Aujourd’hui fondatrice et présidente-directrice générale du Whitaker Group, Mme Whitaker a examiné le bilan passé, la situation actuelle et l’avenir de cette loi commerciale historique lors d’un entretien accordé le 16 juin à America.gov.
« Si l’on pense au fait qu’il y a dix ans, avant l’AGOA, la politique des États-Unis à l’égard de l’Afrique se résumait essentiellement à une relation d’aide, on peut dire que cette approche manquait singulièrement d’envergure. Quand on y pense, il y a dix ans, avant l’AGOA, les ministres et chefs d’État africains avaient beaucoup de mal à recevoir une attention de haut niveau à Washington et à entretenir le dialogue au plus haut niveau. L’AGOA a changé tout cela. Elle a augmenté et diversifié notre commerce et introduit, au-delà de la politique d’aide, une véritable politique commerciale. »
« En dix ans, les importations américaines en provenance des pays d’Afrique admis à bénéficier de l’AGOA se sont accrues de 300 %, passant de 21 milliards de dollars en 2000 à 86 milliards », a précisé Mme Whitaker. Certes, a-t-elle reconnu, ce commerce a toujours largement trait aux hydrocarbures, mais il comprend 28 milliards de dollars en exportations africaines non pétrolières au titre de l’AGOA. Cela représente, selon elle, une progression « très impressionnante » en dix ans.
C’est ainsi, par exemple, que l’AGOA « a favorisé l’essor d’une industrie automobile en Afrique du Sud », a indiqué Mme Whitaker. Avant l’AGOA, les exportations sud-africaines de voitures et de matériel de transport à destination des États-Unis se montaient à environ 148 millions de dollars par an. « Avec l’AGOA, en 2008 ce chiffre était de 1,9 milliard de dollars. »
Dans le secteur vestimentaire, a-t-elle dit, « lorsque l’AGOA a été promulguée, les importations de vêtements d’Afrique subsaharienne totalisaient environ 350 millions de dollars par an. À présent, elles se montent à près de 1,3 milliard de dollars. Avant l’AGOA, le Lesotho exportait pour quelque 139 millions de dollars de vêtements vers les États-Unis. Il en exporte maintenant 339 millions de dollars (…) et au Kenya, le chiffre est passé de 30 millions à plus de 240 millions de dollars, ce qui représente une augmentation de 700 % de ses exportations de vêtements aux États-Unis. »
Mme Whitaker a cité encore un autre exemple, celui des marmelades et confitures en provenance du Swaziland, dont le chiffre d’exportation au États-Unis est passé de 85.000 dollars avant l’AGOA à 1,6 million de dollars aujourd’hui. De même, les envois de fleurs coupées du Kenya ne dépassaient pas 700.000 dollars avant l’AGOA. « Le chiffre d’affaires est passé à 1,7 million de dollars, et cela a fait naître toute une industrie. » Quant aux fleurs coupées d’Éthiopie, son commerce vers les États-Unis est passé de zéro avant l’AGOA à plus de 4 millions de dollars dix ans plus tard.
Les envois de fleurs coupées du Kenya ne dépassaient pas 700.000 dollars avant l’AGOA. Selon Mme Whitaker, le chiffre d’affaires est passé à 1,7 million de dollars, et cela a fait naître toute une industrie.
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Un ouvrier un envoi international de roses jaunes dans une serre à Naivasha (Kenya). (AP Images)
Un ouvrier un envoi international de roses jaunes dans une serre à Naivasha (Kenya).
Les importations américaines de café et de thé de Tanzanie sont montées en flèche, de 2,5 millions de dollars avant l’AGOA à près de 16 millions aujourd’hui. « Si vous examinez les implications de ces chiffres, cela se traduit par un mieux pour la population, pour les agriculteurs, cela se traduit par des emplois. Et on sait que toute personne qui travaille en Afrique est le gagne-pain pour cinq à dix autres personnes. »
Mme Whitaker a déclaré avoir observé, au long des années, que « les gens qui ne veulent rien faire ou qui ne veulent pas construire du nouveau en s’appuyant sur ce qui a été entrepris vont vous dire pourquoi l’AGOA ne marche pas, et il est vrai que l’AGOA a des potentialités non réalisées. Mais on n’a rien à redire au processus qui a été mis en place », a-t-elle souligné.
Abstraction faite des coûts pétroliers, l’AGOA coûte environ 2 millions de dollars par an aux contribuables américains en tarifs douaniers non perçus, a-t-elle indiqué. Pour ce montant, les États-Unis ont pu créer 300.000 emplois et importer d’Afrique pour 28 milliards de dollars de marchandises et de biens non pétroliers.
« C’est là un argument puissant » allant dans le sens de l’AGOA, et ce succès « milite en faveur d’une politique commerciale comme celle-là », a affirmé la spécialiste.
Au cours des 50 dernières années, les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont versé à l’Afrique un montant d’aide supérieur à 300 milliards de dollars, et pourtant cette partie du monde est la seule qui va en s’appauvrissant. « L’aide ne permet tout simplement pas d’obtenir les mêmes résultats que le commerce, c’est un fait pur et simple. Et si vous regardez n’importe quelle région du monde, vous verrez qu’il n’en existe pas une qui se soit développée sans que des entrepreneurs y aient promu le secteur privé. »
Le plan Marshall, a-t-elle expliqué, a eu d’excellents résultats après la Deuxième Guerre mondiale parce qu’il a fourni un soutien technique et financier à la relance industrielle de l’Europe. « C’est une stratégie qui a marché. Je pense de même, alors que nous examinons l’AGOA dix ans plus tard, que nous devons continuer dans la voie qui marche. »
Quant aux perspectives d’avenir, Mme Whitaker a fait part de son optimisme fondamental au sujet de l’Afrique, où elle voit de nouveaux progrès se profiler grâce à la montée d’un nouveau type de dirigeant qui reconnaît l’importance de la démocratie, de la transparence et du développement du secteur privé.
L’AGOA, a-t-elle fait observer, « n’est pas une garantie mais une occasion offerte ». Au final, la loi n’a pas été conçue comme une panacée mais comme un outil efficace au sein de l’arsenal de mesures qui forment la politique des États-Unis en faveur de la croissance économique et du développement à long terme de l’Afrique. À cet égard, cet outil s’est révélé performant, il a même remporté un « succès phénoménal » à partir duquel on doit lancer de nouvelles initiatives.
Ce sera d’ailleurs l’objet du Neuvième Forum de coopération commerciale et économique entre les États-Unis et l’Afrique – désigné souvent sous le titre de « Forum de l’AGOA » – qui se déroulera en deux phases : du 2 au 3 août à Washington, et du 5 au 6 août à Kansas City (Missouri). Le thème retenu pour le Forum de cette année est « L’AGOA à 10 ans : de nouvelles stratégies pour un monde en mutation ».
Source : Bureau des programmes d’information internationale du département d’État américain




