Le sommet des chefs d’Etat du G20 qui s’est tenu récemment à Cannes, en France, a consacré son temps à la crise grecque qui secoue les marchés financiers et fait craindre une rechute des pays occidentaux dans la récession.
En rappel, cette crise provient en grande partie des difficultés que rencontre l’État grec pour financer son budget en déficit, et faire face à une dette publique importante. Burkinapmepmi.com s’est intéressé à cette crise et a interrogé Théophile YERBANGA, burkinabè vivant et travaillant à Athènes en Grèce, sur les conséquences de cette crise sur ses compatriotes.
Qui est Yerbanga 1er et que fait-il en Grèce ?
Je me fais appeler au service par mon nom à l’état civil, Yerbanga Sougrinoma Théophile et dans le milieu de la musique, je réponds au surnom de Dj Mc Theo AKA Yerbanga 1er.
Je suis burkinabè et je réside en Grèce depuis 2007. Je travaille au centre d’appel téléphonique « TELEPERFORMANCE » et à mes temps libre, je fais le DJ à des soirées.
Depuis quelque mois, votre pays d’accueil, la Grèce fait parler d’elle à cause de sa dette, comment vivez-vous cette situation économique difficile ?
En effet, depuis 2 ans, la Grèce est confrontée à l’éclatement d’une terrible crise financière et économique sans précédent qui se répercute sur toute l’Europe et surtout sur la population grecque.
De ce fait, il y a eu plusieurs mesures d’austérités prises par les autorités grecques afin d’essayer de « limiter les dégâts » et d’assurer un avenir à la Grèce.
La vie ici est donc faite de grèves dans tous les secteurs. Les magasins ferment leurs portes, les grecs migrent vers d’autres pays européens pour trouver de l’emploi.
Pour nous immigrés, c’est tout autre chose parce que nous sommes plus vulnérables lorsqu’il s’agit de licenciement, de recrutement, et d’accès à certains services. En plus, les immigrés sont parfois pris à parti par la population grecque qui les accuse de voler leur travail.
Malheureusement, les choses vont de mal en pis, car le gouvernement élu a démissionné pour faire place à un gouvernement d’union nationale qui devra redresser la situation du pays. Mais franchement, nous y croyons très peu.
Nous vivons donc dans une angoisse permanente et essayons de limiter nos dépenses inutiles et de louer des maisons en groupe.
Qu’est- ce qui a changé depuis la crise ?
Depuis l’éclatement de la crise, le rythme et le mode de vie a changé aussi bien pour les athéniennes et athéniens que pour nous les immigrés.
Le taux de chômage a doublé en 3 ans (selon le Ministère de l’emploi de Grèce), le taux de suicide est aussi en hausse de 40 % depuis le début de l’année (selon le Ministère de la santé de Grèce).
Il y a eu une hausse de la fiscalité tout en baissant les salaires dans le secteur public. Avant, la population grecque, qui est très festive, sortait beaucoup et bien volontiers dépensait de l’argent. Maintenant, la population limite ses dépenses de divertissements.
Je souligne déjà qu’il n’a jamais fait bon vivre en Grèce pour nous immigrés. Même les enfants d’immigrés nés sur le sol grec n’ont pas de titre de séjour. Pour nous africains c’est d’autant plus difficile car les grecs ne s’étaient pas habitués aux africains qui y ont immigré récemment et qui trouvent en Athènes une porte ouverte vers l’Europe.
Encourageriez-vous des compatriotes à choisir la Grèce pour des affaires ?
Ma réponse est claire, je dis non ! Il n’y a pas tellement de chose à acheter ici, ou de relations d’affaires à tisser pour les Hommes d’affaires burkinabè. La Grèce elle-même importe énormément des autres pays européens.
Depuis mon arrivée ici, je n’ai vu que deux commerçants burkinabè qui venaient en Grèce pour acheter des pneus et des pièces d’auto. Au bout de deux voyages ils ont été déchantés parce que les délais de livraison étaient très long et les frais couteux.
Parlons des burkinabè de Grèce, particulièrement ceux de la capitale Athènes, à combien est estimé leur nombre et dans quelles activités évoluent-ils ?
