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Prix du pain: «Les boulangeries s’exposent à des sanctions en cas d’augmentation»

Les Burkinabè ont commencé l’année 2012 avec une hausse du prix du pain constatée le 1er janvier dans les boutiques et les boulangeries. Les boulangers, entendaient ainsi, selon eux, respecter un arrêté du ministère de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat (Mica). Faux, rétorquent les responsables de ce département, pour qui il s’agissait d’une «interprétation incomplète» de la décision ministérielle. A propos de cet imbroglio, Fasozine.com a rencontré, ce mercredi 11 janvier 2012, le Directeur général du commerce intérieur, Sami Ouattara. Aux côtés de celui-ci se trouvait l’Inspecteur général des affaires économiques, Amidou Barry. C’est donc à deux qu’ils se sont prêtés à ce jeu de questions-réponses.

Fasozine.com: Comment expliquez-vous la hausse du prix du pain le 1er janvier 2012?

Nous avons constaté, le 1er janvier dernier, que le pain se vendait à 150 francs CFA contrairement au prix habituel de 130 francs CFA. Les consommateurs étaient donc obligés de débourser 150 F CFA pour s’acheter le pain. Cette situation s’explique par le fait que le pain de 180 grammes qui se vend à 130 F CFA avait disparu des boutiques et autres lieux de vente. Contrairement à l’esprit et à la lettre de l’arrêté fixant le prix et le poids du pain.

Pour quelles raisons le ministère a-t-il pris cet arrêté sur le prix du pain?

Pour répondre aux préoccupations des populations qui manifestaient contre la cherté de la vie, le gouvernement avait adopté en avril 2011 des mesures, dont la baisse des prix des produits de grande consommation. C’était donc pour apaiser la tension sociale. Les prix du riz de 25% brisure, du sucre granulé et de l’huile alimentaire avaient ainsi connu une baisse dès le mois de mai 2011. Le gouvernement avait alors instruit le cadre tripartite de concertation avec les organisations de la société civile et les opérateurs économiques de réfléchir aux moyens de réduire les prix des autres produits de grande consommation au nombre desquels, la farine de froment et le pain. Les discussions se sont alors poursuivies après le mois de mai. Et en décembre dernier, le gouvernement a fixé le prix de la farine de froment et du pain. C’est suite à cela que l’arrêté, signé le 2 décembre 2011 par le ministre de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat, qui fixait le prix du pain dans les différentes localités du Burkina Faso a alors été pris.

Quelles solutions avez-vous prises pour juguler ce problème de la disparition du pain de 180g?

Suite à la décision des boulangers de ne plus fabriquer le pain de 180g vendu à 130 F CFA, le gouvernement a d’abord fait comprendre aux professionnels de boulangerie que c’était inadmissible qu’ils agissent de cette manière. Car les prix fixés étaient issus des concertations que nous avions eues avec eux. Et la logique voudrait que si l’application posait problème, que nous retournions à la table des discussions pour trouver les voies et moyens pour les résoudre. Les boulangers ne pouvaient pas prendre une telle décision de façon unilatérale surtout que l’article 2 de l’arrêté leur faisait obligation de fabriquer en quantité suffisante et de manière régulière le pain de 180g vendu à 130 FCFA et celui de 200g vendu à 150 FCFA. Nous avons signifié cela aux boulangers en leur adressant un communiqué. Par la même occasion, nous les avons invités à des discussions. Ils ont d’abord reconnu leur tort et ont accepté de revenir à la table des négociations. Ces réactions ont permis de trouver à nouveau les baguettes de 180g dans les boutiques et autres lieux de vente.
Nous avons donc engagé des discussions avec eux depuis le vendredi 2 janvier dernier. Il s’agit pour nous de recenser les problèmes qui empêchent la mise en œuvre de l’arrêté et de leur trouver des solutions idoines. Le gouvernement et les boulangers travaillent pour que le prix du pain soit à la portée des consommateurs.

Quelles sont les principales difficultés soulevées par les boulangers?

Ils ont porté deux problèmes à notre connaissance. Il s’agit d’abord du fait que les revendeurs et les consommateurs ont des difficultés à faire la différence entre le pain de 180g et celui de 200g sur le marché. Ils ont dit qu’ils n’étaient pas certains que les pains de 180g allaient effectivement se vendre à 130 F CFA par les détaillants. Ils se sont également souciés du fait qu’il leur était difficile de contrôler à l’interne la fabrication du pain de 180g.

Pour ces deux raisons, les boulangers ont estimé qu’il était bon de ne plus fabriquer le pain de 180g.

Quelle issue connaîtront ces négociations?

