Visiblement, le cinquantenaire de la Caisse nationale d’épargne (CNE) ne devrait pas être une occasion de bombance, mais plutôt d’introspection pour voir comment sauver la structure. Le mardi 13 octobre 2009 au CBC, il est ressorti des différents discours prononcés pendant la cérémonie d’ouverture du colloque qui lui est dédié que des mesures urgentes doivent être prises pour redresser une boîte qui a pourtant connu son heure de gloire. S’adapter ou périr semble être donc l’évidence.
Arthur Kafando, directeur général de la Société nationale des postes (SONAPOST), ne s’est pas perdu en circonlocutions pour exprimer les difficultés rencontrées par la Caisse nationale d’épargne. « Malgré les acquis, il serait illusoire, pour autant, de dire que l’avenir est rose pour la CNE ».
Et pourtant, pour qui connaît la petite histoire de la structure, il y a beaucoup d’indicateurs qui devraient lui permettre de prendre son envol. Les trois indices suivants en sont la parfaite illustration : premier rang des caisses d’épargne d’Afrique de l’Ouest en terme de volume de dépôt, au moins 80 bureaux faisant de cette structure le premier réseau de proximité et de collecte à la disposition des populations rurales, diversification des produits pour répondre aux besoins de la clientèle.
Malheureusement, plusieurs facteurs conduisent les clients vers une désaffection progressive du compte d’épargne. L’on peut citer, entre autres, l’absence d’accès aux crédits, l’avènement des institutions de microfinance qui opèrent dans le même secteur d’activité et, surtout, la diminution progressive du taux d’intérêt, qui était le plus élevé de la place et attirait subséquemment une clientèle nombreuse.
Et Arthur Kafando de prévenir : « La CNE se trouve présentement à la croisée des chemins, condamnée comme elle l’est, soit à changer de statu juridique, lui permettant d’accéder aux besoins de nouveaux clients, soit à opter pour le statu quo et à assister, impuissante, à la désaffection progressive de ses services par une frange significative de sa clientèle ».
C’est également le constat de Salam Sanfo, président du Conseil d’administration de la CNE, qui, après la cérémonie d’ouverture, nous a résumé les origines de la baisse du taux d’intérêt. « A l’origine, l’argent que la CNE collectait était versée au Trésor avec un taux d’intérêt de 10%.
La Caisse rétrocédait un taux à ses clients en fonction des intérêts versés par le Trésor. Malheureusement, au niveau du Trésor, ce taux est allé décroissant si fait que nous, nous sommes aussi dans l’obligation de revoir à la baisse notre taux à destination de la clientèle. De 8%, il est retombé à 3,625% pour ce qui concerne l’épargne ordinaire ».
Aujourd’hui, tous les fonds versés au Trésor par la CNE ont été rapatriés. L’épargne est placée dans les banques. Là aussi, la marge bénéficiaire n’est pas du tout élevée. Alors, que faire ? Des solutions sont déjà en chantier. Le gouvernement, pour sa part, a déjà commandité un certain nombre d’études sur la restructuration des services financiers postaux.
Mieux, sur l’initiative du ministère des Postes et des Technologies de l’information et de la communication, une étude est présentement en voie de bouclage. Elle est menée par un consultant recruté et financé par la Banque mondiale et dont la mission est relative à « l’élaboration d’une stratégie de réforme du secteur postal ».
Tout le monde est d’avis qu’il faut que quelque chose soit fait. Et, Dieu soit loué, le parrain de la rencontre qui n’est autre que le ministre de l’Economie et des Finances pense la même chose. Pendant la cérémonie d’ouverture du colloque, Lucien Marie Noël Bembamba a fait remarquer : « Nos efforts doivent, me semble-t-il, se tourner vers la recherche d’un nouveau modèle d’organisation et de fonctionnement et surtout un nouveau cadre institutionnel plus adapté ».
Issa K. Barry
Source : lobservateur.bf




