Une bonne nuit de sommeil est tout aussi bénéfique à l’employé qu’au patron. Une étude de l’université d’Harvard publiée jeudi dans le journal Sleep a chiffré le coût de l’insomnie sur le lieu de travail : le montant s’élève à 63 milliards de dollars par an en perte de productivité. 23 % des travailleurs américains seraient concernés.
« Nous avons été très surpris de cet énorme impact de l’insomnie sur la vie des Américains », souligne le Dr Ronald Kessler, épidémiologiste psychiatrique et principal auteur de cette recherche.
Contrairement aux idées reçues, les salariés souffrant d’insomnie ne manquent pas les jours de travail. Ils s’y rendent, fatigués, et donc moins efficaces. Pour le chercheur d’ailleurs, comme le manque de sommeil chronique n’est pas considéré comme une maladie source d’absentéisme au travail, les employeurs ont tendance à en ignorer ses conséquences. « Maintenant que nous savons combien coûte l’insomnie, la question est de savoir si cela vaut la peine pour les employeurs de payer pour son traitement », poursuit le médecin.
Le coût moyen du traitement de l’insomnie va de 200 dollars par an pour des somnifères génériques à 1 200 dollars pour d’autres thérapies, selon le Dr James Walsh, directeur général du Centre de recherche et de médecine du sommeil à l’hôpital St Luke de Chesterfield dans le Missouri.
« Ce problème est sous-estimé, explique le Dr Kessler. « Dans une économie très informatisée, le manque de sommeil ne peut avoir qu’un très grand impact sur la productivité ».
Les jeunes et les femmes plus touchés
Ces résultats ont été tirés d’un échantillon national de 7 428 salariés qui font partie d’une étude plus étendue sur l’insomnie chez les Américains également menée par le Dr Kessler et financée par la firme pharmaceutique française Sanofi-Aventis. Les participants ont été interrogés notamment sur leurs habitudes de sommeil et leurs performances au travail.
Les études faites précédemment sur le déficit de sommeil s’appuyaient sur des échantillons plus petits de consommateurs et des statistiques médicales et pharmaceutiques portant sur des patients traités pour insomnie.
les chercheurs ont également constaté que le manque chronique de sommeil était nettement plus bas (14,3 %) parmi les salariés âgés d’au moins 65 ans et plus fréquente chez les femmes salariées (27,1 % du total) que chez les hommes (19,7 %).
Des spécialistes de médecine du sommeil ont analysé indépendamment un autre échantillon des répondants et confirmé ces estimations, soulignent les auteurs.
Selon le Dr Kessler, une telle estimation des coûts de l’insomnie sur le lieu de travail devrait justifier la mise en place de programmes de détection et de traitement pour les salariés qui en souffrent.
Lemonde.fr avec AFP




