C’est une histoire des plus confuses.
Cette affaire qui défraie la chronique
depuis le mois de mai est encore loin
de trouver un dénouement. C’est un
véritable bras de fer qui se joue entre
commerçants acquis à Sayouba
Sanfo d’une part, contre la BICIA-B
et Ignace Amédé Béréwoudougou
d’autre part. Dans cette affaire,
malgré d’innombrables sorties
médiatiques des différentes parties,
des zones d’ombres persistent. Au commencement était une
affaire commerciale entre le
sieur Sayouba Sanfo, un
richissime commerçant de
son époque, et la Banque
Internationale pour le Commerce,
l’Industrie et l’Artisanat du Burkina
(BICAI-B), une filiale du groupe
français BNP Paribas. L’affaire
remonte à plus de deux décennies.
C’est exactement en 1985 que Sayouba
Sanfo a contracté auprès de la BICIAB,
un prêt bancaire d’un montant de 82
millions de franc CFA. En contre partie
du prêt, il hypothéquait son immeuble
auprès de la banque. Ayant eu des
démêlés judiciaires avec les autorités
politiques de la Révolution, M. Sanfo
avait quitté le pays pour un long séjour
à l’étranger. Son exil l’a conduit
notamment en Allemagne et dans la
sous région, en Côte d’Ivoire et au
Togo où il a longtemps séjourné. C’est
en 1992 qu’il regagne la patrie mais
pas pour y résider définitivement.
Jusqu’en 1993 Sanfo n’a pas soldé sa
dette auprès de la banque, après
plusieurs échéances passées. C’est
ainsi que le 16 juin 1993, l’affaire
portée devant la justice par les soins de
la BICIA-B a été jugée. Par jugement
N°305 du 16 juin 1993, le Tribunal de
Première Instance de Ouagadougou
adjuge l’immeuble au profit de la
BICIA-B. Sanfo Sayouba perdait son
titre de propriétaire de l’immeuble au
profit de la banque. On ne parla
presque plus de l’immeuble jusqu’en
2011. Cette année donc, la BICIA-B, se
prévalant du jugement de 1993 décide
de vendre l’immeuble.
Deux cabinets pour vendre
un même immeuble
Quand la BICIA-B décide de vendre
l’immeuble Sanfo, en 2011, le dossier
(notamment les documents de la
propriété) était dans les mains de Me
Somé, l’avocat de la Banque. Selon nos
informations, celui-ci gérait le dossier
de l’immeuble depuis pratiquement
2005. A l’époque, dans le cadre du
projet ZACA, l’Etat avait entrepris de
dédommager les propriétaires
immobiliers de la zone où se trouve
l’immeuble pour construire une Zone
d’activité commerciale et
administrative (ZACA). La zone où se
trouve l’immeuble Sanfo, Avenue de la
chance (à proximité du siège de la
LONAB), a été finalement épargnée
par le projet ZACA. L’avocat de la
banque n’était pas déchargé du dossier
quand la banque a décidé de vendre
l’immeuble. Au même moment, un
cabinet immobilier, Vérone a été
mandaté par les services de la Banque
pour vendre le même immeuble. Dans
une relation des faits faite par le service
contentieux de la banque , le 4 avril
2011, le cabinet VERONE a transmis
une offre d’achat de 220 millions de
franc CFAà la BICIA-B. L’offre émane
de Ibrahim Tamboura. C’est étant en
Côte d’Ivoire que M. Sanfo apprend la
vente de l’immeuble. Aussitôt il rentre
au Burkina et entreprend de négocier
avec le nouvel acquéreur et la banque
en vue de racheter l’immeuble, dit-il.
La banque soutient que c’est sous la
pression de Sanfo que Tamboura se
désiste. Toujours est il que le 11 mai,
M. Tamboura signifie à la Banque qu’il
se désistait de l’achat de l’immeuble au
profit de Sanfo. La banque prend donc
acte du retrait de Tamboura de même
qu’elle prend acte de l’intention de
Sanfo de racheter son immeuble. En
effet le 19 avril déjà, celui-ci avait,
après avoir rencontré la banque,
adressé un courrier à la direction
générale avec en objet «Rachat
d’immeuble». Dans sa lettre, M. Sanfo
revient sur les raisons pour lesquelles il
n’est pas à jour de ses engagements
avec la banque. Il évoque notamment
sa longue absence du pays et au
directeur général de la banque, il dit
«je vous prie de me revendre mon
immeuble afin d’éviter que ma famille
et moi ne soyons des sans domiciles
fixes à Ouagadougou».
Le mauvais rôle de deux
agents de la banque
La responsabilité du service juridique
et du contentieux est sérieusement mise
à mal. La vente de l’immeuble a été
placée sous la responsabilité de la
direction des affaires juridiques et du
contentieux de la BICIA-B. Ce service
est dirigé par Yaya Konaté et son
adjoint Abass Ouédraogo. Aussi, ils ont
été au coeur de l’affaire de vente de
l’immeuble, que ce soit avec
Béréwoudougou qu’avec Sanfo. La
direction des affaires juridiques et du
contentieux est la tutelle du cabinet
d’avocat Me Somé et du cabinet
VERONE chargés de la vente de
l’immeuble. Après sa manifestation
d’intérêt, ce sont les deux agents qui
ont référé Sanfo à l’avocat de la
banque, Me Somé. Les deux agents ont
affirmé que Sanfo s’est manifesté pour
racheter son immeuble «sans
cependant faire une offre». Ce n’est
pourtant pas ce que dit Sanfo. Lui,
soutient que c’est avec l’accord de la
banque qu’il est allé pour chercher les
220 millions correspondant au prix de
vente de l’immeuble. La seule
condition qui était posée était le
désistement du premier acquéreur
Ibrahim Tamboura. Ce fut chose facile
à entendre la famille Sanfo. C’est
même Tamboura qui aurait informé la
famille que la banque lui vendait la
maison du vieux Sanfo et c’était dans
l’intention d’avoir l’avis de ce dernier.

