Agent secret
Le mythe : Telle une James bond en stilettos, vous vous glissez en combinaison moulante dans le QG d’un groupuscule terroriste pour photographier les plans de leur nouvelle arme. Impeccablement professionnelle, vous arrivez en même temps que vous désactivez les systèmes de sécurité à envoyer un sms à votre boyfriend pour assurer votre couverture.
La réalité : Hélas, l’exemple de Sydney Bristow l’héroïne d’Alias, est trompeur. Et même si Jennifer Garner, son interprète, a été embauchée par la CIA pour tourner des vidéos pour la promotion des opérations de recrutement, les faits font moins rêver. Jean-Jacques Cécile, ancien agent des renseignements français expliquait notamment sur France 5 : « L’espion à la 007 ne représente qu’une petite partie du personnel impliqué dans ce qu’on appelle l’espionnage ». Et si dans la série, la belle espionne est recrutée sur son campus, en France la DGSE recrute principalement dans les unités de l’Armée de terre.
Rédactrice en chef d’un magazine de mode
Le mythe : Dans un bureau rempli de cadeaux envoyés par les services de presse des grandes marques, vous vous acharnez sur une pauvre stagiaire qui eu le malheur de mettre deux sucres au lieu d’un dans votre café. La grosse décision du jour : quelle accessoire mode mettre en valeur sur la couverture du prochain numéro ?
La réalité : Le film « Le diable s’habille en Prada » sorti en 2005 dépeignait une Meryl Streep froide et intransigeante, mais terriblement bosseuse aussi. Devenir rédactrice en chef d’un magazine de mode, ce n’est pas seulement aimer les fringues, c’est aussi gérer les dizaines de journalistes et pigistes qui interviennent sur le contenu, et coordonner toute la ligne éditoriale du magazine. En outre, les réunions interminables avec les services administratifs et financiers, la gestion des budgets et la pression du bouclage incombe à cette entité suprême au sein de la rédaction, qui doit rendre des comptes aux actionnaires. Et qui dit monde de la mode implique aussi une lourde culture générale : l’histoire, l’économie et même la politique ont un impact sur la planète mode et beauté.
Écrivain à succès
Le mythe : Assise à la terrasse d’un café, vous restez pensive à la recherche du bon mot pour clore votre chapitre. Vous buvez un verre de vin blanc en regardant le ciel, votre téléphone sonne : votre attachée de presse vous rappelle que dans une heure vous devez être dans les studios du Moulin Rouge à Paris pour participer à l’enregistrement de l’émission de Laurent Ruquier.
La réalité : Après avoir essuyé 59 lettres types de refus de la part des maisons d’édition, vous avez décroché le sésame : une publication. Mais les 8% de droits d’auteur (soit un euro et quelques centimes par exemplaire pour un livre vendu 15 euros) et les 1200 euros d’avance versés pour vous faire patienter ne font pas vos affaires. « Je pensais bêtement vivre de mes publications » confie Amandine, qui a publié son premier roman en 2009, « mais j’ai vite réalisé qu’écrivain n’est pas un métier. Très peu parviennent à en vivre, à côté de leurs romans, la plupart des gens sont journalistes, professeurs ou autres. J’aurais pu me consoler avec l’aspect médiatique, mais les médias invitent toujours les mêmes auteurs : difficile d’exister sans relations dans ce milieu, c’est piston et compagnie ! ». Réjouissez-vous, reconnue des siècles après votre mort, vos petits boulots et la précarité connue tout au long de votre vie d’écrivain contribueront à votre légende d’artiste maudit.
Top Model
Le mythe : Vous rentrez de New-York, mais vous enchaînez sur des défilés à Milan dès demain. Entre deux séances photos pour la nouvelle campagne de pub d’un groupe cosmétique, vous profitez de la piscine d’un hôtel quatre étoiles au bras de votre amoureux, rockstar en vogue du moment.
La réalité : Vous attendez votre tour pour monter sur le podium. Quand vous dites que vous avez 25 ans, les maquilleuses prennent un air dégouté et vous appellent « La vieille » à peine le dos tourné. Un styliste hystérique vous assène que vous êtes une grosse baleine, parce que vous ne rentrez pas dans du 34, et vous montez sur le runway en boitant à cause des nombreuses ampoules provoquées par les talons. Vous rentrez chez vous déprimée pour avaler une soupe et vous coucher, tout en repensant à la couverture de Voici où vous avez découvert votre rockstar de petit ami au bout du monde avec la nouvelle star de Gossip Girl.
Star de cinéma
Le mythe : Vous embrassez Clive Owen et Javier Bardem le même après-midi, et le réalisateur vous demande de recommencer la prise dix fois, juste pour être sûr d’avoir la bonne. Tout le monde vous trouve fantastique et votre nom se murmure partout pour le futur Golden Globe : « Marion Cotillard n’a qu’à bien se tenir », c’est la titraille qui orne votre photo en couverture de Studio magazine.
La réalité : Votre prestation de figurante dans Joséphine Ange Gardien n’a pas eu l’effet médiatique escompté. Lassée de manger des nouilles, vous vous tournez vers la publicité et enchainez les spots pour une crème contre les boutons de fièvre : plus personne dans votre entourage n’ose vous embrasser.
