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Union nationale des producteurs de coton : Le bureau accusé de malversations et de mauvaise gestion

La crise qui a secoué la campagne cotonnière se poursuit au sein de l’Union nationale des producteurs de coton (UNPCB). Des producteurs dénoncent une mauvaise gestion de leur organisation faîtière. Le président de l’UNPCB, Karim Traoré et son bureau sont accusés de malversations financières par des producteurs de coton. Ils réclament des explications sur les impayés internes qui s’élèvent à environ 5 milliards et autres fonds mis à la disposition du bureau.

On se rappelle que suite à l’endettement des producteurs à cause de la caution solidaire, le gouvernement avait décidé de procéder à l’apurement des impayés internes. Il avait pu constater que l’une des raisons de la désaffection des producteurs était ces impayés internes qui décourageaient les bons producteurs. Certains travaillaient pendant plusieurs années pour payer les dettes de leur groupement. A la demande du gouvernement, l’UNPCB a donc fait un recensement des dettes internes de tous les groupements de producteurs de coton qu’elle a transmis aux autorités compétentes.

Ce recensement concernait la campagne 2007- 2008 et les années antérieures. Ces dettes internes ont été évaluées par l’UNPCB à 4,355 milliards de f cfa au terme de ce recensement. A la grande surprise de certains responsables de l’union et des producteurs, le secrétaire permanent du suivi de la filière coton libéralisée, Wilfried Yameogo, vient déclarer que le règlement des impayés internes ne concerne que la campagne cotonnière 2007-2008. Les dettes antérieures n’auraient pas été prises en compte dans la somme débloquée par le gouvernement. Des producteurs qui attendaient avec impatience cet argent se voient exclus de cette opération. La réalité dans cette opération est tout autre. Des responsables ont conclu un gros marché sur le dos des producteurs. Les sociétés cotonnières auraient fait leur propre recensement qui exclut une bonne partie des producteurs. Elles ont mis complètement à l’écart les données collectées et publiées par l’UNPCB. Aujourd’hui, ces producteurs demandent à leur président ainsi qu’aux sociétés cotonnières la lumière sur la gestion de ce fonds alloué par l’Etat. Une fois encore, ils en veulent à leur président qui s’est rendu complice de ces sociétés cotonnières pour les spolier. Ils sont convaincus qu’une telle opération ne peut se faire sans la complicité de leur président. La perte de confiance entre le bureau et la base consécutive à la crise a amené les producteurs à s’intéresser à la cotisation qu’ils consentent pour le fonctionnement de leur structure. C’est ainsi qu’ils ont pu se rendre compte de certaines malversations et mauvaises gestions courantes au sein de la structure faîtière. Entre 2009 et 2010, la filière coton a été sérieusement secouée par la crise financière internationale. Le bureau de l’UNPCB s’est trouvé ainsi dans l’incapacité d’honorer régulièrement les salaires de ses agents sur le terrain. Les producteurs ont décidé en assemblée générale de soutenir le bureau dans ses difficultés. Ils ont alors accepté céder 3f par kilogramme de coton produit au bureau. Cette somme représente « le reliquat du prix d’achat complémentaire du coton graine au titre de la campagne 2007-2008 que les sociétés cotonnières devaient aux producteurs. » Ce reliquat mis à la disposition du bureau est estimé à plus d’un milliard. On sait que ces agents sur le terrain au nombre de 82 ont été licenciés sans avoir reçu un kopeck. Les agents dans leur colère ont emporté les engins de service. Ces agents ont été recrutés par l’ancien bureau pour assurer de façon permanente le conseil de gestion financière au sein des organisations des producteurs. Ils devraient « appuyer l’organisation du système de crédit dans la filière ». Des producteurs en déduisent que l’argent consenti pour ces agents a pris une destination connue du seul bureau. Et pour cela, ils veulent des explications sur la question. Ils affirment que le bureau a été plusieurs fois interpellé, sans aucune réponse. Le bureau est également attendu sur le programme PAFASP. Un programme qui a contribué au départ de François Traoré. Selon des proches de François Traoré, l’UNPCB avait entrepris une opération de commercialisation collective des excédents de la production de ses membres avec l’appui financier du PAFASP. L’objectif était surtout de trouver des débouchés pour assurer aux cotonculteurs un meilleur écoulement de la production du maïs. Ce programme aurait été combattu par les sociétés cotonnières appuyées par certains membres de l’UNPCB. Cette promotion de la production du maïs par les contonculteurs n’avait pas été bien appréciée par les sociétés cotonnières. Mais  » on constate que ce sont ceux qui ont combattu le projet  » qui se l’ont approprié, déclarent des éléments de l’ancien bureau . L’opération a apporté à l’UNPCB 70 millions de f cfa courant 2011.