J’estime les burkinabé vivants en Grèce à 400 environs, dont 300 à Athènes. Il faut reconnaître que la plupart des immigrés passent par la Grèce pour tenter de rejoindre les grands pays européens (France, Allemagne, Suisse, Angleterre, Suède…), donc la Grèce sert véritablement de point de départ.
Concernant les diverses activités dans lesquelles nous évoluons, je peux citer entre autres : les sociétés de déménagements, les sociétés de construction de bateau (qui rencontrent de sérieux problèmes actuellement parce que la clientèle préfère désormais la Turquie), les sociétés de construction de bâtiment, les bars-boites de nuit, supermarchés, et les emplois de maisons.
Ont-ils le soutien des autorités burkinabè ?
Nous n’avons jamais été approchés par qui que ce soit pour savoir comment nous vivons cette période difficile de grande crise, ni comment nous nous débrouillons.
Nous avons tenté de prendre contact avec le Ministère des affaires étrangères mais sans succès. Personnellement, j’ai tenté de joindre l’ambassade du Burkina en Italie et en France afin de savoir laquelle a ressort en Grèce mais je n’y suis pas parvenu.
Pour tous les documents légaux, il nous faut le faire depuis le pays et les faire envoyer ici en Grèce.
En passant, je remercie Burkinapmepmi.com pour nous avoir accordé cet entretien et nous espérons être entendus par nos autorités.

On imagine que vous êtes organisés pour vous retrouver en famille et surmonter les moments difficiles. Expliquez-nous un peu.
Ce qui est très bien ici, c’est que la plupart des burkinabè sont regroupés en un même endroit. Cela facilite la communication entre nous.
Nous avons une association qui a du mal à bien fonctionner et nous essayons de faire des assemblées générales pour discuter de nos problèmes, donner des conseils aux nouveaux venus. Nous avons à cet effet, une maison d’association où les nouveaux arrivants sont logés gratuitement le temps qu’ils trouvent quelque chose à faire.
Les jours de fête, nous nous retrouvons chez le compatriote qui décide de fêter et qui invite le groupe à l’avance et ensemble nous passons de bons moments. Nous nous organisons de façon circonstancielle pour :
- les problèmes de papier, dès qu’un des nôtres a un document manquant, nous recherchons entre nous comment le lui en procurer ;
- les problèmes de santé, ceux qui peuvent bénéficier de certains soins gratuitement accompagnent la personne malade dans les hôpitaux publics que l’on connait ;
- les problèmes de prison, nous essayons de voir avec des avocats (selon le cas) pour aider la personne à notre manière ;
- les problèmes de rapatriement au cas ou quelqu’un serait malade ou n’a pas les moyens de payer son billet, nous faisons passer l’information pour cotiser et venir en aide à la personne.
Vous travaillez à TELEPERFORMANCE et aussi dans le secteur de la musique. En quoi consiste votre travail ?
Depuis presque quatre ans je travaille pour TELEPERFORMANCE – GRECE, branche du groupe TELEPERFORMANCE qui est une compagnie française spécialisée dans l’assistance clientèle à distance. Je travaille au département francophone « SYMANTEC, pour les ANTIVIRUS NORTON ».
Quotidiennement, nous recevons des appels téléphoniques de la France, de la Belgique, du Canada, de la Suisse, et aussi des pays francophones africains, donc il arrive que nous recevons des appels du Burkina Faso.
Nous assistons les clients dans l’achat, l’installation, la configuration des produits de sécurité et de non sécurité NORTON.
Parallèlement à cela, je suis Dj et chanteur et je joue dans des boites de nuits, je participe à des concerts et on me connaît ici sous le nom de Dj Mc Theo AKA Yerbanga 1er.
Je ne me suis pas spécialisé dans une musique spécifique comme la plupart des DJ le font ici. Je joue la musique latino dans un des premiers clubs latino d’Athènes, je joue du Rn’b aussi et actuellement je joue dans un bar africain pour faire connaître la musique africaine ici, et je peux dire que je suis très bien placé pour le faire.
Il arrive que je joue pour mes collègues lors de leurs événements, ou aussi pour des associations et des ambassades.
Avec cette crise, n’êtes-vous pas inquiet pour votre travail ?
Je ne suis pas inquiet pour mon travail à TELEPERFORMANCE. J’ai un CDI et la société n’entend pas arrêter de sitôt ses activités. Toutefois, je serai inquiet si la Grèce sortait de la zone euro (juste une hypothèse) et que la société voudrait déménager ailleurs.
