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Loi anti-piratage : pourquoi Wikipedia (et d’autres) sont en grève mercredi ?

Ce mercredi Wikipedia se met en grève. Les versions anglophones, italophones ainsi que germanophones du site ne seront pas accessibles au public. Pourquoi ? Pour protester contre SOPA ET PIPA. Deux projets de lois, en discussion au Congrès et au Sénat américain, qui visent à lutter contre le téléchargement illégal. Des lois que Wikipedia ainsi que d’autres acteurs majeurs du web (Google, Facebook, Twitter) jugent dangereux pour la liberté sur internet. Nous avons interrogé Christophe Henner, membre du conseil d’administration de Wikimedia France (la fondation qui héberge le site Wikipedia) de nous décrypter la loi SOPA et de nous expliquer l’opposition de la communauté Wikipedia à ce projet.

Pouvez-vous quelles sont ces lois anti-piratage contre qui vous et d’autres acteurs du web s’opposent ?

Sopa (Stop Online Piracy Act) est une loi sur le piratage culturel. À la base, l’idée derrière cette loi est de limiter le piratage et la contrefaçon de films et de musique sur internet. Et dans le cadre de cette loi, le législateur américain (N.D.L.R. : le Congrès, l’équivalent de notre Assemblée Nationale) avait aussi demandé à ce qu’il soit possible, pour un ayant droit, le blocage de n’importe quel site internet aux Etats-Unis. Et ce, sans aucune intervention juridique. C’est-à-dire que, demain, un label musical, par exemple, aurait pu demander qu’un site n’ait plus le droit d’être accessible. Et les fournisseurs d’accès devaient en interdire l’accès et ce sans même un jugement.

Pouvez-vous nous expliquer les raisons de votre engagement contre SOPA. Et ce qui vous a poussé à prendre une décision aussi importante que le black-out du site pendant une journée, quand d’autres opposants (Facebook, Twitter, etc.) n’ont pas souhaité aller aussi loin ?

D’abord, rappelons le fonctionnement de Wikipedia. Wikipedia est un site géré par une communauté d’utilisateurs. Derrière cette communauté, le site est hébergé par une fondation à but non lucratif : Wikimedia Foundation. Voilà pour le contexte.

Ensuite, il y a un peu plus d’un mois, la fondation Wikimedia a annoncé à ses utilisateurs qu’elle allait s’opposer, officiellement, au projet de loi Sopa. À partir de là, la communauté a commencé à discuter. À la fin de ces discussions elle a décidé (N.D.L.R. : hier, lundi) de mettre en place un black-out de Wkipedia mercredi 18 janvier.

Il faut bien comprendre qu’un black-out, c’est la plus grosse chose qu’on puisse faire. Puisqu’on est à la limite d’aller contre ce quoi on se bat. En effet, l’objectif de Wikipedia est de diffuser, au plus grand nombre, la connaissance. En faisant ce black-out la communauté donne un message très fort : diffuser la connaissance c’est capital, mais encore faut-il pouvoir le faire dans des conditions correctes. Si demain n’importe qui peut faire fermer un site parce que son contenu ne lui plaît pas, on se retrouve à ne plus diffuser la connaissance telle quelle est conçu par Wikipedia, c’est-à-dire neutre et avec des sources, mais telle qu’elle est conçue par certaines personnes. Résultat, les « wikipédiens » se sont sentis en danger avec cette loi.

Avez-vous déjà connu des cas similaires à celui des Etats-Unis qui ont mené à un black-out ?

Non, ce n’est pas la première fois. On a eu la même situation en Italie, il y a quelques mois, avec une loi assez proche. Elle permettait à n’importe quelle personne, qui était le sujet d’un article, sur n’importe quel site, d’avoir un droit de réponse et de modification sur l’article en question. Donc, de pouvoir mettre ce qu’elle souhaitait dans l’article. C’est à cette occasion que la communauté a organisé le premier black-out d’une version de Wikipedia. Le site italien a été mis hors ligne, pendant trois ou quatre jours. Finalement, la loi n’est pas passée.

Justement, vous n’êtes pas le seul « géant » d’internet à vous être opposé à SOPA. Facebook, Twitter, Google ainsi que Mozilla Foundation, entre autre, sont aussi contre cette loi. Pensez-vous que dans ces circonstances elle ait encore une chance de passer ?

On verra, il n’y a que le Congrès américain qui pourra nous donner tort ou raison. Même si l’on voit que les prises de position fortes de grosses organisations du web font leur effet. Et c’est là ou c’est intéressant, car ce ne sont pas uniquement de grosses entreprises du web qui sont dans la lutte, puisqu’on a également Mozilla Foundation (l’organisation qui développe Firefox) qui s’est positionné ainsi que d’autres associations qui se battent pour la liberté sur internet, qui se sont retrouvées côte à côte avec des géants du web comme Google, Facebook ou bien Twitter. Je pense que le mélange des deux a eu un gros impact. C’est une des premières fois où l’on a vu un front commun des acteurs de l’internet se constituer de cette manière.

De plus, la Maison Blanche a aussi émis un communiqué expliquant ne pas soutenir SOPA dans sa version actuelle. Donc, en effet, tous les indicateurs de ces derniers jours semblent laisser penser que le texte de loi, en tout cas dans sa version actuelle, n’ira pas beaucoup plus loin.

Après, nous savons que les thématiques abordées par SOPA vont revenir, peut-être pas dans la forme actuelle. Elles sont au cœur de beaucoup de discussions aux Etats-Unis mais aussi en Europe. Il ne fait aucun doute que les principaux groupes de gestion des droits d’auteurs vont revenir à la charge. C’est pour cela que, même si tout semble se diriger vers un abandon, même temporaire, de ce projet de loi, nous maintenons le black-out.

Est-il possible de comparer SOPA avec Hadopi (loi Internet et Création) en France ? Et avez-vous déjà pensé à un black-out contre Hadopi ?

Non. Pour une raison qui est assez simple. Hadopi fonctionne, aujourd’hui en France, sur un registre assez différent de SOPA. Hadopi se concentre uniquement sur la protection de biens culturels protégés. Par exemple, Hadopi ne peut pas faire fermer un site. La loi française se positionne autour de la défense des droits d’auteurs. C’est-à-dire qu’elle va uniquement s’attaquer à ceux qui vont télécharger des œuvres protégées.

La SOPA est dans un registre très différent, pas dans l’essence, mais dans le résultat. Puisque ces lois permettent de fermer un site et ce sans traitement juridique derrière. Donc on ne peut pas vraiment comparer les deux, puisqu’on n’est pas vraiment sur la même approche. Après si un jour une loi équivalente arrive en France on se posera la question du black-out.

Ouest-france.fr

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