, le secteur privé étant quand même représenté. Nous voulons citer le patronat en exemple. Voulez vous dire que ces personnes ne représentent pas les PME / PMI ?
J’ai une vision des choses. Quand on parle du patronat, c’est le groupement des grandes entreprises. Et quand on parle des PME comme son nom l’indique, ce sont les petites et moyennes entreprises. Elles ne peuvent être logées à la même enseigne. Elles ne peuvent pas avoir les mêmes préoccupations, les mêmes sensations et les mêmes niveaux de problèmes. C’est différent. Le patronat c’est ceux qui brassent beaucoup d’argent, ce sont ceux qui créent énormément d’emplois. Ils ont peut-être un autre discours. Le discours qu’ils tiennent avec l’Etat n’est pas le même que nous membre de la Fédération Nationale des PME devons tenir.
Quelles seraient donc vos propositions ou vos recommandations pour une meilleure prise en considération des PME ?
Il faut être pratique et réaliste. Il faut accepter remettre les choses à plat et faire en sorte qu’effectivement les PME puissent jouer leur rôle, puissent occuper leur place et que la structure dirigeante et organisationnelle des PME qui est la FN – PME puisse effectivement être l’interlocuteur principal du pouvoir public. Or, là c’est un peu délicat. Je donne un exemple, nous participons à des rencontres où il y a un intérêt direct sur les PME qui est débattu par rapport à un organe qui doit être mis en place et du coup ce n’est pas le privé qui est chargé de l’animer ou du suivi, mais c’est toujours un fonctionnaire. Dans ce cas, c’est difficile, le privé ne s’exprimera jamais et le privé n’apprendra pas à marcher dans le sens de promouvoir notre économie.
Il y a quand même des structures à savoir la Chambre de Commerce et la Maison de l’Entreprise du Burkina Faso qui devraient vous représenter de façon considérable. Devons nous comprendre que vous n’êtes pas satisfait du travail qui s’y fait ?
La Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso est une structure créée par décret. Quant à la Maison de l’Entreprise du Burkina Faso, elle a la forme associative avec récépissé. Je suis membre fondateur de la Maison de l’Entreprise et j’étais président d’une commission à sa création. Je pense que par la suite, il y a eu beaucoup de mutations. La Maison de l’Entreprise a dû se renforcer en même temps qu’elle a changé de posture. Je n’en dirai pas plus. Je pense que si c’est vraiment une maison de l’entreprise comme on le dit, qui n’est pas une maison autre que son appellation, nous avons l’exemple d’autres maisons similaires au Mali dans lesquelles tous les groupements professionnels qui prennent part à cette maison y ont leurs bureaux. Ils n’ont plus besoin d’aller ailleurs pour se voir. Tout se décide là-bas et ils parlent tous d’une même et seule voix et on sait que c’est vraiment la Maison de l’Entreprise. C’est cette vision que j’ai de la Maison de l’Entreprise du Burkina Faso. Je pense qu’il faut des reformes parce qu’aujourd’hui, c’est notre temps à nous, mais nous devons penser aux plus jeunes, aux générations futures qui ont besoin effectivement de pouvoir travailler sur des bases plus transparentes, mieux organisées pour pouvoir faire face à la concurrence.
Parlant des jeunes, encouragez vous les initiatives du gouvernement allant dans le sens du soutien à l’entreprenariat des jeunes à travers les différents fonds mis en place?
C’est vrai qu’il existe beaucoup de fonds pour les jeunes. Il y a quelques années de cela, on donnait l’argent aux jeunes mais pas à ceux qui étaient déjà débiteurs dans les banques. Mais je trouve que ce n’était pas une bonne chose parce qu’on contraire, il faut donner à ceux qui ont l’expérience pour éviter d’augmenter le tas de contentieux. Je sais qu’au niveau du Ministère de la Jeunesse, de la Formation Professionnelle et de l’Emploi on donne souvent deux millions aux jeunes promoteurs d’entrepreneurs. Je pense que ce n’est pas une bonne chose. Parce que quand vous donnez deux millions à quelqu’un qui sort des bancs pour qu’il entreprenne quelque chose, il n’a pas un métier sous la main ou, même s’il en a un sous la main, il s’achète une moto dans les deux millions, il s’achète un cellulaire, il faut qu’il s’achète des souliers, après c’est engendré et il n’y a pas d’entreprise. Je crois qu’il faut reformater la stratégie pour peut-être créer des petites et moyennes entreprises groupées, mettre les jeunes ensembles. Par exemple, quand vous mettez trente personnes ensemble à deux millions chacun, cela fera 60 millions, ils peuvent créer un établissement d’imprimerie dans lequel il y a la vente de papier, la vente d’encre, les travaux, je sais qu’au bout d’un an ou deux ans, les 60 millions vont générer beaucoup d’argent et les autres pourront s’établir au fur et à mesure. Ces derniers, à leur tour pourront créer de l’emploi et cela va générer des impôts. C’est ça qui va faire tourner l’économie. Mais si ce sont des projets de prestige, de façade pour dire qu’on donne de l’argent aux jeunes, je pense que la finalité n’est pas rentable.