Attachée de presse
Le mythe : Vous connaissez le monde entier, il vous suffit de décrocher vote téléphone pour qu’une belle célébrité vous accompagne au cinéma. Vous êtes puissante : rien que cette semaine, vous avez contribué à faire décoller à l’international la carrière de deux comédiens, trois chanteurs et un DJ.
La réalité : Vous êtes devenue une pro du message sur répondeur, et vous vérifiez constamment que votre téléphone fonctionne. « Il y a des moments où j’ai l’impression d’être comme ces gens qui essaient de vendre des assurances par téléphone » confie Odile, « On harcèle des gens qui ne répondent pas ou nous évitent, en vantant les mérites d’un artiste auquel on ne croit pas soi-même et qui de toute façon se montrera ingrat au final en disant qu’on a mal géré sa promo : cette mascarade m’épuise de plus en plus ». Frustrée de tant d’ingratitude d’un côté comme de l’autre, vous vous vengez sur les petits-fous et le champagne dans les soirées mondaines. Dans toute la capitale, les médias vous connaissent sous le nom de code « Pique-assiette ».
Fille à papa
Le mythe : Pas besoin de formation ni de diplôme, votre cursus a commencé le jour de votre naissance. Fille d’un riche homme d’affaires, votre job consiste à écumer les résidences familiales à travers le monde pour vérifier que l’eau du jacuzzi est à bonne température ou que les matelas des lits king size sont assez moelleux. Le reste du temps, vous le passez à faire du shopping pour remplir des penderies qui ne vous servent qu’une fois chacune, et à chercher votre chemin dans les nombreux couloirs de votre propre appartement.
La réalité : Sans réel objectif, vous avez fait une croix sur l’idée d’exister par vous-même. Tous les amis de votre père vous proposent des jobs pour lesquels vous n’avez ni les compétences, ni la vocation, ce n’est pas grave : on vous demande juste d’être jolie et gentille. La trentaine approchant, vous décidez de prendre votre vie en main et vous optez pour un changement de carrière : vous devenez « Femme de… ».
Hôtesse de l’air
Le mythe : Assignée aux longs vols, vous parcourez chaque mois le monde une bonne dizaine de fois. Vous avez des amis dans chaque grande capitale et les hommes vous courtisent : vous êtes un objet de fantasme et vous maniez les consignes de sécurité comme personne.
La réalité : Vos cycles de sommeil sont défoncés par les jet-lags répétés, et vous carburez au Stilnox. De la ville de Los Angeles vous ne connaissez que le couloir qui conduit de l’aéroport à l’hôtel de l’aéroport, et de nuit uniquement. Votre petit ami ne communique avec vous que par répondeur, c’est normal : vous attendant à l’autre bout du monde, quand il se réveille, vous vous couchez.
Profileur
Le mythe : Dotée d’une intelligence et d’une intuition rares, vous traquez à travers le globe les tueurs en série les plus dangereux de la planète. Votre dictaphone en main, vous êtes capable en 3 minutes chrono d’analyser la personnalité du moindre interlocuteur rien qu’à sa façon de vous dire bonjour. Cerise sur le gâteau : le tronçonneur de Boston s’est entiché de vous après vous avoir vu dans un reportage et vous dédie ses crimes, vous êtes officiellement une star du FBI.
La réalité : En France, le profilage n’existe pas ou peu. « Ici l’analyse comportementale se pratique au sein des services de la Gendarmerie Nationale » explique Denise, étudiante en criminologie. « Le parcours complet intègre un cursus de droit pénal, un cursus de psychologie et des « spécialisations » (criminologie, victimologie, criminalistique…). Ensuite il faut rentrer en gendarmerie. En gros cela prend minimum dix ans de préparation. Mais le recours aux sciences du comportement n’est pas forcément courant sur les enquêtes ». Et les places sont chères, comme le précise le site faitdivers.com : « En France, le Département des Sciences du Comportement est formé de sept officiers de police judiciaire. L’équipe est ainsi composée de quatre « analystes » issus d’une longue formation universitaire en psychologie et en droit et de trois « enquêteurs » qui ont derrière eux une solide expérience du terrain ». Rien que ça.
Professeur de magie à Poudlard
Le mythe : Chaque matin, vous vous réveillez au son des trompettes du terrain de Quidditch, enfourchez votre balai et préparez les potions qui serviront à dispenser votre cours. Pas besoin de brushing, vous agitez votre baguette magique pour obtenir une coupe impeccable, tandis qu’une cuillère ensorcelée par vos soins touille majestueusement votre thé. Vous trouvez un mot sur votre bureau : Harry Potter sera absent aujourd’hui, Voldemort a encore fait des siennes.
La réalité : Comme des millions de jeunes lecteurs, vous serez triste d’apprendre que l’école de sorcellerie de Poudlard n’existe pas. Déçue, vous faites votre brushing vous-même et revendez votre balai contre un aspirateur. Heureusement, les rumeurs disent que l’auteur J.K Rowling plancheraient sur une nouvelle suite de la saga, vous pourrez rêver encore un peu.
Gabriel Seyrig © Pampa Presse