En ce qui concerne mon travail de DJ, les gens vont toujours s’amuser quelque soit la situation, donc je pense que j’aurais toujours quelque chose à faire de ce côté.
L’essentiel pour moi c’est de bien faire mon travail comme un homme intègre (rires…)
A quand une manif de Yerbanga 1er au Faso ?
Franchement, je ne saurais vous dire. Je suis en quête d’expérience et actuellement j’attends d’obtenir des papiers ici avant de faire de projets pour le Faso à partir d’août 2012. Je suis en contact avec certains artistes et clubs pour d’éventuelles soirées. Donc ne vous en faites pas, on mettra « le feu » le moment venu.
Arrivez-vous à avoir régulièrement les nouvelles du Faso ? ?
Il ne se passe pas un jour sans que j’aille sur internet consulter les informations sur le Burkina Faso. Je visite chaque jour le portail Burkinapmepmi.com que je trouve très riche, et sérieux franchement, je consulte aussi certains journaux en ligne, j’appelle ma famille et certains amis, donc on peut dire que je suis toujours connecté avec le Faso.
Est-ce que les burkinabè de Grèce investissent leur argent au pays ? Si oui dans quel domaine ?
Déjà, il faut dire qu’ici en Grèce, on ne se fait pas beaucoup d’argent comme dans les grands pays européens, mais au moins on pense à investir au pays. Les premiers investissements se retrouvent dans les constructions d’habitations. On est tous conscient qu’il faut s’offrir un chez soi, donc on essaie de faire ce qu’on peut. Ensuite, certains arrivent à financer du petit commerce au pays, comme des secrétariats publics, des télécentres, des boutiques, quincailleries pour les proches restés au pays.
D’autres attendent de retourner au pays et trouver une idée d’affaires dans laquelle il faut investir, ils font juste des transferts de fonds en attendant un retour au pays.
Votre meilleur souvenir en Grèce ?
Waouh ! Celle-là, je ne l’oublierai pas. Ce fut lors du Special Olympic Games (Jeux olympiques spéciaux) d’Athènes en Grèce. J’étais à la maison à regarder l’ouverture des jeux au stade olympic avec ma copine, lorsque nous avons entendu l’animateur présenté la délégation du Burkina Faso. Ma copine a crié en me disant que ton pays est représenté ici. Le stade olympic est à 15 minutes de marche de chez moi et vu que j’avais mon accréditation car je faisais parti du service de traduction pour le compte de ma société, j’ai immédiatement envoyé un email au service accueil et hébergement pour leur demander les informations sur la délégation burkinabè et je suis allé les voir. J’ai informé toute la communauté burkinabè parce que c’était la première fois qu’on voyait une délégation officielle du Burkina ici à Athènes. La délégation était déjà à Athènes depuis une semaine, mais comme il n’y a pas de représentation diplomatique, ils n’avaient pas d’information sur l’existence de burkinabè ici. Imaginez aussi leur surprise de savoir que l’on valait 400 ici.
Alors j’ai demandé des jours de congé pour les assister et finalement avant leur départ, j’ai organisé une rencontre à la maison avec la communauté ici et on a beaucoup échangé, et tout le monde était content.
Votre dernier mot
D’abord, je voudrais remercier du fond du cœur Burkinapmepmi.com pour cet entretien.
J’aimerais ensuite attiré l’attention des candidats à l’immigration en général, et spécialement ceux qui veulent passer par la Turquie pour arriver ici que ce n’est pas facile. Mieux vaut investir l’argent que vous allez utiliser pour tenter cette aventure dans un projet au Burkina Faso. Vous-même vous voyez que l’Europe est entrain de se morceler.
Enfin, j’aimerais lancer un appel aux Autorités, le Ministère des Affaires Étrangères, les Ambassades du Burkina en France et en Italie, de s’intéresser aussi aux burkinabè qui vivent ici en Grèce. En effet, vous voyez comment la situation se passe et ce n’est que le début du commencement.
Interview réalisée par la rédaction de Burkinapmepmi.com, supervisée par Christian KONE
Théophile Yerbanga ou Dj Mc Theo | yerbanga1er@yahoo.fr | +306942712581




