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Affaire Léonce Koné : Comment la BACB a été siphonnée avant d’être bradée

C’est une mise en cause en règle qu’un groupe d’agents de la BACB viennent de faire à l’encontre de leur ancien patron et l’actuel ministre du Commerce. Les accusations sont étayées avec des chiffres et des preuves. Nous avons reçus un gros dossier de justificatifs.

Il y a quelques temps, un groupe d’agents, certainement ceux qui ont signé le tract qui circule actuellement sur Internet, nous avait fait parvenir par la poste un gros dossier sur les détails de ce qu’ils considéraient comme des surfacturations et des malversations. Le dossier nous avait été transmis au moment des poursuites engagées contre le député Somda, dont il est question dans le présent tract. Au même moment, une procédure de levée de l’immunité de l’intéressé était en cours à l’Assemblée nationale. Pour ne pas influer sur cette procédure d’une façon ou d’une autre, nous avions volontairement mis en sourdine une enquête complémentaire. Maintenant le sujet est sur la place publique et les autorités de tutelle ne peuvent pas dire qu’elles ne savent pas. Elles sont condamnées à agir.

Voilà quelques éléments qu’il faut peut-être ajouter au dossier. La nomination de Léonce Koné, comme ministre du Commerce est le résultat de son affiliation à la FEDAP/BC. De sources bien informées, pendant longtemps, il avait sollicité une audience, en vain, auprès du chef de l’Etat. Ce dernier n’avait pas une bonne image de lui et l’avait qualifié en des termes peu amènes et avait refusé de le recevoir. Ensuite Léonce Koné a adhéré à la FEDAP/BC et s’est donc rapproché de François Compaoré, qui lui a permis finalement d’obtenir une audience avec le chef de l’Etat et d’être sur la short liste des  » leaders putatifs  » de la famille présidentielle dans cette partie du pays qui souffre d’un manque de leadership affirmé. Léonce Koné est donc une des recrues de François Compaoré, par le biais de la FEDAP/BC.

Une autre information qui permet d’éclairer le dossier, une des femmes pistonnées par Léonce Koné, a eu une terrible mésaventure à Bruxelles, il y a quelques mois. Elle avait avec le financement octroyé complaisamment par la BACB, monté une structure, dont elle voulait faire la promotion à l’occasion des concertations Burkina/Union européenne. Une belle brochure de présentation du projet, avec la photo de Léonce Koné en médaillon, devait être distribuée. Et puis dans le cadre des assises, la délégation de l’UE aurait vertement fustigé la gestion de la BACB par Léonce Koné. La bonne dame, qui avait les prospectus sous la main, s’est empressée de les ranger. Conclusion, il n’est pas évident que l’UE accepte parapher une convention avec un ministre de cette renommée. Maintenant, comme dirait l’autre, le Burkina Faso est libre de le maintenir comme ministre, ce sont ses oignons. Des oignons bien pourris en tout cas.

Surfacturation et abus de biens sociaux

Dans le tract qui circule, il est ouvertement question d’abus de biens sociaux et d’entorse aux procédures de passation de marché dans un établissement public. La BACB était, jusqu’à sa vente, une institution publique, puisque les capitaux étaient majoritairement détenus par l’Etat. Les chiffres qui sont avancés sont énormes et mériteraient que le contrôle de l’Etat s’y intéresse.
D’abord, l’entorse à la procédure de passation des marchés publics. Est-ce effectif ? Les marchés allégués par les dénonciateurs ont-ils été effectivement passés, selon les procédures indiquées et sans l’aval du Conseil d’administration de la banque ?

Sur les imprimés de banque d’abord. Les accusations sont très graves. Voilà les chiffres qui sont avancés. En 1999, quand Léonce Koné est nommé à la tête de la banque, les imprimés informatiques coûtaient à la banque 38 millions environs, quelques années après, ce chiffre a été multiplié par plus de 500%, ce qui donne environ 250 millions de francs cfa. Ce sont des faits facilement vérifiables sur le marché en tenant compte de l’inflation et de l’agrandissement de la banque. En 1999, la BACB comptait combien d’agences et combien en compte-t-elle aujourd’hui ? Mais les rédacteurs du tract ne se sont pas seulement contentés de dénoncer, ils ont aussi donné des indications très précises pour d’éventuelles investigations. Avec la société qui a reçu le contrat d’exclusivité de fournitures à la BACB, le carton ticket de caisse est facturé à près de 150 000 F CFA l’unité, alors qu’une cotation sur le marché par le jeu de la concurrence donnerait un coût unitaire trois fois moins cher. La question est évidemment de savoir si le Conseil d’administration de la banque était au fait de tout ça ? On peut penser que oui, puisqu’au moins deux administrateurs provenaient de structures bancaires. Il s’agit du représentant de la BCEAO et de la BOAD. Est-il possible que les administrateurs n’aient rien vu ? Ou n’aient vu que du feu ?

Sur un autre dossier au moins, on a la certitude que les administrateurs se sont prononcés. Il s’agit du dossier de la construction du siège de la banque. Majoritairement, les administrateurs se sont prononcés pour un montant à ne pas dépasser. Mais au finish, non seulement ce montant a été dépassé, mais les prestations prévues n’ont pas été réalisées. Et le dépassement est évalué à plus de 200 millions. Il y a donc là un vrai malaise. Comment expliquer ce dépassement ? Qui l’a autorisé ? Les administrateurs avaient majoritairement demandé que toute modification qui devait entraîner une incidence financière recueille « l’approbation préalable du Conseil d’administration ».

Et puis ce détournement d’objectif de la banque. La BACB devrait prioritairement financer l’agriculture. Il apparaît nettement qu’elle a plutôt, à fonds perdus, financé des opérateurs économiques selon des procédures douteuses. Une investigation sérieuse de l’ASCE devrait nous situer encore davantage et montrer combien sur les 19 milliards de créances compromises sont allés effectivement au développement de l’agriculture. Ce que l’on sait de façon certaine, ce que les gros créanciers de la BACB ne sont pas des agriculteurs. Comme on peut le voir, le crédit à l’agriculture est difficile à réaliser. Par contre, par des procédures totalement condamnables, le directeur général pouvait ouvrir des lignes de crédit à des individus assurés de ne rien rembourser. C’est le cas de la Société SOGEPER qui a bénéficié indûment de trois prêts saucissonnés pour ne pas dépasser le quota autorisé au DG. La même chose à la société JOSSIRA et à sa défunte DG pour un montant avoisinant 1,5 milliards de francs cfa. Tous ces crédits seraient-ils aujourd’hui perdus ? La patronne de JOSSIRA est décédée et sa société est en quasi faillite et en ce qui concerne SOGEPER, l’hôtel qui a été financé par le prêt aurait été réalisé sur un terrain dont le PUH porte le nom d’une autre personne.

Mais joint à notre initiative, Léonce Koné pense que SOGEPER doit avoir à l’heure actuelle soldé le crédit. Il faut donc voir.
Vous lirez avec intérêt ce qu’il nous a confié sur cette affaire, même s’il n’a pas souhaité une interview en bonne et due forme. Après chacun s’en fera sa propre opinion.

Mais dans cette affaire, Tertius Zongo qui a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille devrait, pour une fois, faire diligence. Si les faits ne sont pas fondés, Léonce Koné aura l’honneur sauf et le Premier ministre ne se sera pas parjuré. Maintenant est-ce qu’il a vraiment pouvoir sur un ministre FEDAP/BC ? Il faut attendre de voir.

Par Newton Ahmed BARRY

Source : evenement-bf.net

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