Management : Que conseillez-vous pour réussir une prise de parole en public ?
Laurent Tylski : La réponse est simple :
en-traî-nez-vous ! Que ce soit pour présenter un projet devant dix personnes ou faire
une conférence devant 500, l’improvisation est le plus sûr moyen… de perdre tous
ses moyens. En se préparant, on peut visualiser les progrès qu’on réalise et, de
ce fait, gagner en confiance. Devant
un miroir ou une caméra d’abord, puis devant un auditoire choisi (votre conjoint, vos enfants, votre secrétaire), répétez
votre allocution en travaillant la forme
aussi bien que le fond.
Management :Sur la forme, quel est le point essentiel qu’il faut travailler ?
Laurent Tylski : Assurément la voix. La nervosité fait parler trop vite, trop bas et de façon trop monotone. Ces trois points se travaillent.
En préparant votre discours, imposez-vous de ralentir le débit et de marquer des silences qui vont donner du poids à vos paroles. Plus vous souhaitez donner
de l’importance à une phrase, plus vous devez la prononcer lentement. Profitez également de ces répétitions pour amplifier votre respiration : ouvrez grand la bouche,
gonflez votre cage thoracique. Vous allez non seulement renforcer votre voix
grâce à un effet de résonance, mais aussi vous économiser, ce qui est important,
car parler en public fatigue. Enfin, efforcez-vous de varier l’intonation en accentuant certaines finales, sur des phrases interrogatives ou exclamatives notamment.
Management : En ce qui concerne l’attitude corporelle, quelles sont les erreurs à éviter ?
Laurent Tylski : Pour être écouté, il faut s’efforcer
de limiter les gestes parasites. Abstenez-vous de tripoter votre alliance, de jouer
avec votre marqueur ou de tourner comme un ours en cage. Ces tics détournent
l’attention de ceux qui vous écoutent. Pour éviter les gestes intempestifs, adoptez
la position du professeur (les mains qui
se rejoignent dans le dos) ou celle du moine (les mains l’une sur l’autre, devant vous). Vous pouvez éventuellement placer une main dans la poche, mais jamais les deux ! Sachez que les Anglo-Saxons notamment considèrent
cette attitude trop désinvolte.
Management : Où placer son regard
quand on s’adresse
à plusieurs personnes ?
Laurent Tylski : Face à une assistance nombreuse, la meilleure pratique consiste à balayer du regard différentes zones de la salle,
par séquences. A gauche,
u milieu, à droite sur les premiers rangs, puis les rangs
du milieu, puis ceux du fond,
et on recommence. Attention,
regarder quelqu’un dans
les yeux peut être déstabilisant,
il vaut mieux se focaliser sur
un point situé au milieu du front. En revanche, en petit comité, vous pouvez regarder franchement les gens dans les yeux,
en particulier ceux que vous voulez convaincre.
Management : Si, malgré tout, l’on reste nerveux
au moment de prendre la parole, que faire ?
Laurent Tylski : D’abord, il faut vous rappeler que
vous n’êtes pas le seul à connaître cet état. Même les comédiens professionnels
ont le trac. Il n’y a donc rien de honteux
à se sentir nerveux. Sachez que cela
ne dure généralement que quelques minutes. L’essentiel est d’arriver à cacher son anxiété, car la gêne peut se transmettre
à l’auditoire. L’un des signes les plus visibles est le tremblement des mains. Le plus
simple est donc de ne pas s’en servir.
Tenir une feuille de papier est à proscrire.
Je me souviens de Lionel Jospin, lors
d’un discours en 2002, qui tenait une feuille de papier. Durant toute son intervention,
son tremblement a résonné dans le micro.
Si vous avez besoin de notes écrites, préférez une fiche bristol. Il existe un autre signe tangible de nervosité : la transpiration. Là, il n’existe pas d’autre solution que
de prévoir des mouchoirs pour avoir la possibilité de s’essuyer le front.
Management : Existe-t-il des trucs pour briser la glace quand l’atmosphère
est tendue ?
Laurent Tylski : Il faut essayer de créer une interactivité avec ceux qui vous écoutent. Dans cette optique, vous pouvez poser des questions directes du style “Qui, parmi
vous, a déjà été confronté à telle situation ?”. Les questions rhétoriques du type “Qu’avons-nous mis en œuvre jusqu’ici ?” peuvent aussi être un bon moyen de créer une complicité avec
ceux qui vous écoutent. Enfin,
il est évident que l’humour attire toujours la sympathie. Si vous n’êtes pas suffisamment en confiance pour tenter une blague, vous pouvez glisser un “slide”
avec une information ou une illustration décalée.
Management : Pour ce qui est du fond, comment être certain de bien se faire comprendre ?
Laurent Tylski : Si vous prenez la parole, c’est en principe parce que vous avez quelque chose à dire, un message à faire passer. Résumez
ce message en une phrase clé et répétez-la au moins quatre fois durant votre intervention. C’est un moyen très efficace de s’assurer d’être entendu et compris. Reste
à être convaincant. Pour cela, apportez
des preuves de ce que vous avancez, des exemples pour illustrer le message, des chiffres dont vous pouvez citer les sources. Il n’est pas inutile non plus de parsemer votre speech de citations. En faisant référence
à des gens reconnus, vous rassurerez votre auditoire. Enfin, peut-être le plus important, anticipez les objections qu’on pourrait
vous faire. Etre pris au dépourvu sur une question et ne pouvoir y répondre de façon satisfaisante pourrait décrédibiliser votre présentation. Si vous êtes face à un large auditoire, demandez à un allié de vous poser une question préparée. Cela vous mettra
en confiance et évitera le silence gêné
qui règne parfois après une intervention.
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