En novembre 2010, l’UEMOA procédait à l’ouverture du poste de contrôle juxtaposé de Cinkansé. Ce poste moderne, situé en territoire burkinabé, à la frontière entre le Burkina Faso et le Togo est le premier du genre dans l’espace communautaire. Le poste de contrôle juxtaposé (PCJ) s’inscrit dans le cadre d’un programme de l’UEMOA visant à la suppression de nombreuses barrières douanières non tarifaires sur les axes routiers, par la construction progressive des postes de contrôle similaires aux frontières des 8 États membres qui composent l’Union. Au PCJ de Cinkansé, environ 200 à 300 camions passent chaque jour pour y être contrôlés. Qu’ils viennent du Burkina ou du Togo, tous accomplissent les formalités de frontières : contrôle des papiers d’identité des passagers et les documents des véhicules, contrôle du gabarit, du poids, de la charge à l’essieu et enfin le scanning si les douaniers le jugent nécessaire pour une charge suspecte. Un mouvement incessant sous la direction des agents de l’entreprise Scanning Systems, une société privée basée en Côte d’Ivoire. La Commission de l’UEMOA a signé avec elle une convention de service public pour le financement, la construction, l’équipement et la gestion du PCJ, à titre de projet-pilote. Le passage au poste de contrôle juxtaposé de Cinkansé est soumis au paiement de redevances. Les montants varient entre 2000 FCFA pour les véhicules personnels de moins de 9 places et 50.000 FCFA pour les camions de transports de marchandises.
Si au regard du mouvement sur le site, tout semble bien fonctionner, il est à noter que cette première expérience de poste de contrôle juxtaposé rencontre des difficultés dans son fonctionnement, l’entente n’étant pas toujours au rendez-vous entre les acteurs de la chaîne du transport. A commencer par les transporteurs qui montrent des réticences à s’acquitter des redevances. Selon Issoufou Maïga, le Secrétaire général de l’Organisation des transporteurs routiers du Burkina, ces derniers estiment que la prestation de service fourni n’est pas à la hauteur de la somme perçue. Ils y voient une certaine injustice et prennent pour exemple la somme forfaitaire de 50.000 FCFA payée par tout camion de marchandises vide ou pas, qu’il soit passé au scanner ou pas. Les transporteurs souhaitent une revue à la baisse des redevances, surtout que l’existence du PCJ ne les dispense pas de continuer à payer des taxes illicites à certains barrages de police ou de douane dont le nombre resterait élevé (14 sur les 300 km séparant Cinkansé de Ouagadougou). Les transporteurs sont soutenus dans cette requête par la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina. Un des ses représentants, Emmanuel Yoda dit comprendre le souci de Scanning Systems de rentabiliser cet investissement mais affirme que même dans une hypothèse pessimiste, l’entreprise recouvrira ses fonds car avec une moyenne de 200 camions par jour, son chiffre d’affaire serait considérable au point qu’elle puisse consentir à revoir à la baisse les droits de passage des usagers du poste de contrôle juxtaposé. Les locataires du PCJ (douanes, gendarmerie, police, agents de santé), également ne sont pas très enthousiastes à y travailler. Les douaniers ne se sont pas encore adaptés à l’exploitation des outils informatiques mis à disposition par Scanning Systems, préférant rester à leurs méthodes d’avant l’installation du PCJ. Des deux cotés de la frontière Burkina-Togo, ces derniers jugent le système informatique de Scanning Systems inopérant pour les douanes. Ajouter à cet inconvénient majeur, l’exigüité du parking qui ne permet pas l’accomplissement des formalités douanières adéquates. Du coté des forces de sécurité et de défense, les préoccupations sont pertinentes. La police dit n’être plus à mesure de faire son travail relatif au flux migratoire car le contrôle des personnes, des véhicules et du trafic divers devient compliqué suite à la non barricade de la route nationale 4, ouverte par le maire de la commune de Yarga-Tenga. La gendarmerie, chargée de la sécurité du territoire ne sait pas également à quelle autorité se référer pour prendre des ordres en cas de troubles comme cela a été le cas lors de la dernière protestation des transporteurs contre le paiement de la redevance. Pour elle, il est impératif de clarifier le statut juridique du site. La solution pourrait être la nomination d’un coordonnateur du PCJ, avec un rôle et un statut précis. Les agents de santé animale et humaine déclarent que la configuration actuelle du PCJ ne prévoit pas de locaux adéquats pour le contrôle sanitaire des produits qui transitent par ce poste frontalier. En cas d’épidémie, il serait très difficile de la contenir car il n’existe pas un parc de quarantaine.

Tous ces griefs ont été portés à la connaissance du Premier ministre Luc Adolphe Tiao, en visite sur le site du PCJ le vendredi 11 novembre 2011. Après avoir écouté tous les acteurs de la chaîne du transports (conducteurs routiers, transporteurs de marchandises, transporteurs voyageurs, importateurs-exportateurs, transitaires, douanes, gendarmerie, police et agents de sante humaine et animale), le Premier a estimé, en bon communicateur que le projet du PCJ n’a pas reçu l’adhésion de toutes les parties avant d’être installé. Mais il s’agit d’une expérience irréversible avec laquelle il faut aller de l’avant en s’attelant à trouver des solutions.
Le chef du gouvernement burkinabè a promis la mise en place prochaine d’une commission ad’ hoc dont la mission sera de réfléchir et de faire des propositions concrètes afin de rendre le poste de contrôle de Cinkansé plus opérationnel. Les solutions politiques seront prises par le gouvernement, les solutions techniques par le concessionnaire du site qu’est Scanning Systems, et les solutions administratives par l’UEMOA. Le succès de ce projet pilote qui a couté environ 7 milliards de FCFA conditionne celui des autres postes en construction quand on sait que l’amélioration des échanges intracommunautaire reste un défi pour l’UEMOA, a réaffirmé le commissaire Christophe Dabiré, le chargé du Département du Marché Régional, du Commerce, de la Concurrence et de la Coopération.
Christian Koné pour Burkinapmepmi.com




