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Pierre ABADIE : « Une comptabilité bien tenue c’est aussi en toute légalité, des charges déduites du résultat imposable et une entreprise à l’abri des redressements et pénalités. »

L’homme est connu pour son franc parler dans le milieu des affaires. Burkinapmepmi.com est allé à sa rencontre et sans détours il a bien voulu répondre à toutes nos questions. Lui c’est Monsieur Pierre ABADIE. Une interview à lire absolument.


M. ABADIE, comment vous présenter aux lecteurs de Burkinapmepmi.com ?

Je suis Expert comptable inscrit en France et au Burkina Faso, de nationalité française et burkinabè, j’exerce ma profession depuis 25 ans. Je réside au Burkina Faso.

Mes prestations : le conseil aux entreprises burkinabè et/ou à leurs maisons mères.

Dans le domaine fiscal, je corresponds avec les plus grands cabinets d’avocats internationaux.

Vous êtes un entrepreneur d’origine française installé au Burkina Faso depuis plus d’une décennie. Qu’est ce qui a motivé votre choix du Burkina Faso pour vos investissements ?

Mon choix est d’abord un choix personnel.

Personne ne m’a demandé de venir au Burkina Faso, je suis venu par mes propres moyens.

Je n’ai pas été chassé de France, où je suis le bienvenu.

Je ne suis pas venu chercher l’argent au Burkina Faso, ayant réussi dans mes activités en France.

J’ai choisi de travailler et vivre au Burkina Faso où je me sens plus utile.

Mes investissements au Burkina Faso se justifient plus par la qualité de ma vie à Ouaga et l’intérêt que je porte à mes activités professionnelles.

“Last but not least”, ma compagne Madina est burkinabè.

Vous êtes parmi les pionniers en France et dans le monde en matière de délocalisation comptable. Ceci est d’ailleurs la principale activité que vous avez créée au Burkina Faso à travers la société GPV Sarl. Parlez-nous un peu de ce concept de délocalisation comptable. En quoi il consiste ?

C’est une vieille histoire qui a pris fin comme beaucoup de belles histoires industrielles.

Il s’agissait d’assurer la tenue des comptabilités des sociétés françaises au Burkina Faso.

Je précise qu’il ne s’agissait pas seulement de passer les écritures comptables.

Mes collaborateurs burkinabè étaient capables de rédiger les déclarations fiscales françaises et les Etats financiers de fin d’année.

Ainsi mon équipe a pu traiter à Ouagadougou jusqu’à 160 comptabilités d’entreprises françaises.

Ils recevaient les documents numérisés (factures, relevés bancaires,..) par internet et en retour, envoyaient des déclarations rédigées et des bilans de sociétés françaises.

On vous a entendu parler dans certains écrits d’usine de production comptable, c’était votre idée ? de quoi s’agit-il exactement ?

Le marché de la comptabilité est immense.

Il y a trois millions d’entreprises en France, toutes astreintes à la tenue d’une comptabilité.

J’estime le coût moyen d’une comptabilité à 2 000 € par entreprise et par an.

Le marché français de la tenue de comptabilité est sur cette base de 6 Milliards d’€ par an (environ 4 000 milliards de francs CFA).

4 000 milliards de FCFA c’est 4 fois le budget de l’Etat burkinabè et deux fois le PIB du Burkina Faso.

D’autre part, une comptabilité suppose une organisation et des règles précises et homogènes, à l’image de celles d’une usine industrielle.

C’est dans ce sens que notre processus de production comptable a fait l’objet d’une certification ISO 9001, version 2000.

Les deux conditions sont remplies : un volume de travail potentiellement important et un processus pouvant être systématisé.

L’enjeu de cette entreprise pionnière était la création d’une nouvelle industrie de services au Burkina Faso.

Qu’en est-il de cette initiative aujourd’hui vu qu’en France, plusieurs voix se sont levées contre la délocalisation de l’emploi ? Pour eux la délocalisation est un facteur de chômage.

Bien entendu, plaider pour la délocalisation dans un pays qui souffre du chômage n’est pas « politiquement correcte ».

Mais en fait, il s’agit d’un partage du travail et non d’une perte de travail.

Car le temps de travail libéré chez nos clients français peut être utilisé à produire d’autres biens ou services.

Au Burkina Faso vous êtes connu pour vos points de vue critiques dans le milieu des affaires. Quelle est votre appréciation du climat des affaires au Burkina Faso ?