Je peux déjà vous dire que la plupart des boulangers fabriquent aujourd’hui le pain de 180g, même s’il nous revient quelques fois que certains refusent toujours de le faire. Nous avions déjà recensé les propositions de la profession et nous sommes en train d’y chercher des solutions. Pour cela, je ne peux pas vous dire d’emblée l’issue des discussions. Mais comme de par le passé, nous gardons espoir que des solutions idoines seront trouvées au bonheur de tous.

Qu’est-ce qui garantit au ministère que les boulangers respectent le poids dans la fabrication du pain?

Lorsque nous avons appris, le 1er janvier dernier, que le prix du pain avait connu une hausse, nous nous sommes déportés dans certaines boutiques et boulangeries pour mieux comprendre la situation. Nous nous sommes donc aperçus que les boulangers avaient interprété de façon incomplète l’arrêté du ministère. Ils avaient fabriqué les baguettes de pain de 150 F CFA. Cela ne reflétait pas l’esprit de l’arrêté. Après vérification du poids des pains fabriqués, nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait bien des baguettes de 200g.

Mais avant celà, nous avons, en temps ordinaire, des équipes mobiles qui contrôlent le poids du pain dans les boulangeries qu’ils visitent à l’improviste. Ils contrôlent le poids du pain lorsqu’il est nouvellement sorti du four. Au bout d’un ou de deux mois, ils y retournent encore. Et si cette fois-ci, ils trouvent que les fabricants n’ont pas respecté le poids prescrit, les contrôleurs décident de l’amende en considérant que les boulangers ont commencé à tricher juste après leur premier passage. Et je vous assure que la facture est souvent salée pour les contrevenants. Car l’amende atteint parfois plusieurs millions de francs CFA. C’est peut-être cela qui fait que les boulangers s’autorégulent.

Avez-vous déjà pris des boulangers fautifs lors de vos contrôles?

Oui. Et chaque fois que nous les prenons, les sanctions suivent automatiquement. Elles vont de 100 mille francs CFA pour les infractions mineures à plusieurs millions de francs CFA pour les manquements graves.

Quelles sanctions encourent ceux qui ne respecteront pas le présent arrêté?

Le contrôle s’intéresse aux prix pratiqués et au poids des baguettes de pain. Et une boulangerie sera fautive si elle refuse de fabriquer le pain de 180g car elle a pris un engagement au cours des concertations précédentes de mettre à la disposition du consommateur tous les types de pain. Et selon les textes, un boulanger peut être attrait en justice pour non respect de sa part de contrat. Dans le cadre du présent arrêté, des sanctions pécuniaires pourront être prises à l’encontre des boulangers qui ne respecteront pas la décision du ministère.

Afin d’être opérationnels, nous invitons les citoyens qui ont constaté des manquements dans la fabrication du pain à alerter nos services pour qu’ils aillent vérifier cela. Nos services sont disponibles mêmes les jours fériés. Dans la même logique, nous envisageons d’ailleurs de mettre en place un numéro vert. Ces numéros seront bientôt opérationnels.

Que fait le ministère pour garantir la qualité du pain qui sort des boulangeries et qui n’est pas toujours bonne?

Le ministère œuvre énormément pour que le pain soit de qualité. Il existe une direction de la qualité et de la métrologie. Cette structure est chargée du contrôle du poids et de la qualité des produits. Les agents de cette direction rencontreront très prochainement les boulangers pour leur parler également des questions liées à la qualité et au poids du pain. Après quoi, ils passeront aux sanctions.

Que fait le gouvernement pour accompagner les professionnels de boulangerie dans leur tâche?

Le gouvernement a mis en place un cadre de concertation pour accompagner les opérateurs économiques dont les patrons des boulangeries. C’est grâce à cela que nous fixons souvent des prix consensuels, puisque nous prenons en compte les problèmes que les boulangers soulèvent lors des rencontres. Cependant, les prix sont fixés en évitant que le consommateur supporte tous les frais de fabrication du pain.

En plus de cela, le gouvernement a revu à la baisse le prix de la farine de froment afin de permettre aux boulangeries de pouvoir fonctionner. Il y aussi le fait que bon nombre des boulangeries installées ont bénéficié d’exonérations fiscales, tel que défini par le Code des investissements. Les équipements sont également exonérés des droits et taxes de douanes. Mieux encore, les patrons de ces entreprises bénéficient de réduction des taxes pendant une période comprise entre 2 et 5 ans. Il n’est donc pas concevable que les boulangers veuillent fabriquer uniquement le pain qui les arrange.
Au-delà de tout cela, le gouvernement les accompagne lorsqu’ils sont en conflit avec leurs travailleurs en jouant le rôle de facilitateur entre les deux parties. C’est un partenariat gagnant-gagnant que le gouvernement a établi avec les boulangers. Raison pour laquelle nous déplorons l’attitude de certains patrons de boulangeries. J’ose espérer qu’ils comprendront vite les enjeux afin que nous puissions repartir sur de bonnes bases.

Fasozine

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