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2IE : Le DG dans une obscure affaire de force

Réputée pour la qualité de sa formation, la fondation 2IE (ex-EIER/ETSHER) passe également pour être l’une, sinon la plus grande école inter-Etat de notre pays. C’est une fondation qui roule tranquillement sans faire de vague. Rien n’a jamais été reproché à la fondation 2IE jusqu’à ce que l’ONG Green Cross (GC) lui adresse une correspondance courant Mai 2009. Dans la correspondance, GC marque ses inquiétudes sur les résultats d’une analyse que la fondation aurait faite à la demande de l’entreprise Burkina Hydro Service (BHS). A la surprise de GC, la fondation 2IE affirme ne pas reconnaître les analyses en question. C’est le début d’un cafouillage sans précédent au sein de la fondation. Aujourd’hui, seules deux personnes, Byll Cataria et Denyigba Kokou, ont fait les frais de cette affaire bien qu’elles aient bénéficié d’un non-lieu de la part du juge en charge de l’affaire. Malgré ce non-lieu Cataria et Kokou seront remerciés, sans préavis, par la fondation pour « faute grave » le 26 juin 2009. On a par moment l’impression que les affaires les plus simples ne sont pas forcément les plus faciles à résoudre. La correspondance de l’ONG Green Cross avait pour but de vérifier la conformité des résultats des analyses fournies par la fondation via l’entreprise BHS. Rappelons ici que BHS avait été commis par GC pour la réalisation de 21 forages dans la Région du Nord pour un coût total de 253.000.000 de francs CFA. De prime à bord, rien ne permet de contester les résultats fournis par BHS, ce qui fait que le motif de la correspondance adressée par GC paraît encore plus confus. Le bulletin d’examen n’est en rien différent de ceux utilisés régulièrement par 2IE, les différents paramètres d’analyses y figurent. Ce qui paraît plus étrange dans cette correspondance, c’est le délai écoulé entre les analyses et la décision de GC d’écrire à la fondation. Il convient de rappeler que les analyses avaient été faites depuis juin 2008 et c’est pratiquement un an plus tard que GC s’inquiète des résultats provenant des laboratoires de 2IE. Toujours est-il que la fondation ne se donne pas la peine de reprendre les analyses, elle réfute totalement la paternité des analyses. Et sans attendre une réaction de GC, elle porte plainte pour faux et usage de faux en écriture.

2IE jette un pavé dans la marre

La plainte de la fondation 2IE est logique dans la mesure où c’est sa réputation qui est mise en jeu. La gendarmerie ne se fait pas prier et commence son enquête. Le premier à être entendu est Evariste Mèda, le responsable de l’entreprise BHS. Même si ce dernier reconnaît les reproches qui lui sont faits, il soutient que les analyses ont bel et bien été réalisées dans les laboratoires de 2IE. Une déclaration qui amène la gendarmerie à auditionner les responsables du laboratoire et c’est sur ce fait que Denyigba Kokou, chef du laboratoire, sera entendu. Ce dernier ne reconnaît pas non plus les bulletins d’analyses. Pire, lors de la confrontation avec le responsable de BHS, la gendarmerie se rend, elle-même, compte que les deux hommes ne se connaissent pas. Les perquisitions effectuées dans le bureau de monsieur Kokou ne relèvent aucune trace des bulletins douteux, ni sur son ordinateur, ni dans la paperasse. C’est finalement après moult tracasseries que le sieur Mèda lâchera le morceau. Les analyses lui avaient été faites par Afangnon Yaovi Dieudonné, collègue de Kokou Denyigba. Sans nier les faits, ce dernier affirmera avoir réalisé les analyses demandées sans l’accord de son supérieur hiérarchique et de la fondation 2IE. C’est donc de son propre chef qu’il avait réalisé ces analyses pour, dit-il, régler des problèmes familiaux. La demande de monsieur Mèda serait venue à un moment où le besoin d’argent était le plus pressant chez lui. L’occasion de réaliser un bon « deal » était toute trouvée. C’est contre le paiement de la somme de 300.000 francs Cfa que les choses se concluront entre les sieurs Afangnon et Mèda. Il convient ici de rappeler que les demandes d’analyses passent normalement par la direction de la fondation avant de parvenir au laboratoire. C’est encore la direction qui est chargée de remettre les résultats au demandeur après le paiement des honoraires dus en la matière.

Que reproche-t-on à Byll Cataria et à Kokou Denyigba ?

