Dans presque tous les quartiers de la capitale Ouagadougou, la restauration est très florissante car relève en grande partie du secteur informel. Loin de comparer cette restauration à celle des grands hôtels et restaurants de luxe, cette activité génératrice de revenus que l’on rencontre particulièrement dans les quartiers et les marchés offre un service non négligeable à la population au faible pouvoir d’achat. Sinon, il serait difficile de s’offrir un plat tous les jours dans les restaurants luxueux.
La restauration dans les quartiers est une activité dans laquelle les femmes sont très actives et rapportent un revenu journalier peut parfois atteindre 40.000 fcfa, selon l’emplacement des points de vente. Le riz-gras, le riz sauce, le babenda, le haricot, l’attiékè, le pois de terre (souman-couscous), etc. constituent le menu de ces restaurants tenus par ces nombreuses femmes qui exercent le plus souvent dans la restauration pour assurer le bien-être de leurs familles.
Les problèmes rencontrés
L’activité de la restauration informelle n’est pas parfois très bénéfique à cause notamment du faible pouvoir d’achat de sa clientèle. Aussi, le coût du plat qui va de 100 fcfa à 800 fcfa ne garantit pas un revenu assez élevé. Ensuite, l’emplacement de l’activité n’est pas souvent à proximité de la clientèle. Cependant, ce qui apparait pénible pour certaines restauratrices, c’est la « mauvaise » concurrence entre restauratrices.
Les mêmes menus sont offerts par des restaurants proches. L’emplacement et l’ancienneté dans l’activité jouent beaucoup sur le rendement.
Alima, restauratrice près du marché de Nabig Yar exerce depuis plus de 10 ans. Elle ne se plaint pas et réussit à ouvrir d’autres petits commerces. Par contre, Elise qui exerce dans la zone non-lotie du secteur 28 de Ouagadougou, trouve que la clientèle se fait rare. Cela est dû en partie, selon elle, aux clients qui ne sont pas fixes, mais surtout à la « mauvaise » concurrence. Mais à cela s’ajoutent les rumeurs sur telle ou telle restauratrice, accusée souvent de mélanger la nourriture avec de la bouse de vache, de la poudre de crâne d’ancêtres Homo sapiens, de liquide de cervelle de personnes atteinte de folie, pour attirer la clientèle. Il existe bien d’autres rumeurs de ce genre incroyablement horrifiantes qui feraient fuir les clients.

La gestion des revenus
La gestion des revenus reste le côté le plus délicat parce que souvent, le bénéfice n’y est pas. La plupart de ces femmes ne se déclarent pas à la caisse nationale de sécurité sociale. Elles garantissent leurs revenus dans le placement informel appelés « tontine » avec tous les risques que cela peut encourir. Certaines femmes ne gagnant presque rien, réinvestissent le peu d’argent pour les charges du lendemain, avec ou sans économie. Elles sont parfois obligées emprunter pour combler le manque. Rolande, restauratrice au secteur 14 de Ouagadougou occupe une maisonnette au bord de la voirie. Elle utilise son revenu pour le régler les charges liées au loyer, à l’électricité, aux taxes et pour la rémunération de la servante. En définitive, chacune gère ses revenus selon ses besoins immédiats et selon sa situation sociale.
Solutions envisagées
Certaines femmes pensent changer d’activité. Cela est dû en partie au côté périssable de leur commerce. En effet, la restauration nécessite une attention particulière. Dans le cas où toute la nourriture n’est pas vendue, il est difficile de vendre le reste le lendemain. La restauratrice Élise Kaboré compte arrêter son activité pour se reconvertir dans la vente de pagnes, des bijoux ou de vivres ». Comme toujours, le manque de moyens s’impose. D’autres commerçantes dans le secteur pensent qu’une formation pourrait apporter un plus dans leur mode de gestion quotidienne.

Avec une formation adéquate pour ces « restaurants de rue », l’activité pourrait contribuer plus efficacement à l’émancipation professionnelle des femmes et partant à leur indépendance économique. Ce serait un pas dans la lutte contre la pauvreté tant voulue et clamée par toutes les structures de développement.
Pascaline BICABA, pour Burkinapmepmi.com




