La SONABEL semble plus que jamais décidée à s’en remettre définitivement à la politique d’interconnexion avec les pays voisins. La nationale d’électricité est en passe de lancer les travaux de réalisation de l’interconnexion entre le Burkina Faso et le Ghana via la ville de Bolgatanga. En attendant de voir la réalisation de ce projet, on ne peut que se poser des questions sur cette volonté de la SONABEL de persévérer dans une politique qui, jusque là, ne nous a pas encore permis de sortir de l’auberge.
Au moment où l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire, annoncée comme la panacée, piétine sérieusement, voici qu’on nous annonce cette autre avec le Ghana. Et toujours avec presque les mêmes flatteries. Ouagadougou pourra bénéficier du jus ghanéen à partir de 2012 et le projet devrait coûter environ trente six (36) milliards de nos francs. La ville de Ouagadougou consomme à elle seule plus de 80% du potentiel électrique de notre pays. Les besoins en énergie électrique de notre pays ne sont pas couverts par nos capacités actuelles. La première expérience d’interconnexion présenté comme un palliatif, n’est toujours pas un succès. C’est pourquoi, tout logiquement, il s’impose la recherche de nouvelles solutions, de nouvelles méthodes palliatives. On ne cessera pas de le répéter, d’ailleurs des experts du domaine l’ont confirmé, « notre soleil » nous offre des possibilités en matière de production d’énergie. C’est une aubaine ! Non seulement, ce soleil est à notre portée mais en plus son exploitation nous garantie cette indépendance qui nous met à l’abri des inconstances d’un donneur extérieur. Les avantages du soleil sont énormes et ce n’est pas le coût de sa transformation qui peut nous faire perdre de vue cela. Les mêmes moyens qui sont déployés pour tirer des câbles depuis les pays voisins jusqu’à chez nous ne sont pas loin de suffire pour exploiter notre soleil. Et si on se rappelle qu’après avoir mis de l’argent pour le dispositif technique, il faut encore payer régulièrement la note de sa consommation aux pays exportateurs, c’est clair qu’on perd beaucoup dans la durée. Ce qui n’est pas le cas avec le soleil. Notre investissement nous coûte une fois pour toute et nous appartient définitivement. On peut même avec le soleil passer de notre statut actuel d’importateur à un statut très avantageux d’exportateur d’énergie.
Continuer à dormir sur la natte du voisin
La SONABEL persiste, même si son directeur a toujours repondu que la politique d’interconnexion est une volonté des Chefs d’Etat de la sous région. Une façon de dire donc que la décision ne vient pas de lui mais d’en haut niveau. Salif Kaboré avait été très confiant en l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire. Cette interconnexion était sensée régler nos problèmes en matière électrique. Sans vouloir revenir sur les situations douloureuses vécues par les Ouagalais, on ne saurait pourtant dire que cette interconnexion a changé quelque chose dans la situation d’ensemble des Burkinabè. Pire, le pic ayant même été atteint seulement quelques semaines après l’officialisation de ladite interconnexion.
A l’exposé des motifs de la nouvelle interconnexion avec le Ghana, le Directeur général de la SONABEL s’est une fois de plus montré confiant, voire enthousiaste. C’est à son avantage, diront certains, mais, il faut reconnaître que cet optimisme béat dont il sait faire preuve ne devrait pas nous aider à régler définitivement nos problèmes en matière d’électricité. Nous le disons et cela au vue de certains éléments. Premièrement, le Ghana est lui-même obligé d’acheter de l’électricité avec la Côte d’Ivoire. Cela peut paraître curieux mais c’est pourtant la triste réalité et ce pays n’avait pas été totalement épargné lors des problèmes rencontrés par la centrale ivoirienne d’Azito. Après avoir voulu faire la grasse matinée dans la natte ivoirienne, la SONABEL souhaite maintenant passer des nuits chaudes dans le dortoir ghanéen. Le deuxième aspect qu’il faut souligner ici, c’est que la sécurité et la fiabilité du réseau ghanéen inspirent tout de même des inquiétudes.
Même si le Directeur général de la SONABEL affirme que cette interconnexion devra permettre au Ghana d’améliorer son réseau sur les points cités, il n’en demeure pas moins que le risque d’un nouvel échec soit toujours aussi élevé. A voir plus loin, le Ghana est le grand bénéficiaire de cette interconnexion, en plus des retombées financières qu’il tirera de la vente de son électricité, il pourra en même temps rendre fiable son réseau et le sécuriser par la même voie. Le lourd investissement que la SONABEL entend consentir dans cette nouvelle aventure d’interconnexion aurait pu servir à ouvrir de nouvelles perspectives dans le domaine de l’énergie solaire. C’est un projet porteur et bénéfique pour notre pays, la matière première étant en abondance. Il nous parait le plus adapté. A moins qu’on nous dise que l’interconnexion est une solution transitoire, c’est véritablement vers le soleil qu’on devrait concentrer nos forces.
Clovis FERRAND
Source : independant.bf




