L’affaire est pendante devant la
justice. Un employé de Cotecna
porte plainte contre son directeur
pour coups et blessures. Appelée une
première fois courant septembre
devant le TGI de Ouagadougou
l’affaire a été renvoyée au 03
novembre prochain. Employé
comme agent à la Cotecna, Il a vu
ses relations se dégrader très
rapidement avec Sébastien
Dayamba, le nouveau directeur
général qui a remplacé l’ancien
décédé accidentellement. Ce dernier
affirme que c’est parce qu’il refuse
de cautionner les mauvaises
pratiques du DG qu’il est l’objet de
brimades.
«C’est pour avoir dénoncé les
mauvaises pratiques que j’ai
eu ces ennuis» déclare Julien
Ouedraogo, ex agent de
Cotecna. Cet agent du bureau
de liaison Cotecna Burkina affirme
qu’il dérangeait pour ses opinions. Il
affirme avoir été l’objet
d’intimidations, de menaces
d’affectations arbitraires pour finir par
se voir licencié. A plusieurs reprises, il
a informé ses supérieurs à Genève sur
les mauvaises pratiques au sein de la
boite. Les faits d’indiscipline et
d’incompétence sont reprochés à des
agents en poste dans la société. Celuici
tient pour responsable de cette
situation le directeur général Sébastien
Dayamba. Ce dernier aurait développé
le clientélisme et la gabegie au sein de
la société. Mais Sébastien Dayamba ne
se reconnaît pas dans ces accusations.
Il affirme avoir poursuivi Julien
Ouedraogo pour dénonciation
calomnieuse. Ce dernier aurait refusé
de rejoindre son poste en province
malgré les multiples injonctions de son
supérieur, ce qui l’a finalement amené
à lui interdire l’accès aux bureaux de
la Cotecna. C’est dans ce bras de fer
affirme Julien Ouedraogo que le DG a
porté la main sur lui : « Il m’a
demandé à plusieurs reprises de
quitter le bureau, et j’ai refusé, je
tournais dans les couloirs et il est
sorti. C’est ainsi qu’il a saisi ma
cravate et m’a brutalisé ». Pour se
justifier, Julien explique que le poste
qui lui a été affecté ne répondait pas à
ce pour quoi il a été embauché. Il
s’agit tout simplement d’une mesure
de répression destinée à l’humilier.
Pour avoir de la promotion avec le
DG, il faut être dans ses bonnes grâces
et fermer les yeux sur les mauvaises
pratiques dans la boite. De son côté la
direction affirme qu’il s’agit
d’allégations sans preuves. Selon
l’avocat de Sébatien Dayamba , ces
«faits matériellement inexacts» ont
pour seul but « de susciter des ennuis
professionnels à son client» Ce sont
des contrevérités affirme l’avocat. Le
DG fait observer que Julien n’a pas
été licencié comme il le prétend. Il
parle plutôt d’abandon de poste. Les
griefs contre la société portent sur de
nombreux aspects. Selon des agents
de la boîte, les mauvaises pratiques
sont le fait de «brebis galeuses dans la
société : «Des agents contournent les
valorisations de Cotecna et font perdre
d’importantes sommes d’argent à
l’Etat parce que les valeurs déclarées
sont incroyablement basses. Le système sécrète une certaine culture
de l’incivisme » déclarent –ils. Un
système de vols serait mis en place par
des agents au sein de la société pour
aider certains opérateurs économiques
à sous valoriser leurs produits contre
de fortes rémunérations. Parmi ces
pratiques, il y’a la fraude douanière,
les fausses déclarations et les faux
prix. Des agents de la société
conseilleraient aux importateurs,
l’annulation des droits préalablement à
l’importation, en transformant les
inspections avant embarquement en
inspections à destination. Ce qui
permet de déclarer les montants qui les
arrangent. Cette sous-facturation des
importations à travers l’annulation des
droits préalablement à l’importation se
fait contre de fortes récompenses pour
les agents de Cotecna. La sous
valorisation est la pratique la plus
courante. Des agents en complicité
avec les importateurs sous valorisent
le prix du produit afin de réduire les
frais de douane. Il suffit de négocier
contre récompense la baisse du prix
d’un produit à importer. Ces
allégations le directeur général de la
Cotecna Burkina, Sébastien Dayamba,
les réfute catégoriquement. Les
missions qui sont assignées à sa
société ne permettraient pas les
pratiques décrites. «C’est impossible,
Cotecna émet un avis et n’a pas la
possibilité d’inspecter les
marchandises. Elle transmet des
documents à la douane, et la douane
n’est pas obligée de les accepter.