Les bénéficiaires « sont uniquement les membres du conseil de gestion. » Ce sont Traoré Moussa, Sanou Charles, Ouattara Zanga, Fofana Tahirou et Kini Yétan. Les autres producteurs ont été simplement écartés. Il est connu que la baisse de la production et les crises ont mis le bureau dans des difficultés financières. Ce sont surtout les appuis des partenaires financiers qui permettent à la structure de fonctionner actuellement. Mais au même moment, il a été constaté que les dépenses de prestige ont augmenté, alors que des gens s’attendaient à une politique de maîtrise des dépenses. Les frais de mission ainsi que les déplacements des membres du conseil de gestion se sont multipliés. Par exemple les frais de mission à Ouagadougou sont à 45000f la nuitée et à l’extérieur 120000 f cfa. Les frais de déplacement ne sont pas inclus. Les producteurs auraient souhaité que les sacrifices soient consentis par tous les membres. Ce comportement des premiers responsables a suscité mécontentements, frustrations et colères des producteurs.

La légitimité et la légalité du bureau contestées

La prochaine assemblée générale qui se profile est attendue pour de grandes explications. Le président l’a compris, c’est pourquoi il multiplie les tournées pour s’assurer le soutien de la grande majorité. Il vient de perdre sa place à la chambre régionale d’agriculture de la Boucle du Mouhoun. Ces producteurs estiment qu’ils n’ont pas été défendus par leur organisation pendant la crise. Le bureau de l’union aurait travaillé avec les sociétés cotonnières pour saper le mouvement de contestation. Karim Traoré qui est le président de la commission d’attribution des marchés des intrants a plutôt fustigé le comportement des producteurs qui demandaient une réduction du prix de ces intrants. Ceux-ci pensent que sa position devrait être un atout, pour une démarche plus conciliante. Ils comprennent sans doute que la politique des prix relève des prérogatives du gouvernement, mais ils estiment que le bureau de l’UNPCB devrait jouer de rôle de négociateur avec l’Etat. Ces producteurs affirment aujourd’hui que le bureau de Karim Traoré a perdu toute légitimité pour les représenter. D’ailleurs certains d’entre eux ne sont pas surpris de la position du bureau de leur organisation.  » C’est un bureau mis en place par la Sofitex. « , disent-ils. Certaines « dispositions de la loi 014 portant réglementation des sociétés coopératives et groupements ainsi que certains principes de textes statutaires » auraient été violées pendant la mise en place du conseil de gestion.

A la veille des renouvellements des organes de l’UNPCB, l’ex directeur du développement de la filière coton et le secrétaire permanent du suivi de la filière coton libéralisée et un conseiller juridique de la Sofitex ont procédé à la relecture des textes statutaires de l’union. Ces producteurs affirment que les modifications avaient pour but de chasser toute l’ancienne équipe et installer une équipe à leur convenance. Les textes prévoyaient le renouvellement au tiers des organes. Ce principe a été adopté pour un échange d’expérience entre les nouveaux élus et les anciens. Dans la nouvelle équipe, le non cumul de poste a été supprimé. Certains membres de l’union se retrouvent ainsi avec plusieurs postes de responsabilité. Certains producteurs demandent la mise en place d’une nouvelle équipe choisie par les producteurs, d’autres proposent la création d’un syndicat. Le nouveau directeur général Jean Paul Sawadogo aurait affirmé que désormais sa société va rester à l’écart de l’union. Il pense que c’est un partenaire dont il faut respecter l’indépendance.

Nous avons approché le président de l’UNPCB Karim Traoré pour avoir sa version sur l’ensemble de ces griefs. Il été relancé à plusieurs reprises. Il a promis pendant un mois nous recevoir, mais ne s’est jamais manifesté.

L’Evènement

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