Le Sénégal vient de lancer ce mercredi 23 novembre à Dakar, une bourse des produits agricoles de base. Brpb ou Bourse régionale des produits de base, une initiative privée à vocation régionale et internationale, qui se lance le challenge d’insuffler une meilleure organisation des producteurs et pourquoi pas sur les crises d’inflation importée.
C’est autre chose que le marché financier qui, lui, brasse un produit. La Bourse régionale des produits de base(Brpb) que le ministre sénégalais du Commerce, Amadou Niang, a lancé ce mercredi 23 novembre à la Chambre de commerce, d’agriculture et d’industrie de Dakar(Cciad), est autrement plus complexe parce que traitant plusieurs produits vivriers comme le mil, le riz, le maïs, le sorgho, mais aussi des produits traditionnels de rente comme l’arachide décortiqué ainsi que le coton. Sauf que, comme pour le marché financier de la Brvm(Bourse des valeurs mobilières), les transactions se feront à partir d’une plateforme électronique. Cependant, selon Mbaye Diop Sarr, Administrateur de la Brpb, il s’agira dans un premier temps, d’introduire un à un les produits car, « il faut d’abord disposer d’une bonne masse critique », indique-t-il.
Pour le ministre du Commerce, grâce à un fonctionnement efficace et au développement des marchés agricoles au plan national, régional et international, « la bourse permettra de faire jouer au secteur agricole son rôle de levier de l’activité économique.» Selon lui, si une meilleure communication par la création de marques, de labels ou de produits certifiés « permettra d’améliorer la connaissance des produits locaux afin de booster davantage la commercialisation des produits agricoles », la mise en place de tels moyens de communication « nécessite une forte restructuration agricole et des mesures d’accompagnement de la part du gouvernement », estime Amadou Niang.
Cette initiative de la Brpb a été impulsée depuis 2002 et, après toutes les études nécessaires et présentation formelle, approuvée par la Commission de l’Uemoa et la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest(Bceao), selon Mbaye Diop Sarr qui indique par ailleurs qu’un protocole a déjà été signé avec le Recao(Réseau des Chambres d’Agriculture de l’Afrique de l’Ouest (RECAO).
Concrètement, il s’agira pour les différents producteurs de signer un contrat avec la Brpb pour des opérations de couverture. Dans un premier temps, il est question de développer des marchés de produits physiques sur la base d’un portail réunissant toutes les informations de marché. Les produits en question, entreposés, subiront une certification par la Sgs(Société de gestion et de surveillance) en l’occurrence et seront contresignés par l’entrepositaire avant qu’un certificat ne soit remis au producteur en guise de garantie vis-à-vis des banques.
Régionale
Dans l’axe 3 des objectifs de la Politique Agricole de l’UEMOA (PAU), adoptée par les Chefs d’Etat en décembre 2001 et qui consiste à l’insertion de l’agriculture de l’espace UEMOA dans le marché régional et dans le marché mondial, il était question de mettre en place une bourse régionale des produits vivriers. La Commission de l’UEMOA avait ainsi lancé en 2010, une étude devant préciser les modalités de mise en place, d’organisation et de fonctionnement de la bourse. Des initiatives nationales sont nées entretemps notamment en 2007, période depuis laquelle la région Ouest africaine est soumise à une alternance de crises de production et de crises d’inflation importée qui font augmenter les prix des produits locaux malgré de bonnes campagnes agricoles;
Ce cycle a démarré en 2008 et menace de se reproduire en 2011, malgré une campagne agricole 2010 exceptionnelle ; Le taux de dépendance aux importations de certains pays de l’espace reste élevé (Sénégal : 40 %, RCI : 60 %, Mauritanie : 70 %) et cela nuit au maintien des prix dans des fourchettes permettant un bon accès aux marchés pour les franges les plus vulnérables de la population.
L’UEMOA estime que les bourses nationales pourront canaliser en première année près de 10 % des transactions actuelles dont 5% dans le cas de la bourse régionale. L’intérêt de ces bourses pour le maintien des prix dans une fourchette donnée tiendrait à leur fonctionnement via deux types de transactions : des marchés au comptant, mais surtout des marchés à terme qui fixent et stabilisent les prix. Une cotation hebdomadaire par fixing serait par ailleurs prévue. Si on considère qu’une bourse nationale peut démarrer avec cinq SNI(Sociétés de négoce), la bourse brasserait un maximum de 15 000 tonnes de produits, ce qui constitue déjà un changement d’échelle par rapport aux bourses promues par les ONG. Un enjeu fort serait ainsi de réussir ce type d’achats régionaux non seulement sur le bassin Est, souvent exposé aux crises de production, mais aussi sur le bassin Ouest, qui lui est exposé aux crises d’inflation importée. Il semblerait d’ailleurs que le PAM(Programme alimentaire mondial) a pu acheter près de 90 000 tonnes de produits vivriers dans l’espace Ouest africain pour juguler la crise de 2010. Une meilleure organisation des achats au niveau de l’espace pourrait donc contribuer à limiter le recours aux importations.
Sudonline.sn




