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Accès à la finance rurale du MCA-BF : « Les premiers prêts vont tomber en janvier 2012 »

La finance rurale est une composante cruciale dans le projet développement agricole du Millennium Challenge Account Burkina Faso (MCA-BF). Fruit du partenariat entre le gouvernement du Burkina et des Etats-Unis d’Amérique à travers le compact du Millennium Challenge Corporation (MCC), la facilité de l’accès à la finance rurale vise à accroître les capacités de production des producteurs afin de répondre aux besoins financiers du monde rural. C’est pour comprendre davantage son dispositif de mise en œuvre que nous avons rencontré M. Drissa SIRIMA, responsable de la finance rurale au MCA-BF.

Pourquoi le MCA-BF a-t-il mis un accent particulier sur le développement de l’agriculture par un accès facile à la finance rurale au profit des agriculteurs ?

Il faut retenir que ce projet vise surtout à promouvoir le développement de l’agriculture. En effet ce secteur occupe au moins 90% de la population qui se consacre aux activités agro -sylvo-pastorales et halieutiques. Si nous avons mis en place un projet de développement agricole, je pense que l’importance d’un volet finance rurale ne fait l’objet d’aucun doute en ce sens que c’est un levier sur lequel on peut s’appuyer pour atteindre le développement escompté. Les gens en général ont reçu beaucoup d’encadrement pour savoir produire notamment à travers les paquets technologiques qui ont été mis à leur disposition. En dépit des efforts consentis on s’est rendu compte que ces braves producteurs rencontraient d’énormes difficultés liées à l’eau, aux outils de production et à un financement pour la bonne marche de leurs activités. De plus, les institutions financières interviennent dans la courte durée et le crédit agricole n’était pas bien perçu en raison de la non maîtrise de certaines conditions. C’est au regard des besoins de financement des différents acteurs que nous avons mis en place la facilité de la finance rurale.

En quoi consiste-t-elle ?

La facilité de la finance rurale envisage apporter un certain nombre de solutions aux préoccupations du monde rural. Il s’agit non seulement de créer les conditions de financement des activités des producteurs par l’accompagnement des institutions financières elles-mêmes, mais aussi d’accompagner les emprunteurs finaux qui sont nos braves paysans. Dans notre dispositif, nous avons prévu de recruter des consultants comme prestataires de services non financiers à qui nous allons dispenser des formations pour le renforcement des capacités. Cela afin d’apporter un appui accompagnement aux différents emprunteurs finaux. Pour ce qui concerne l’action du MCA-BF, il s’agit de mettre 10 millions de dollars (environ 4.500.000.000 f CFA) à la disposition des institutions financières qui vont ensuite les rétrocéder aux emprunteurs finaux sous forme de prêt. Cet accompagnement du MCA-BF se fait donc sous forme de coût partagé. Nous apportons le maximum en termes de formation et il appartient maintenant à chaque acteur d’œuvrer à faciliter les différentes entreprises.

Comment peut-on accéder à ce financement ? Et quels sont les critères de sélection ?

La finance rurale se met en œuvre essentiellement dans quatre zones de concentration à savoir les régions des Hauts-Bassins, des Cascades, du Sud-ouest et de la Boucle du Mouhoun. Le choix a été fait en tenant compte d’un certain nombre de relations qui existe entre ces régions du point de vue des échanges. On a voulu aussi être à proximité des activités agricoles qu’on appuie déjà dans les cascades et dans la Boucle du Mouhoun. Mais il existe aussi des ouvertures en disant que 20% de l’enveloppe allouée peut être investi en dehors de ces quatre régions, à condition de présenter un dossier pertinent susceptible d’être financé. Mais je dois aussi dire que les critères sont davantage définis par l’institution financière. Le délai minimum du prêt est de 18 mois. Le montant minimum 1 millions de francs CFA. Pour le moment nous allons à un horizon temporel de cinq ans avec un montant maximum de 50 millions de francs CFA, qui peut même aller au delà selon la consistance ou la pertinence du projet.

Dans ce cas de figure, les PME ne risquent-elles pas de tout accaparer au détriment des particuliers ?

Je pense que l’égalité de chance est respectée. Il faut mettre plus l’accent sur la capacité du projet lui-même à générer des ressources nécessaires et de pouvoir faire face aux charges liées au crédit accordé. Si vous êtes un particulier bien organisé et que vous avez un projet porteur, je pense que vous pouvez faire la concurrence avec même une société bien structurée.

Quelles sont les modalités de remboursement du crédit reçu ?

Je pense que les modalités de remboursement sont négociées entre l’emprunteur final et l’institution bancaire. Mais ce que nous demandons c’est au minimum 18 mois, pour permettre au bénéficiaire de commencer le remboursement. Les échéanciers sont négociés d’une institution financière à une autre. Pour le moment c’est avec la fédération des caisses populaires du Burkina que nous avons signé une convention. Mais d’ici au mois de janvier 2012, nous allons qualifier d’autres institutions financières.

Le genre est-il pris en compte dans le financement ?

Dans tous les projets du MCA et particulièrement du MCA-BF le genre et l’environnement occupent une place de choix. Pour ce qui concerne le genre, dans tous les programmes ou sous projets, nous avons un ensemble de critères et de cible que nous définissons afin de nous permettre d’évaluer cette prise en compte du genre. Ce n’est pas un vœu pieux. Nous sommes allés jusqu’à créer de façon spécifique des activités propres au genre pour permettre de rattraper le retard que les femmes rencontrent en milieu rural du fait de l’accès difficile à la terre et aux ressources de façon générale. Dans le cas de la finance rurale, nous avons envisagé de mettre en place un fond challenge pour récompenser les institutions financières qui auront suffisamment pris en compte le genre dans leur financement.

Le compact prend fin en 2014, au cas où il n’y aura pas de deuxième compact, cette composante est-elle appelée à disparaître ?

Nous avons eu cette préoccupation et nous l’avons partagé avec tous les acteurs intervenant dans le dispositif. C’est pour cela que la finance rurale se positionne sur 10 ans, donc 5 ans au-delà du compact. Nous avons envisagé de recruter d’ici mi 2013 un successeur qui viendra relayer le MCA-BF dans son rôle d’accompagnement des institutions financières et des prestataires de services non financiers. Ce successeur sera recruté par voie d’appel d’offre.

Quels sont les résultats attendus au terme de l’exécution de cette composante ?

Les résultats attendus sont divers et variés. Nous souhaitons atteindre au moins 1000 à 1250 emprunteurs finaux ruraux. Nous venons de commencer la mise en œuvre de la finance rurale et les premiers prêts vont tomber à partir de janvier 2012 jusqu’en juillet 2014. Pour les prestataires de services non financiers, nous attendons qu’ils puissent intervenir auprès d’au moins 750 emprunteurs finaux pour le renforcement de leurs capacités. Nous comptons enfin accréditer au moins 45 agents de crédit qu’on va véritablement accompagner afin d’arriver à un niveau d’expertise dans le traitement des dossiers de finance rurale.

Interview réalisée
par service communication Média 2000

Sidwaya

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