Nous vous proposons de relire l’extrait de l’interview accordé par son excellence Monsieur le Président de la République à la presse à 2008. Nous avons sélectionné en particulier l’extrait traitant du thème de la corruption. Bukinapmepmi.com
Malgré les différentes mesures prises et l’existence de multiples structures, la corruption gangrène le tissu social et économique du Burkina. A quoi est-ce dû selon vous ?
• Je dois d’abord dire que notre pays, malgré d’immenses contraintes, progresse. Je ne peux donc que saluer cela et dire mon admiration pour ces millions d’hommes et de femmes qui travaillent honnêtement pour faire avancer le Burkina. Il y en a aussi qui ont commencé à s’enrichir parce qu’ils ont un esprit d’entreprise très élevé, une grande détermination. Certains étaient de simples boutiquiers, ils ont travaillé et leurs efforts ont été récompensés.
Ça, c’est important, et il ne faudrait pas déstabiliser psychologiquement notre peuple à cause de phénomènes qui existent partout dans le monde. Lorsque nous voyons les grandes faillites financières internationales, vous n’allez pas me dire que c’est signe de bonne gouvernance. Il y a sans doute derrière des phénomènes comme ceux que vous citez des aspects qui sont même beaucoup plus criminels que ce qu’on peut observer ici.
Néanmoins, nous avons conscience que c’est un fléau qui peut gangréner l’économie, qui peut détruire le tissu social. C’est pourquoi nous prenons des mesures contre, qui commencent d’ailleurs à être saluées par la communauté internationale, et elles doivent nous permettre, car c’est un combat de longue haleine, d’obtenir des résultats avec le temps. Il s’agit de moderniser notre système de gestion, de rendre notre administration plus efficace et plus économe. Regardez, par exemple, la dernière des institutions créées, l’Autorité de régulation des marchés publics.
Sur neuf membres, il y a seulement trois de l’Etat, trois autres qui représentent le patronat et les trois derniers, la société civile. Faites le tour du monde, vous ne trouverez pas beaucoup de structures s’occupant des marchés publics où l’Etat n’est représenté qu’au tiers. Ça veut dire qu’il y a une volonté, une ambition réelle de construire des bases solides de gestion de notre économie, et cela passe, bien sûr, par la lutte contre des phénomènes tels que la corruption.
En fait, pour une bonne partie de vos compatriotes, la lutte contre la corruption et la fraude, qu’elle soit douanière, fiscale ou autre, est rendue difficile par la collusion qu’il y aurait entre les hommes politiques et le milieu des affaires. Qu’en pensez-vous ?
• C’est une question de règles à édicter et à respecter. Si on sait par exemple qu’une marchandise qui a quitté, mettons Singapour, est de telle valeur, qu’elle transite par telle frontière, etc, je ne vois pas comment les hommes politiques peuvent interférer dans son dédouanement.
Tout de même, il y a le problème des prête-noms, il y a les trafics d’influences que vos structures et vos règles, quelles qu’elles soient, ne peuvent pas ou ne veulent pas régler.
• Il y a quand même des améliorations que vous semblez ignorer dans le fonctionnement des structures : avant, par exemple, quand l’Inspection générale d’Etat (IGE) finissait son travail sur un dossier, elle le soumettait au gouvernement, qui devait apprécier et décider de l’opportunité des poursuites ; de nos jours, l’Autorité supérieure de contrôle de l’Etat (ASCE) a la possibilité de se référer directement au juge et de suivre le dossier. C’est quand même un pas en avant par rapport à l’IGE. Nous avons donc voulu donner plus de transparence pour que les dossiers ne puissent plus dormir dans des tiroirs sans être traités aux niveaux judiciaire ou disciplinaire.
On peut donc s’attendre à ce que l’ASCE secoue, comme on dit, le cocotier ?
• Il n’y a pas qu’à ce niveau que le combat doit ou peut se mener. En amont, il y a, par exemple, tout un travail d’organisation et de restructuration. Prenons le cas du guichet unique. Quand vous deviez créer une entreprise, vous deviez courir du ministère du Commerce à celui des Finances en passant par de nombreuses autres structures. Il y avait tellement de services à démarcher que, parfois, parce que le dossier n’avançait pas, il y avait des possibilités de corruption. Le fait donc de regrouper tous ces services en un guichet unique est déjà une évolution.
Pour créer aujourd’hui votre entreprise, vous entreprenez vos démarches en un seul endroit, avec des délais, des tarifs qui sont clairs, etc. C’est par des dispositions comme celle-ci qu’on va aussi lutter contre la corruption. Ce n’est donc pas l’autorité seule qui va résoudre le problème, il faut que nos structures se réforment, qu’il y ait un nouvel environnement institutionnel en matière de gestion des affaires publiques.
Avez-vous vraiment foi en l’aboutissement de cette lutte, car, pour revenir à la collusion entre l’économique et le politique dont on parlait, ce dernier peut-il, par exemple, être arbitre et jouer à la fois ?
• Vous parlez de collusion, de collusion… Est-ce qu’entre les journalistes et les hommes d’affaires il n’y a pas de collusion ? On m’a dit en tout cas qu’il y en a….
Source : lobservateur.bf




