lundi, octobre 5, 2026
Google search engine
AccueilInterview - PortraitNous empruntons ce qui se fait de mieux ailleurs

Nous empruntons ce qui se fait de mieux ailleurs

Paul Ginies, directeur général de l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (Fondation 2IE), à Ouagadougou, explique les spécificités de ce centre.

Les Afriques : Comment est né l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2IE) ?

Paul Ginies : En 1968, il y avait deux écoles, une d’ingénieurs et une de techniciens, qui ont fusionné en 2004. Au départ, notre institut était une structure interétatique gérée par l’Organisation commune africaine et malgache (OCAM)1. Le but était de former les ingénieurs et techniciens des pays nouvellement indépendants pour développer les économies – fortement rurales – de l’époque. Les Etats, et notamment l’Etat français, payaient le fonctionnement de l’école, ce qui faisait que de nombreux étudiants étaient fonctionnarisés et boursiers. Il y a avait des quotas d’étudiants par pays, qui étaient ensuite employés par leurs fonctions publiques distinctes. Puis ça a été la fin de la coopération française. Il a fallu sortir du modèle postcolonial et adapter l’établissement – que ce soit du point de vue de la langue ou de la formation – au casting international, pour permettre aux jeunes Africains de continuer à étudier et travailler sur le continent. Les cours sont devenus notamment payants à partir de ce moment-là.

LA : Pourquoi faire le choix d’une école internationale ?

PG : Le choix de l’internationalisation était scellé dès le départ, il est lié à l’histoire de l’école qui a évolué avec l’histoire africaine. Nous n’avons fait que poursuivre quelque chose qui était déjà là, en le transformant en une formation de haut niveau sur le continent. Nous sommes, par exemple, les seuls à avoir une certification européenne. Cela participe de notre volonté de faire de l’Afrique une plate-forme ouverte sur le reste du monde : nos standards sont les mêmes qu’ailleurs. Nous prouvons que c’est possible. Et en récupérant une masse d’étudiants qui, avant, partaient étudier à l’étranger, nous sommes un élément de lutte contre la fuite des cerveaux. Nous avons même récupéré des professeurs de la diaspora qui sont revenus au pays.

LA : N’est-il pas trop avant-gardiste d’enseigner l’environnement, compte tenu du contexte africain ?

PG : Nous formons aux métiers de l’eau et de l’énergie, cela peut aller de l’environnement au génie civil et aux mines. Je ne sais pas si cela est avant-gardiste, mais il me semble plus qu’urgent que l’Afrique se mette dans une recherche de positionnement post pétrole. C’est en tout cas notre stratégie. Nous travaillons donc sur les économies des matériaux. Il ne faut pas oublier que ceux qui rentrent chez nous n’en sortiront que dans cinq ans, il faut donc les préparer à l’économie de demain. Il faut être actif par rapport à l’innovation. Cela permet également prévenir le transfert de compétences à venir et d’instaurer une plus grande indépendance avec les pays du Nord.

LA : Quels sont les profils des étudiants que vous recevez et vers quels métiers se dirigent-ils ?

PG : Sur 240 étudiants, il y a six ans, nous en sommes à plus de 1400 aujourd’hui (dont 500 boursiers) de 25 nationalités différentes. Nous sommes éligibles aux classes moyennes : les tarifs sont de 2500 euros pour un bachelor et de 3500 euros pour un master. Ce qui n’est pas rien, bien évidemment, surtout compte tenu du niveau de vie en Afrique.

Mais à Ouagadougou, ni le logement, ni la vie ne coûtent très cher. Pour vous donner une idée, une chambre à l’année coûte 600 euros et il faut environ 1500 euros pour vivre par an. Nous offrons aussi la possibilité de suivre les cours à distance pour les formations continues. Nous avons plus de 1000 étudiants dans ce cas. Quant à l’employabilité de notre institut, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 90% de nos étudiants trouvent un emploi six mois après être sortis de l’école dans des secteurs comme les banques, le BTP, les entreprises pétrolières, etc. L’économie africaine a en effet des besoins considérables en termes de ressources qualifiées.

LA : Quelle est la raison de votre succès ?

PG : Nous empruntons ce qui se fait de mieux ailleurs et nous l’adaptons à l’environnement africain. Nous fonctionnons par exemple sur un rythme de deux rentrées scolaires, une en septembre et une en janvier. Nous avons également quatre périodes de stages par an pour permettre aux étudiants de mettre un pied dans le monde de l’entreprise. Nous n’avons pas eu d’autres choix que d’aller vers l’excellence : avec la fin de nos financements publics, nous avons dû trouver nos propres fonds et donc justifier un « retour sur investissement », en attirant les étudiants avec une formation de qualité. D’ailleurs, une des preuves de notre réussite est que les banques font des prêts à nos étudiants sans demander de garantie patrimoniale ! En moins de deux ans après être sortis de chez nous, les étudiants peuvent rembourser leurs frais de scolarité.

LA : Quelles sont les mesures mises en place par votre établissement pour rapprocher vos étudiants du monde de l’entreprise?

PG : En plus des différentes périodes de stage précitées, nous avons mis en place un laboratoire un peu à la « Silicon Valley ». De nombreuses entreprises sont venues se greffer autour de ce centre de production scientifique, comme par exemple Total. Mais ce n’est pas la seule entreprise française. Sans compter que nous attirons également des entreprises africaines qui veulent investir ici. Je pense qu’avec ce genre d’initiatives, les flux peuvent s’inverser. L’histoire n’est pas écrite d’avance. La preuve, 80% de nos étudiants retournent dans leurs pays. Les étudiants africains sont les plus mobiles du monde, ils ont une capacité d’adaptation très forte. Le fait d’être africain n’est pas un handicap, bien au contraire.

1) Créée à Nouakchott en janvier 1965, l’OCAM regroupait quatorze Etats africains francophones.

Bank of Africa finance les master à 2IE

Le groupe Bank of Africa propose une offre de financement pour les étudiants de master à 2IE. Pour obtenir ce prêt, l’étudiant doit s’adresser à la BOA de son pays d’origine. Le montant du prêt peut atteindre 4,5 millions FCFA par étudiant, pour les deux années du master. L’étudiant commence le remboursement à la fin de ses études et bénéficie d’un différé de neuf mois pour trouver un emploi. Le remboursement du prêt s’effectue alors sur une période de cinq ans. Par exemple, sur la base d’un salaire mensuel de 400 000 FCFA, le montant du remboursement sera d’un peu plus de 130 000 FCFA par mois. Le taux d’intérêt est de 8,5 % l’an. Les frais de dossier s’élèvent à 0,5% du montant du crédit et sont prélevés au moment du versement du prêt sur le compte, avec un minimum de perception de 10 000 FCFA.
La souscription à une assurance décès invalidité est également requise. Sinon le dossier est facile à constituer. Il s’agit d’envoyer une demande manuscrite adressée à M. le Directeur général de la Bank of Africa, ainsi que le dossier de l’étudiant établi préalablement par le 2IE. Il faut également fournir un engagement sur l’honneur à rembourser le crédit à la fin de ses études. Et enfin signer les différentes pièces administratives à la BOA : billet à ordre, clause de déchéance de terme, tableau d’amortissement etc. Et bien sûr ouvrir le compte dans la BOA qui va accorder le crédit.

Les Afriques

RELATED ARTICLES
- Advertisment -
Google search engine

Most Popular