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L’envolée des cours du coton profite aux agriculteurs africains

Les cours du coton ont at­teint en oc­tobre 2010 leur plus haut ni­veau de­puis 140 ans sur la bourse des ma­tières pre­mières de New York. Pour une li­vrai­son au mois de dé­cembre, la livre va­lait près d’un dol­lar vingt. Avec cette aug­men­ta­tion, les pro­duc­teurs afri­cains es­pèrent au­jourd’hui ren­flouer leurs fi­lières.

Tou­chés de­puis le début des an­nées 2000 par la concur­rence des États-​Unis, qui sub­ven­tionnent lar­ge­ment leur pro­duc­tion, et des­ser­vis par un dol­lar faible, les pays de la zone franc CFA avaient at­teint le plus bas de leur pro­duc­tion lors de la der­nière cam­pagne, avec 500 000 tonnes de fibres. Or, cette pro­duc­tion est es­sen­tielle pour les prin­ci­paux pro­duc­teurs que sont le Mali, le Tchad, le Bénin et le Bur­ki­na Faso. Dans ce der­nier pays, l’or blanc fait vivre di­rec­te­ment ou in­di­rec­te­ment plus de trois mil­lions de per­sonnes. La fibre blanche, ré­col­tée dans la ré­gion en dé­cembre, au mo­ment où la fleur du co­ton­nier s’ouvre, re­pré­sente en­vi­ron 60 % des re­cettes d’ex­por­ta­tion et contri­bue avec les ac­ti­vi­tés as­so­ciées (égre­nage, condi­tion­ne­ment, trans­port) pour plus de 25 % à la for­ma­tion du pro­duit in­té­rieur brut du pays.

Une hausse des prix spec­ta­cu­laire tirée par les be­soins asia­tiques

Cette en­vo­lée s’ex­plique par la di­mi­nu­tion des stocks mon­diaux, elle-​même consé­quence d’une forte de­mande chi­noise. La Chine, pre­mier pro­duc­teur mon­dial de coton, a en­re­gis­tré de mau­vaises ré­coltes, tout comme l’Inde et le Pa­kis­tan. Même l’Ouz­be­kis­tan, troi­sième ex­por­ta­teur mon­dial, a été obli­gé de pla­fon­ner ses ventes à l’étran­ger pour pou­voir ali­men­ter ses propres fi­la­tures. Ipso facto, le ni­veau élevé des be­soins chi­nois, 200 000 tonnes d’im­por­ta­tions ont pro­pul­sé les cours de la fibre de coton à des ni­veaux sans pré­cé­dents. L’ex­plo­sion des cours du coton s’ins­crit dans la spi­rale as­cen­dante du cours des ma­tières pre­mières agri­coles. De­puis le début de l’année 2010 le blé, le maïs, le ca­ou­tchouc ont at­teint des pics. La spé­cu­la­tion n’ex­plique pas tout. La re­prise des éco­no­mies asia­tiques qui ont des be­soins crois­sants, les phé­no­mènes mé­téo­ro­lo­giques comme le cou­rant « la Nina » qui ré­duisent les ni­veaux de ré­colte font évo­luer de­mande et offre dans des di­rec­tions op­po­sées. Le coton est dans la même si­tua­tion.

L’Afrique fran­co­phone es­père donc bien tirer son épingle du jeu. Alors qu’il y a six ans, les co­ton­cul­teurs du Mali, du Bur­ki­na-​Fa­so, du Bénin, de Côte d’Ivoire, du Sé­né­gal et du Tchad pro­dui­saient glo­ba­le­ment 1,1 mil­lion de tonnes de fibres, la chute des cours mon­diaux a ré­duit de moi­tié leur ré­colte an­nuelle. Les so­cié­tés co­ton­nières char­gées de dis­tri­buer les in­trants, de ré­col­ter et de payer le coton fibre aux pe­tits pay­sans ont vu leurs comptes plon­ger dans le rouge et ac­cu­mu­ler les dé­fi­cits. Mal­gré les sub­ven­tions dont elles bé­né­fi­ciaient, elles ont été obli­gées de ré­duire les prix payés aux pay­sans qui ont donc été contraints de dé­lais­ser cette culture qui contri­buait à les rui­ner.

Une bonne nou­velle pour les pro­duc­teurs afri­cains de coton

Pour Cé­les­tin Tien­dre­beo­go, le di­rec­teur gé­né­ral de la So­fi­tex, la com­pa­gnie co­ton­nière bur­ki­na­bé, le ni­veau re­cord des cours du coton est une ex­cel­lente nou­velle qui va per­mettre de re­mettre à flots les so­cié­tés co­ton­nières. Ja­mais, les pro­fes­sion­nels du coton n’avaient en effet as­sis­té à une telle flam­bée des cours: sur les douze der­niers mois, la pro­gres­sion est de 75%. Ce­pen­dant, comme les so­cié­tés co­ton­nières ont vendu leurs ré­coltes à l’avance, avant que ces plus hauts ni­veaux his­to­riques ne soient at­teints, Il fau­dra quand même plu­sieurs an­nées avant de ren­flouer leurs comp­ta­bi­li­tés.

Pour les pay­sans aussi, il fau­dra at­tendre quelques mois avant d’em­po­cher les bé­né­fices de la hausse. Au Bur­ki­na-​Fa­so, le prix d’achat aux pay­sans est en effet fixé à l’avance par l’in­ter­pro­fes­sion sur la base d’une moyenne an­nuelle. Ce n’est donc qu’au mois de mai pro­chain qu’une ris­tourne ré­tro­ac­tive leur sera dis­tri­buée. Im­pos­sible de sa­voir pour l’ins­tant s’ils au­ront d’ici là dé­ci­dé d’aug­men­ter leurs semis en consé­quence.

Source : afriqueavenir.org

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