Le Premier ministre Tertius Zongo a rencontré, le lundi 10 mai 2010 à Ouagadougou, les opérateurs miniers exerçant au Burkina Faso. Deuxième rencontre du genre après celle de février 2008, les discussions ont porté sur la relecture du code minier, le guichet unique, l’utilisation du cyanure sur certains sites…
Avec une production de 12,2 tonnes en 2009, des recettes d’exportation de 177 milliards de F CFA et une contribution au PIB de l’ordre de 4 % (au moins 8 % avec les externalités), l’or est la première source de devises pour le Burkina Faso.
Ainsi, les autorités caressent le rêve de voir le « pays des Hommes intègres » devenir une nation minière. La rencontre, ce lundi 10 mai 2010, entre le Premier ministre et les opérateurs miniers avait pour objectif de booster ce secteur et de consolider davantage la position de l’or comme 1er produit d’exportation du pays.
Vu ces enjeux, toutes les parties ont répondu présentes : d’un côté, le Premier ministre avec les membres du gouvernement et de l’autre, le groupement professionnel des miniers, la coopération nationale des petits exploitants miniers, les femmes du secteur minier, etc.
Le président du Groupement professionnel des miniers du Burkina (GPMB), Elie Justin Ouédraogo, au nom des opérateurs miniers, a estimé que le secteur doit être accompagné afin d’en faire un levier déterminant du développement économique et social du Burkina Faso.
Cependant, pour lui, le chemin est encore long et la tâche peu aisée. « Les gisements d’or que nous avons au Burkina Faso sont en général de faibles teneurs. L’accès à la mer est distant et onéreux et les coûts de facteurs de production (énergie, transport) sont importants », a expliqué Elie Justin Ouédraogo.
A cela s’ajoutent, selon lui, les préoccupations évoquées lors de la 1re rencontre avec les opérateurs miniers en février 2008 : la TVA, l’exonération douanière en phase de construction, la lenteur administrative dans le traitement des dossiers, etc. « D’énormes difficultés de compréhension persistent dans l’interprétation des textes du secteur minier.
L’exonération de la TVA reste une préoccupation majeure », a précisé Elie Justin Ouédraogo tout en appelant de tous ses vœux, la création du guichet unique des mines. Ce qui pourrait contribuer à améliorer leurs relations avec l’administration. Le Premier ministre Tertius Zongo qui a prêté une oreille attentive aux opérateurs miniers, leur a assuré qu’il est conscient des difficultés qu’ils rencontrent.
Les conditions de prise du décret (du 3-03-2010) portant fixation des taxes et des redevances minières, la mise en place d’un meilleur cadre de dialogue entre miniers et administration et d’un système de remboursement accéléré de la TVA… ont été entre autres évoquées par le Premier ministre. En ce qui concerne le dernier point, il a prévenu que l’application d’une exonération directe de la TVA à l’achat n’est pas une option retenue par le gouvernement.
Pour ce qui est du code minier, Tertius Zongo s’explique : « Un diagnostic s’avère nécessaire à l’étape actuelle du développement du secteur afin d’envisager de nouvelles perspectives pour une fiscalité minière adaptée ». Il a invité les acteurs du secteur minier à formuler des suggestions à court, moyen et long termes afin de faire réellement du Burkina Faso un pays minier. Au cours de la rencontre, la parole a été donnée aux acteurs du secteur minier présents dans la salle.
A quand le guichet unique ?
Les préoccupations principales ont concerné l’utilisation de produits chimiques comme le mercure et le cyanure sur certains sites d’orpaillage. « Le GPMB tient à se démarquer de façon claire et sans équivoque de ces pratiques irresponsables », a déclaré Elie Justin Ouédraogo.
A ce sujet, le Premier ministre Tertius Zongo a instruit, sur place, le ministre de la Sécurité, pour la mise en place d’un comité qui fera des propositions d’ici à la fin de la semaine. Sur la question relative à la mise en place d’un guichet unique, le ministre de l’Economie et des Finances, Noël Marie Lucien Bembamba a assuré que l’étude est terminée, mais qu’il reste des observations à intégrer.
Tertius Zongo a suggéré qu’une fois le projet achevé, un atelier regroupant tous les acteurs soit organisé pour le valider. En ce qui concerne la réhabilitation et le prolongement des rails jusqu’à Tambao, les opérateurs ont été informés de l’adoption d’un plan financé par la Banque mondiale.
Pour ce qui est des solutions pour soulager les sociétés minières, grandes consommatrices de carburant comme l’ont souhaité les opérateurs, Tertius Zongo s’est interrogé : « Pourquoi ne pas évoquer la possibilité de donner des dérogations spéciales aux grandes sociétés de mines, consommatrices de carburant d’acheter leur carburant ailleurs ? »
Avant d’ajouter : « La réflexion est nécessaire. Mais il faudrait s’assurer qu’effectivement ce carburant ira dans leurs machines et non ailleurs comme par exemple sur le marché ». Cette deuxième rencontre d’échanges entre le gouvernement et les opérateurs miniers en vue de dynamiser ce secteur combien porteur dans l’économie du Burkina Faso, a été saluée par tous au regard du nouvel essor constaté sur le marché minier international, ces derniers temps.
Sié Simplice HIEN
Neuf objectifs, selon Tertius Zongo, pour faire du Burkina un pays minier
1. partage des bénéfices générés par l’exploitation entre les sociétés minières et le gouvernement ;
2. viser le principe de stabilité des dispositions de conventions minières. Stabilisation ne veut pas dire immobilisme, ni prison, mais prévisibilité dans tout changement des règles du jeu ;
3. examiner dans le cadre ce pacte fiscal, des formules d’augmentation des taxes en fonction d’un cours particulièrement favorable des métaux ;
4. examiner la manière la plus appropriée pour soutenir le développement durable des régions où sont installées les sociétés minières en incluant les préoccupations de gestion de l’après-mine ;
5. imposer des mesures plus rigoureuses dans la délivrance des autorisations pour barrer la route aux spéculateurs, assainir le milieu et permettre au plus sérieux d’investir et d’avoir des services de qualité. (Coût administratif de gestion de 600 titres délivrés à nos jours) ;
6. travailler à une nécessaire adaptation de l’administration aux spécificités du secteur minier, le Burkina Faso n’étant pas un pays de tradition minière. La formation des agents, leur mise à niveau périodique est une impérieuse nécessité ;
7. faire aboutir le processus d’adhésion du Burkina à initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) pour en faire un pays membre ;
8. tenir compte de l’évolution des politiques régionales dans la gestion du secteur minier ;
9. relire la politique minière et le code minier de manière participative sous les orientations du gouvernement.
Source : sidwaya.bf




