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Comment Dangote a jeté 250 milliards dans le ciment et peut-être ailleurs…

Le marché du ciment, c’est le moins que l’on puisse dire, aiguise bien des appétits. Mieux, le Sénégal produit même plus que ses besoins annuels. En effet, les deux cimenteries qui y sont déjà opérationnelles projettent de porter, à l’horizon 2011, leur capacité de production à 6.000.000 tonnes de ciment. Le groupe nigérian Dangote, qui dit avoir investi 250 milliards Fcfa dans un controversé projet de cimenterie à Pout, s’intéresse aussi au marché sénégalais. Pourtant, dans une analyse récente, une filiale de la Banque mondiale – en l’occurrence la Société financière internationale (Sfi), qui investit depuis plus de 25 ans dans le secteur du ciment en Afrique de l’Ouest – a estimé à 40% la surproduction du Sénégal, avec une consommation de 2,3 millions de tonnes et des exportations de 1.000.000 tonnes vers le Mali.

Déjà, en mars 2010, le président-directeur général des Ciments du Sahel M. Latfallah Layousse faisait remarquer, au cours d’un colloque international organisé à Dakar sur les perspectives de l’industrie cimentière au Sénégal en Afrique et en Asie, qu’« avec les usines présentes au Sénégal, la production nationale va atteindre 6 millions de tonnes en fin 2010 ». Ceci devant une demande nationale limitée à 1,3 million de tonnes par an. Ainsi, « en cumulant le potentiel du marché sénégalais et le marché accessible dans la sous-région, la demande culmine à …4,4 millions de tonnes ». Tout le contraire des 10,56 millions de tonnes « prévus » par le cabinet indien Holtec qui a réalisé l’étude de faisabilité du projet Dangote au Sénégal, étude qui n’a pas intégré les nouveaux investissements des cimentiers Sococim et Ciments du Sahel, tout en indiquant un taux de croissance de …9% alors que, selon les spécialistes, le marché ne croît que de 4,5% par an. En réalité, il faudrait, au bas mot, une croissance annuelle de 6% pendant dix ans, sans nouvel entrant supplémentaire, pour résorber la surcapacité des deux cimenteries déjà installées au Sénégal. Tout comme l’équation des infrastructures portuaires – notamment les conditions de transport in-land, qui restent une préoccupation majeure pour les exportateurs sénégalais – n’a pas été intégrée dans le « business-plan » à sa juste mesure. Bref, le marché ouest-africain du ciment est saturé et la preuve en est donnée au regard des difficultés d’exportation que rencontrent les deux acteurs présents. Devant ce constat froid, M. Layousse estimait qu’il faut agir sur le prix de revient pour pouvoir s’en sortir. Et de poursuivre son argumentaire en béton : « Même dans le cadre de l’exportation, je ne comprends pas les décisions d’autres investisseurs dans le secteur de la cimenterie ». Pour d’autres observateurs cependant, « peut-être que ces investisseurs veulent venir au Sénégal parce qu’il y a beaucoup de calcaire, mais ils doivent savoir que le marché est aujourd’hui saturé ». Non sans préciser que « surinvestir dans ce secteur participerait à sa fragilisation et ça donnerait une mauvaise image auprès des investisseurs internationaux ». Impasse judiciaire A ces données purement économiques s’ajoutent une foultitude de procès (des litiges fonciers) qui ont fini de plomber le lancement de la cimenterie Dangote. Condamnée, le 26 août 2010, à l’arrêt immédiat des travaux entamés dans les 124 hectares qu’elle occupe illégalement dans le domaine de feu Serigne Saliou Mbacké, cette unité industrielle est aussi dans le viseur du khalife général des Tidianes. Serigne Mansour Sy Borom Daara-Dji reproche à cette entreprise d’avoir empiété sur ses terrains à Pout. Pourtant, l’extrait des minutes du greffe du tribunal régional de Thiès, plus précisément une ordonnance en référé du 26 août 2010, avait clos le débat sur cet épineux dossier aux innombrables rebondissements. Néanmoins, Serigne Mansour Sy a toujours préféré voir les dirigeants de Dangote « faire preuve de responsabilités en allant occuper les terres qui leur sont affectées ». En effet, selon des sources concordantes, le khalife de Tivaouane, qui a déjà investi sur place près d’un milliard Fcfa, envisage d’y transférer ses écoles coraniques, éparpillées à travers le pays, pour pousser ses disciples à s’adonner à l’agriculture et au respect des prescriptions divines. Chargé de coordonner le « Grand projet agricole » du khalife prévu sur le site, son fils Serigne Jamil Sy s’étonne du « traitement tendancieux et partial » de ce dossier. D’ailleurs, le chef de l’Etat, qui en aurait été informé dès le 22 octobre 2009, est aussi invité « à être plus attentif à ce projet qui sera, en parfaite adéquation avec les objectifs de la Goana, un important facteur de réalisation de l’autosuffisance alimentaire ». Mais, malgré tous ces litiges, malgré les décisions de justice comme cette ordonnance en référé du 26 août 2010 condamnant Dangote à arrêter immédiatement ses travaux sur les 124 ha appartenant à Serigne Saliou Mbacké illégalement occupés, malgré les rappels à l’ordre de l’administration, malgré les huissiers et les forces de l’ordre, rien n’y fait : Dangote est plus fort et semble se moquer éperdument de ces « gesticulations ».

Source : Kotch,

ferloo.com

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