Avec la difficile situation économique actuelle marquée par la hausse des prix de certaines denrées de première nécessité et également par la crise socio-politique, est-ce qu’il y a bon espoir que l’horizon s’éclaircisse pour les PME burkinabè ?
Nous disons Dieu merci parce que nous sentons l’apaisement. Les gens de part et d’autre se ressaisissent mais le burkinabè devrait apprendre à compter avec l’avenir, donc à s’assumer. Quand vous vous assumer mal, vous récolter après les pots-cassés, parce que de toute façon le diable des fois a des sursauts. C’est pour dire que le problème de la vie chère, de la mauvaise gouvernance qui sont des questions récurrentes, que ce soit les politiciens eux-mêmes ou les grands opérateurs économiques, chacun à sa place devrait jouer avec beaucoup de transparence la bonne partition. Je prends un exemple. Nous sommes à quelque trois mois après la crise, et les gens s’affairaient à tout faire pour qu’on baisse le prix du riz, mais le riz n’a jamais baissé. Les gens s’affairent également pour qu’on stabilise les prix. Mais dites-vous qu’aujourd’hui le prix du sucre a grimpé, il est entre 1000 FCFA et 1100 FCFA le paquet d’un kilo. C’est dommage qu’aucun politicien ne parle de cela. Pourtant, à l’orée des campagnes électorales, ils courent derrières le vote des fidèles musulmans. Mais si vous êtes un bon politicien et que le carême arrive, vous bloquez le prix du sucre. Si vous ne pouvez pas le faire baisser comme au Mali, au Niger ou au Sénégal, pour ne citer que ces pays ouest-africains, vous devez au moins bloquer le prix et ne pas le laisser monter, parce que la hausse des prix du sucre peut avoir des conséquences négatives sur beaucoup de choses. Le burkinabè musulman se sent giflé et « ré-giflé ». Il ne comprend pas pourquoi à chaque fois qu’il y a le mois du Ramadan le prix du sucre monte. Or, nous savons que le sucre en carreaux est produit ici et il est loin d’être un produit de luxe. Nous connaissons tous le cours mondial du sucre en poudre. Il n’y a pas de raison qu’au Mali il soit moins cher et qu’au Burkina il devienne très cher. Le sucre est une denrée universelle et laïque qui est consommé par tous donc il n’est pas seulement pour les musulmans. Le sucre est utilisé dans les industries, dans les entreprises de maison, par les femmes qui font des jus, du « dêguê », etc. A ce niveau, il y en a qui se soulagent avec 100 FCFA de dêguê alors maintenant que le prix du sucre est monté, ils n’y aura plus de dêguê à 100 FCFA et cela sera dommage pour ces personnes. C’est tout cela la réflexion qui doit être menée. Quand vous êtes une autorité et que vous ne faites pas les choses avec beaucoup de transparence et de suivi, ça laisse croire à beaucoup de choses. Une semaine avant le carême, j’entendais le Ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion de l’initiative privée et de l’Artisanat dire que le prix du sucre ne devrait pas dépasser 750 FCFA. Alors, si aujourd’hui le paquet fait entre 1000 FCFA et 1100 FCFA, cela veut dire qu’il y a eu une augmentation de 25% et nullement cela ne peut se justifier. Le prix du sucre n’est pas le seul aspect, il y en a d’autres. C’est vous dire que nous avons intérêt chacun à jouer le bon jeu qui puisse garantir la survie à tout le monde et qui puisse nous garantir notre quiétude parce que nous avons besoin de cette quiétude pour que la nation puisse bien se gérer.
Y a-t-il quelque aspect que vous auriez souhaité aborder et que nos questions ne vous ont pas permis de dire ?
Je voudrais faire appel à tous les patrons des PME à beaucoup approcher la FN-PME pour que nous puissions davantage parler d’une seule et même voix. Également, que nous puissions davantage cultiver les opportunités d’affaires que nous pouvons avoir avec les pays limitrophes comme la Côte d’ivoire, le Mali, et que nous apprenions à nous bâtir nous-mêmes et aussi voir dans quelle mesure nous pouvons plus utiliser nos structures d’appui. Si nous avons la Chambre de Commerce, la Maison de l’Entreprise, je pense que c’est salutaire. Ces structures ne sont pas des entreprises privées, ni la propriété de telle ou telle personne, donc c’est ensemble que nous devons voir pour reformer leur gestion dans l’intérêt de tout le monde.
Propos recueillis par Talsida KONE pour Burkinapmepmi.com,
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