Cotecna ne se substitue pas à la
douane, il travaille en tandem avec la
douane» précise Sébatien Dayamba.
La principale mission de sa société
consiste à quantifier, valoriser et
déterminer la qualité des marchandises
importées. Les résultats de ce travail
sont ensuite transmis aux Douanes, qui
en font usage pour le dédouanement
des marchandises des importateurs. Le
vice président de la société Marco
Franchi dépêché au Burkina en 2009
après le coup de colère de l’ex premier
ministre Tertius Zongo à la suite de
l’affaire des brebis galeuses avait
permit de replacer Cotecna dans son
rôle. Il avait en effet affirmé que la
société COTECNA, est comme un
gendarme au bord de la route avec un
radar, pour vérifier, corriger certaines
valeurs qui ont été minorées, et
certaines classifications qui ne sont
pas correctes. La mise au point de
Tertius Zongo avait été
particulièrement dure : «J’ai en ma
possession des éléments prouvant qu’il
se passe des trucs pas clairs là-bas. Il
s’y trouverait des brebis galeuses. Si
tel est le cas, elles n’ont qu’à faire
attention. D’ailleurs, j’ai convoqué le
patron de COTECNA pour cela, nous
les payons sur les impôts des
Burkinabè, ils n’ont pas à faire des
tripatouillages. S’il est avéré qu’ils
jouent à certains jeux, nous allons
revoir le contrat que nous avons signé
avec eux.» Malgré cette mise au point
musclée, le directeur général de
Cotecna Burkina affirme que ceux qui
rapportent ces informations ignorent
tout du fonctionnement de la société
Cotecna. Il y voit la volonté de nuire,
puisque la société dérange depuis sa
collaboration avec l’Etat pour
optimiser les recettes douanières. «On
cherche des poux sur un crâne rasé»
indique Sébastien Dayamba. Cotecna
aurait installé un système performant
pour réussir sa mission dans la
transparence. Les bureaux de la
société à travers le monde
fonctionnent en réseau. «Il est difficile
pour un agent de faire des
malversations tout seul. Il faut
l’implication de tout le système»,
affirme t-il. Une chaîne de
vérifications, d’analyse des prix, des
tarifs douaniers et d’attestations de
vérification est mise en place pour la
transparence et l’efficacité. Le
directeur général de Cotecna Burkina
fait remarquer que « lorsqu’il n y a
pas conformité, le réseau Cotecna est
bloqué ». Il reconnaît que souvent, il
peut avoir des tentatives de
contournement, mais ces personnes se
font découvrir très vite. La société a
une base de données commune pour
l’ensemble de ses bureaux. Il est alors
difficile pour un agent de déclarer un
prix pour un opérateur économique en
dessous de la valeur réelle contenue
dans la base de données. «Aujourd’hui
tout le monde parle de Dubaî, mais en
réalité les produits viennent de la
chine et la société à travers ses
enquêtes connaît bien les prix des
produits en chine. Ces prix sont dans
la base de données de la société.»
C’est pourquoi Sébastien Dayamba
maintient qu’il est difficile pour une
seule personne de tricher sur les
déclarations de la valeur réelle des
produits, sans la complicité de
l’ensemble du réseau. Le vice
président pour sa part n’excluait pas
l’éventualité de la présence des brebis
galeuses au sein de la société. La mise
en place du personnel au niveau de
l’inspection à destination étant faite
dans la précipitation. Un terreau
fertile pour les mauvaises graines. Il
avait alors promis l’institution d’un
travail technique interne pour résoudre
les éventuels problèmes. Cotecna est
une société privée d’inspection des
importations au Burkina avec pour
siège principal Genève en Suisse. Elle
est spécialisée dans le domaine de
l’inspection, de la sécurité, de
l’analyse et de la certification
commerciale. Sébastien Dayamba
affiche une certaine fierté face aux
résultats de sa société qui aurait permit
d’engranger d’importantes recettes au
profit du budget de l’Etat.
Hebdomadairement, sa société opère
un redressement d’environ deux
millions. Autant de recettes dissipées à
travers la fraude douanière.
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