S’il m’arrive de mettre le doigt sur ce qui fait mal, chacun comprend que ma démarche n’a qu’un but : le développement économique du Burkina Faso.

Depuis mon arrivée au Burkina en 1998, de réels progrès ont été effectués pour faciliter le développement des entreprises au Burkina Faso. Ainsi, grâce au CEFORE nous pouvons effectuer les formalités de création d’une entreprise en quelques heures. Ainsi la création du Centre d’Arbitrage et de Médiation de Ouaga (CAMCO) pour le traitement des litiges et du Centre de Facilitation des Actes de Construire (CEFAC), pour l’obtention du permis de construire. Certaines obligations comme par exemple l’obtention d’une carte de commerçant pour les sociétés ont été supprimées.

A votre avis que doit faire le gouvernement burkinabè pour améliorer l’environnement des affaires ?

Je n’ai pas de leçon à donner mais seulement des encouragements à formuler.

Le gouvernement doit poursuivre et accélérer ses efforts pour libérer les entreprises des formalités administratives lourdes et couteuses (chèques roses et assimilés, gestion papier des multiples retenues à la source,..).

Après les efforts réels constatés en matière de formalités de création d’entreprise, il serait souhaitable que des moyens significatifs soient donnés à la Direction Général des Impôts pour que les procédures soient simplifiées et informatisées.

Les gains pour l’économie nationale seront encore plus conséquents avec cette deuxième vague de réforme, car il s’agit ici de lever les obstacles et lourdeurs que subissent quotidiennement les entreprises.

Les recettes fiscales poursuivront alors leur ascension.

Votre Cabinet, Pierre Abadie, est auteur du livre de référence dans le milieu de l’entreprise intitulé « Code général des impôts 2009 au Burkina Faso ». Qu’est ce qui a motivé la publication de ce document ? Pouvez-vous nous le résumer ?

Un code des impôts est un ouvrage qui rassemble les textes fiscaux ayant force de loi.

Son intérêt réside dans le fait qu’il est complet et à jour.

Le dernier code des impôts datait de 1998.

Pour répondre à une question fiscale anodine, je devais consulter ce code, puis chacune des lois de finances qui se sont succédé (1999 à 2008).

Ayant fait cela, je pouvais craindre d’ignorer d’autres textes telles les ordonnances présidentielles destinées à limiter les effets de la vis chère.

Pour mes propres besoins, j’ai donc réalisé la compilation et l’actualisation des textes fiscaux.

J’ai publié l’ouvrage avec la collaboration experte de Droit-Afrique (www.droit-afrique.com), maison d’édition gérée par Me Grégoire Héber-Suffrin, avocat.

A la lecture du code des impôts 2009, je connais les dispositions fiscales applicables, mes devoirs mais également mes droits.

C’est un outil de dialogue entre l’Administration et les contribuables.


Une comptabilité bien tenue c’est aussi en toute légalité, des charges déduites du résultat imposable et une entreprise à l’abri des redressements et pénalités.


Les entrepreneurs font état d’un fort taux de pression de fiscalité au Burkina Faso. Quelle appréciation faites vous à ce sujet et quels conseils donneriez-vous aux PME/PMI pour améliorer leur gestion ?

Le taux de pression fiscale global au Burkina Faso est l’un des plus faibles de la sous région (13% du PIB environ), pour au moins deux raisons :
– le Burkina Faso est un pays essentiellement agricole et l’agriculture est actuellement non solvable et peu fiscalisée,
– par ailleurs la fraude fiscale est encore largement répandue.

Ainsi la charge fiscale des entreprises ne repose que sur peu d’opérateurs opérant au grand jour et dans la transparence.

Celles-ci payent 30 % d’impôts sur les bénéfices auxquels s’ajoutent la T.P.A., la Patente, la Taxe de biens de main morte, etc..

Néanmoins, en toute légalité, il est possible d’alléger cette ponction.

Je citerais par exemple, l’abattement de 30 % pour les adhérents des Centre de Gestion Agréé, l’exonération des usines nouvelles (art 4 du CGI), l’exonération des entreprises nouvelles avec le code des investissements, les avantages du code minier,…

Une comptabilité bien tenue c’est aussi en toute légalité, des charges déduites du résultat imposable et une entreprise à l’abri des redressements et pénalités.

A ce qu’on voit vous êtes un homme passionné et toujours à la recherche de la perfection.


