L’opinion publique ne s’est donc pas trompée. L’affaire Guiro, du nom de l’ex-directeur général des Douanes du Burkina, est un dossier ultrasensible qui peut menacer plusieurs intérêts. La suite des événements, notamment la série de cambriolages qui auraient affecté les acteurs judiciaires impliqués dans le traitement de ce dossier, le prouve bien.
En l’espace de quelques jours, et si l’on en croit les déclarations, d’une part, d’un des cabinets d’avocats en charge de la défense de Guiro, et d’autre part, du juge d’instruction qui gère l’affaire, des personnes mal intentionnées auraient successivement visité les bureaux de la Société civile professionnelle d’avocats de Mes Ouattara Sory et Salembéré, dans la nuit du dimanche 7 février 2012 et le domicile du juge d’instruction dans la nuit du 18 du 19 février. Sans pour l’instant connaître les intentions lugubres des visiteurs indélicats, il ne fait pas de doute qu’ils ne se sont pas retrouvés en ces lieux par hasard. Cela en rajoute à la supputation autour de cette inculpation de l’ancien patron des gabelous. A tort ou à raison, certains estiment que ce dossier ne connaîtra jamais son épilogue à cause de la supposée implication de gourous de la république. Un jugement de l’ancien Directeur général pourrait les éclabousser, et qui sait, peut-être menacer la république dans ses fondements.
Pendant longtemps, on a pu penser que ce sont des affabulateurs qui distillaient de telles hypothèses, juste pour se rendre intéressants. Cependant, avec la nouvelle donne, la prudence s’impose car il n’y a plus de doute que certaines forces occultes veulent entraver le bon déroulement du traitement judiciaire de l’affaire. En l’absence de réactions officielles, la rumeur a repris ses droits et on entend pêle-mêle que ces faits sont une stratégie de la défense pour inverser les rôles.
Selon les auteurs de cette thèse, c’est une façon pour les avocats de présenter le célèbre accusé comme une victime sur laquelle s’acharnent des mains invisibles qui ne veulent pas que la vérité éclate. Mais il est difficile de monter un tel scénario, d’autant que Guiro est embastillé depuis maintenant deux mois et sans contact sérieux, à tout le moins secret avec sa défense. Reste maintenant que certains obligés de l’ancien patron des Douanes peuvent prendre des initiatives personnelles pour saboter le processus judiciaire et brouiller ainsi les pistes. A moins que tout cela ne vise qu’à faire peur à tous ceux qui sont concernés de près ou de loin par ce dossier. Mais là encore, le message est brouillé car personne ne sait s’il s’agit d’exiger une sévérité dans la peine ou plutôt s’il s’agit d’une mise en garde à quiconque veut mettre l’ex-DG derrière les barreaux.
L’opinion publique est perdue et scrute l’horizon dans l’espoir d’une explication. Le procureur du Faso se doit d’expliquer aux populations les dessous de cette affaire et surtout dire en quoi il y a ou pas risque que le dossier soit affecté par les deux cambriolages. A défaut d’avoir pris les dispositions pour éviter le deuxième cambriolage, celui au domicile du juge d’instruction, quelles sont les mesures sécuritaires prises maintenant pour que le palais lui-même ne soit pas visité par ces personnes indélicates? Le procureur doit sortir de son silence radio pour rassurer les justiciables.
En tout état de cause, les autorités politiques et judiciaires savent que le pays des Hommes intègres est dans une phase de tolérance zéro pour l’impunité. Une bonne tenue du procès dans le respect des droits de la défense est une exigence démocratique à laquelle les Burkinabè sont attachés. A la Justice de jouer à fond son rôle sans excès ni état d’âme.
Adam Igor
Journal du Jeudi




