Les affaires tournent de mieux en mieux en Afrique, ce qui n’a pas échappé à l’attention du reste du monde, affirme le professeur Murray Low, spécialiste en entrepreneuriat.
M. Low est directeur du Centre Eugène Lang de l’entrepreneuriat à l’école de commerce de l’université Columbia (Columbia Business School) de New York, où il est professeur auxiliaire et enseigne un cours intitulé « L’entrepreneuriat et le capital à risque privé en Afrique ».
Celui-ci est issu d’un autre cours qu’il enseignait auparavant sur « Le capital à risque privé et l’entrepreneuriat dans les marchés émergents ». Au cours des cinq premières années, a-t-il expliqué, « les leçons étaient comme un voyage autour du monde effectué à toute vitesse. (…) Puis il y a quatre ou cinq ans, en raison de l’intérêt accru suscité par l’Afrique dans les milieux d’affaires, chez les acteurs du développement et chez nos étudiants, et aussi par l’activité croissante des investisseurs privés en Afrique, nous avons commencé à cibler davantage ce continent. »
M. Low est revenu sur les facteurs de ce changement lors d’un entretien récemment accordé à America.gov sur le campus de l’université Columbia. « Il y a dix ans, il n’aurait pas été possible d’enseigner un cours sur le capital à risque privé et l’entrepreneuriat en Afrique », dit-il.
« En ce moment même, il y a six ou sept fonds d’actions nouveaux qui sont en train de s’établir avec pour cible l’Afrique et le domaine de la technologie de l’information, ainsi qu’une demi-douzaine d’acteurs d’envergure considérable qui ont déjà des activités sur le continent. »
Pour M. Low, se trouver à New York est un avantage, parce qu’il peut réunir les cadres de nombreuses sociétés de fonds d’actions qui font des affaires en Afrique. Il s’y est souvent rendu pour rencontrer les chefs d’entreprise qui ont réussi. « Nous voulons trouver des exemples à suivre, (…) des gens qui ont créé des entreprises durables qui continuent de s’élargir et qui peuvent intéresser les investisseurs professionnels. »
Les étudiants de M. Low ont effectué une demi-douzaine de cas d’études, analysant les opérations de certaines entreprises et, ce faisant, y apportant un savoir-faire qui en a permis l’amélioration et l’expansion.
Dans l’un de ces cas, les étudiants de M. Low se sont rendus au Nigéria pour collaborer avec « un vrai héros de l’entrepreneuriat », M. Austin Okere, P.D.G. de Computer Warehouse. Le professeur Low a dit que M. Okere avait lancé son entreprise de technologie de l’information il y a environ 15 ans, et avait obtenu un contrat de licence pour vendre des ordinateurs Dell.
« D’un début très modeste, il a grimpé une série d’étapes importantes qui l’ont mené d’un niveau à l’autre. Le chiffre d’affaires de la société de M. Austim dépasse les 100 millions de dollars. C’est la principale firme de technologie de l’information en Afrique de l’Ouest et s’étend de plus en plus à d’autres régions du continent », comptant parmi ses clients des compagnies de télécommunications, des institutions bancaires et des sociétés pétrolières.
« Ce qui est remarquable dans le cas de M. Austin est la manière dont il a créé son entreprise (…) dans des circonstances politiques très difficiles, et il l’a fait en mettant l’accent sur la bonne gouvernance et la transparence », a indiqué M. Low.
Il a donné un autre exemple de la contribution de ses étudiants, notant le cas où ils avaient fourni du conseil opportun à Banana Investments, une entreprise tanzanienne qui fabrique et distribue du vin de banane et dont le chiffre d’affaires s’élève à 5 millions de dollars. « Nous avons mené une étude sur cette compagnie dont la marque est bien connue en Afrique », a expliqué M. Low. L’entreprise a réussi à convertir un processus très simple d’une industrie artisanale en une opération industrielle qui produit maintenant des millions de bouteilles par an.
M. Low a ajouté que ses étudiants travaillaient actuellement avec l’Equity Bank du Kenya pour trouver de nouvelles possibilités d’entreprises commerciales. Il y a quinze ans, dit-il, ladite banque était une institution d’épargne et de prêt en faillite. Son P.D.G., M. James Mwangi, l’a transformée en une banque qui détient actuellement 55 % de tous les comptes du pays.
L’Equity Bank a pu accomplir cela « en fournissant des services à un groupe de la population qui, pensait-on, ne pouvait pas avoir accès aux banques, et ses responsables l’ont fait en développant un réseau très impressionnant de succursales et en utilisant la technologie de téléphonie mobile ».
Les chefs d’entreprise sont au centre même du développement économique, a dit M. Low. « Les entreprises ne sont pas créées parce qu’il y a un certain besoin abstrait. Elles le sont quand quelqu’un reconnaît ce besoin, saisit l’occasion d’y répondre, a les moyens d’obtenir les ressources nécessaires pour fabriquer et vendre un produit et ainsi faire de l’argent avant de recommencer tout le cycle. »
« Je pense qu’il y a beaucoup d’éléments nécessaires au développement économique mais l’entrepreneuriat est sans aucun doute un facteur essentiel. Quand je dis entrepreneuriat, je ne parle pas seulement du créateur d’entreprise unique qui a une idée et lance un commerce, mais aussi de l’esprit d’entreprise qui pousse les entreprises déjà établies à trouver le moyen de fonctionner de manière plus efficace. »
« En Afrique, dit-il, il y a un énorme besoin d’entrepreneuriat et de capacités plus solides au niveau des cadres et de la direction dans le secteur privé ainsi qu’au niveau des organisations non gouvernementales. »
« En tant que quelqu’un qui a dédié sa vie à la recherche et à l’étude de l’entrepreneuriat et aussi à l’enseigner, me rendre en Afrique a été une expérience qui m’a appris l’humilité, a dit M. Low, parce que j’ai beaucoup appris au sujet de ce qu’il faut pour réussir en tant que chef d’entreprise en observant les chefs d’entreprise africains qui ont réussi et comment ils l’ont fait dans des circonstances extrêmement difficiles, où vous devez faire face à l’instabilité politique, à des fluctuations massives de la monnaie, à la corruption et à une infrastructure inadéquate, et vous voyez que même dans ces conditions, les chefs d’entreprise peuvent réussir et consolider leurs entreprises de manière impressionnante. »
Source : America.Gov