Alors qu’on pourrait penser que les éléments d’enquête étaient réunis pour un bon traitement de cette affaire au niveau de la justice, le Président, Paul Giniès de la fondation 2IE prît une décision pour la moins surprenante. Le licenciement pur et simple des sieurs Afangnon Dieudonné, de Kokou Denyigba. Mais ce n’est pas fini. À la surprise, monsieur Byll Cataria, lui aussi technicien au laboratoire, est licencié. Le cas du sieur Byll Cataria n’est d’autant plus surprenant qu’il n’avait pas été entendu par la gendarmerie lors des enquêtes préliminaires. Si le licenciement de Afangnon peut paraître explicable, celui de Kokou Denyigba et de Byll Cataria est ni plus ni moins qu’une injustice. Les enquêtes menées à la gendarmerie ont prouvé que seul le sieur Afangnon était responsable du bulletin d’analyse brandit par BHS. Et pour ce faire, 2IE se devait de demander des explications au sieur Kokou Denyigba avant de le licencier. En fait la décision de le faire fut prise uniquement par le Président de 2IE, monsieur Paul Giniès. Le directeur des ressources humaines de la fondation n’en fut informé qu’en même temps que les intéressés. Et pour ne pas s’arrêter en cours de route, la fondation refusera de se présenter à toutes les convocations de l’inspection du travail. On le voit, rien ne montre que les sieurs Kokou et Cataria sont coupables ou responsables des bulletins présentés par BHS à GC. A quoi peut donc correspondre leur licenciement ? Pour l’instant, nous n’avons pas pu joindre l’avocat de la fondation 2 IE après plusieurs tentatives. Ce qu’il convient de préciser ici, c’est que les analyses avaient été faites selon les règles en vigueur. Monsieur Afangnon avait juste voulu se faire un peu d’argent en ne suivant pas la procédure officielle. Au-delà, des doutes qui pouvaient planer sur ces bulletins, se cache une autre affaire troublante mettant en cause l’entreprise BHS et la fondation Green Cross.

Tout semble faire de BHS le centre du faux

La décision de licencier les sieurs Kokou Denyigba et Byll Cataria peut être perçue comme une erreur de la part de la fondation 2IE. Ce qui signifie que les choses peuvent évoluer positivement pour ces messieurs qui, soit dit en passant, traversent des moments difficiles. En fait, nous osons croire à la capacité de 2IE de reconnaître que sur la question, il a manqué de discernement. Ce n’est pas parce que les sieurs Kokou et Cataria sont du laboratoire qu’ils sont impliqués dans cette affaire. On aurait compris par exemple que la fondation les affecte à d’autres postes afin de les soustraire de toute tentative de fraude au laboratoire. Les témoignages des deux principaux responsables ne les culpabilisent pas.

Pire, aucune charge n’a été retenue contre eux au niveau de la gendarmerie ou de la justice. Revenir au cas de BHS n’est ni plus ni moins que mettre la main dans un panier à crabes. Nous disions plus haut ne pas comprendre le sens de la correspondance de l’ONG GC. D’autant plus que c’est par le fruit d’un « deal » que BHS fut désigné adjudicataire du marché de réalisation de 21 forages dans la Région du Nord. C’est par l’entremise de GC que le sieur Mèda Evariste se procurera les dossiers de soumission des entreprises comme Forafrique, Forage Technique Eau, Forage International et GLo-bu. Le but de la manœuvre était de faire de BHS le vainqueur logique de l’appel d’offre. Etant donné que les autres n’avaient pas pu postuler selon les normes.

Lors de la perquisition dans les locaux de BHS, la gendarmerie retrouvera des cachets et des entêtes des entreprises concurrentes de BHS. On voit ici que le couple GC-BHS fonctionnait à merveille. Le gaz ne prît l’eau que lorsque BHS disparaîtra des sites de forages après avoir réalisé seulement 17 forages au lieu de 21. En pareil cas, il ne faut pas s’étonner quand les bailleurs de fonds élèvent la voix pour demander des comptes. Sur ce fait, GC ne sachant quoi faire afin de montrer que la faute revien à l’entreprise, décide de se libérer en accusant BHS. On comprend dès lors le sens de la lettre adressée à 2IE. Partie d’une simple lettre d’explication de GC, cette affaire n’aura finalement emportée que trois personnes dont deux semblent avoir été plutôt victime d’abus. A côté de ces trois, un seul semble être l’auteur d’un grand scandale en apparence puisqu’il est l’auteur du cachet qui a servi à valider les analyses d’Afangnon Dieudonné de 2IE. Qu’attendent donc la fondation 2IE et la justice pour régler définitivement cette histoire et réinstaller les sieurs Byll Cataria et Kokou Denyigba dans leurs droits ?

C.F

Source : independant.bf

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