Sur votre site web, www.pierreabadie.com, l’on constate que le Cabinet Pierre Abadie est certifié ISO. Rares sont les entreprises burkinabè certifiées ISO.

Que représente pour une entreprise d’être certifiée ISO ?

Quelle démarche devrait adoptée une entreprise qui voudrait être certifié ISO ?

Je précise que la certification Iso concernait l’activité délocalisée de production de comptes. Je n’ai pas demandé le renouvellement de cette certification, car mes activités sont aujourd’hui orientées vers le conseil aux entreprises.

Pour répondre à votre question, une entreprise certifiée Iso est une entreprise qui a mis au clair ses procédures de fonctionnement pour la satisfaction de ses objectifs.

C’est donc à priori une entreprise organisée, fiable et performante.

On a souvent l’impression que les entreprises se font certifiées ISO juste pour des questions marketing. Qu’en pensez-vous ?

Il est vrai qu’une entreprise peut être fière d’une certification ISO.

Les hommes de marketing peuvent communiquer sur cette qualification.

Il n’en reste pas moins que la certification est délivrée sous le contrôle d’un auditeur indépendant et ne peut être acquise sans une réalité de fonds.

Le Cabinet Pierre Abadie peut-il assister une entreprise intéressée dans la mise en place d’une démarche qualité devant aboutir à la certification ISO ?

N’étant pas un professionnel en matière d’accompagnement à la certification ISO, je me contente de donner des conseils généraux et d’orienter les entreprises vers des spécialistes.

Après plus de 20 ans d’entreprise qui vous ont permit d’acquérir une grande expérience à travers le monde, quels sont les difficultés rencontrées et comment vous les avez surmonté ?

Les difficultés que nous rencontrons sont en nous-mêmes, ce sont nos propres limites.

En 20 ou 30 années, nous pouvons améliorer nos performances, nos connaissances.

C’est juste le temps pour vivre différentes situations et avoir envie de continuer et poursuivre le voyage exploratoire.


Un entrepreneur intéressé uniquement par l’argent ne fournira pas une bonne prestation


Quelles sont les qualités que doivent avoir un entrepreneur pour réussir ?

Pour réussir, un entrepreneur doit se battre.

Il lui faut donc une forte motivation.

Un entrepreneur intéressé uniquement par l’argent ne fournira pas une bonne prestation.
– Il doit aimer son métier, son produit.
– Il comprend qu’il joue un rôle dans la société, vis-à-vis de ses salariés, partenaires, fournisseurs,…

Et n’oublions pas que entrepreneur rime avec travailleur.

Si vous devez faire un bilan de l’apport de votre Cabinet au Burkina Faso, que direz-vous ?

J’espère ne pas me tromper en considérant que l’apport le plus important de mon cabinet est la formation des collaborateurs.

Beaucoup de jeunes du Burkina Faso qui sont entrain de vous lire et qui veulent entreprendre, sont confrontés à l’éternel problème de moyens financiers. Dites nous, Monsieur ABADIE, il y’a-t-il des astuces pour entreprendre à partir de zéro ?

Je ne sais pas s’il y a des astuces, mais je sais que la connaissance et le savoir faire sont vivement recherchés. Acquérir partout des compétences et des connaissances. Aujourd’hui, le savoir est accessible par internet dans tous les cybers. Travailler, travailler et encore travailler.

Dans vos nombreux projets, peut-on s’attendre un jour à la création d’une structure d’aide à l’entreprenariat (rires) ?

Ah bon !?

Moi qui croyais que mon cabinet était une structure d’aide à l’entreprenariat ?! (rires)


Bonne vie à Bukinapmepmi.com car l’information est le pétrole des pays qui n’en ont pas.


Monsieur ABADIE, c’est tout un plaisir pour nous de pouvoir échanger avec vous. A présent, dites-nous. Vous connaissiez le site portail www.burkinapmepmi.com ?

Grâce à mon ancien collaborateur A. AOUE, oui.

Quelle appréciation faites-vous du contenu de ce site ?

Le site est très complet.

On y trouve la mise en relation, des annuaires, des articles de fonds, un agenda des activités

En attendant de vous revenir pour d’autres questions importantes, par quoi conclurez-vous cet entretien ?

Bonne vie à Bukinapmepmi.com car l’information est le pétrole des pays qui n’en ont pas.

L’équipe de Burkinapmepmi.com vous remercie de votre disponibilité.

Nous vous souhaitons une très bonne année 2010 à vous ainsi qu’à vos collaborateurs.

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