Les deux personnes se connaissent très
bien car, selon les témoignages, c’est
dans les locaux du même immeuble
Sanfo que Tamboura a fait ses débuts
dans le commerce. Quand Tamboura
devait se désister, le 11 mai, Sanfo était
parti au Togo où il devrait vendre un
immeuble pour racheter celui de
Ouaga. A son absence, c’est Tamboura
qui a demandé à la famille de Sanfo de
se joindre à lui pour aller à la banque
afin qu’il renonce à l’achat de
l’immeuble. Qui avait intérêt à
revendre l’immeuble à une tierce
personne au moment où la banque avait
un accord de vente avec Sanfo? Tout
porte à croire qu’au moment où Sanfo
manifestait son intention de racheter
l’immeuble, il était seul sur la liste. Et
pourtant M. Béréwoudougou ne va pas
tarder à apparaître dès le désistement
du premier acheteur. Entre le
désistement de Tamboura et le rachat
de l’immeuble par Béréwoudougou, il
y a eu 24H selon la banque. C’est le 11
mai que Tamboura s’est rendu à la
banque avec les représentants de Sanfo
pour renoncer à l’achat. Le lendemain
12 mai, le cabinet VERONE transmet
un courrier à la banque «informant la
BICIA-B de la réception d’un cheque
banque de 220 millions représentant le
prix de vente de l’immeuble acheté par
Monsieur Béréwoudougou Ignace
Amédée en remplacement de Monsieur
Tamboura». Sur la photocopie du
chèque BIB remis par Béréwoudougou
au cabinet VERONE, on se rend
compte que le chèque a été réceptionné
par VERONE le 11 mai, soit le jour
même où Tamboura s’est désisté. Entre
les deux actes, il s’est écoulé jusque
quelques heures. Il n’est pas établi que
le renoncement de Tamboura est
antérieur à l’achat de Béréwoudougou
ou le contraire. Par ailleurs, dans une
lettre de l’Administrateur Directeur
Général de la BICIA-B il est écrit que
Béréwoudougou a repris l’immeuble
pour « la somme de 220 millions de
franc CFA payé par chèque Coris-
Banque N°1799868 tiré sur VERONE
SARL à l’ordre de la BICIA-B. ». Il y a
là une contradiction sur le chèque (BIB
ou Coris-Banque ?) payé par
Béréwoudougou.
L’affaire immeuble Sanfo est une
histoire complexe qui comporte des
non dits. Il y a deux agents qui en
savent beaucoup sur l’histoire. Plus
que l’Administrateur Directeur Général
de la banque et leur hiérarchie, ce sont
Yaya Konaté et Abass Ouédraogo,
responsables du service juridique et du
contentieux qui savent tout des non dits
de l’affaire Sanfo. Aussi, ils sont au
centre de lourdes suspicions. Leur
quitus pour «la vente précipitée» de
l’immeuble comme nous l’a confié une
source, ce n’est pas pour rien. Les deux
agents auraient reçu la somme de
quarante cinq millions de
Béréwoudougou pour accepter de
vendre l’immeuble aussi
précipitamment qu’on a pu le voir.
Quand Béréwoudougou déposait son
chèque, le cabinet VERONE, n’avait
aucun document de l’immeuble en sa
possession. Lorsque le 25 mai 2011,
Sanfo remettait son chèque au cabinet
Me Somé, l’avocat lui a montré le titre
foncier de la propriété. Il lui avait
donné une semaine, le temps que la
BICIA-B encaisse l’argent, pour
revenir entrer en possession des
documents de l’immeuble. Ce n’est
que plus tard que le service contentieux
de la banque a retiré les documents des
mains de l’avocat. Nous avons,
pendant trois semaines, essayé d’avoir
l’avis du service contentieux de la
banque mais les responsables, après
maintes promesses avortées, se sont
rétractés. Et pourtant le pot de vin dont
on les accuse n’est que secret de
polichinelle. La perception des 45
millions commence à se murmurer à
l’intérieur de la banque même. Si
Béréwoudougou fait de la résistance
c’est aussi à cause des dessous de table
qu’il ne pourra pas recouvrer. Les
médiations du Mogho Naba et
Oumarou Kanazoé n’ont pas réussi à
faire renoncer Béréwoudougou qui ne
voudrait pas perdre doublement.
L’affaire est devant le juge
Après moult tractations, le front social
semble avoir prit un peu de bémol. La
dernière action publique en date est «la
journée morte» organisée le 22
septembre. Depuis, c’est la voie
judiciaire qui semble être privilégiée.
Me Maliki Derra du cabinet d’Avocats
Mahamadou Savadogo s’est constitué
pour défendre les droits de Sanfo. Le
bien litigieux est bien plus qu’un
immeuble. L’immeuble sert de
boutique et de cours familiale à la
famille Sanfo. C’est un terrain d’une
superficie de 3350m2 avec titre foncier
471 de la ville de Ouagadougou. Le
dossier en justice a déjà été appelé le
27 juillet et a été renvoyé pour la mise
en état. Deux autres avocats Me Nacro
et Me Prosper Farama devront se
joindre à leur confrère Me Derra pour
défendre Sayouba Sanfo. De sources
juridiques, la vente était parfaite entre
la banque et Sanfo. Le seul fait d’avoir
donné son accord à Sanfo pour aller
chercher l’argent pour le racheter de
son immeuble vaut acte de vente.
L’Evènement




