lundi, octobre 5, 2026
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Arnaud Bruillon : « Entré comme intérimaire, je suis devenu le PDG »

« A mon arrivée dans l’entreprise, je nourrissais déjà l’envie d’entreprendre. »Entré comme intérimaire chez Finsbury, vous en êtes aujourd’hui le PDG

Comment vous êtes-vous fait votre place dans l’entreprise ?

J’avais une affinité avec le domaine de la vente et « Cette première expérience m’a permis d’apprendre les ficelles du métier ». D’autant plus qu’à mon avis, on apprend parfois plus en entreprise que sur les bancs de l’école. En cela, je pense qu’avoir été sur le marché du travail plus tôt que les autres et avoir acquis quelques années d’expérience, avant même qu’ils ne quittent l’école, a été un véritable atout. J’ai été chapeauté par Jean-Pierre Dahan et David Cohen, les deux fondateurs de la marque, deux personnalités et profils différents, un autodidacte et un diplômé. Cela m’a permis de comprendre que lorsque l’on se donne les moyens de son ambition, tout est possible. Aspirant à devenir manager, j’ai donc décidé de gravir les échelons en interne, dans un premier temps. Pour cela, j’ai beaucoup travaillé, quel qu’ait été mon talent pour la vente.

Au-delà du travail, quels sont selon vous les raisons de votre succès ?

L’ambition qui m’a animé tout au long de ma carrière sans aucun doute. A mon arrivée dans l’entreprise et en dépit de mon jeune âge, je nourrissais déjà l’envie d’entreprendre, à plus ou moins long terme. Faute d’expérience et d’argent, j’ai pris mon mal en patience mais n’en murissait pas moins mon projet dans un coin de ma tête. En 2000, alors que je me sentais enfin prêt, je suis allé voir mes employeurs pour leur faire part de mon envie de lancer ma propre entreprise, en collaboration avec eux grâce au système de franchise. Ils ont accepté ma requête à la condition que je ne m’installe pas dans la zone de chalandise parisienne. Après plusieurs études de marché, j’ai donc jeté mon dévolu sur Toulouse. Faute de soutien des banques, je n’ai malheureusement pas pu financer l’acquisition d’un espace de vente.
La chance sonne quand même à ma porte lorsque Finsbury procède au rachat de Bali et décide d’abandonner le magasin historique des « Petits champs » au profit de la nouvelle acquisition, avenue de l’Opéra. Convaincu que les deux peuvent coexister, le nouveau étant tourné vers l’international alors que le magasin des Petits champs s’adresse à une clientèle parisienne, je persuade mes patrons de me céder ce dernier. Cette fois, les banques suivent. On peut donc aussi considérer que « J’ai su saisir ma chance » à un moment où le contexte, et notamment les banques, ne m’était pas favorable.

« J’ai très tôt compris la nécessité de diriger en chef d’entreprise. »

En quoi votre parcours, fait-il de vous un manager différent des autres ? Diriez-vous que vous avez un regard différent sur tout ce qui est opérationnel ?

Ce qui m’a permis de me démarquer des autres, c’est que « Je ne me suis jamais comporté comme un commerçant de quartier ». J’ai très tôt compris la nécessité de diriger en chef d’entreprise, guidé par une vision à long terme, sans avoir peur de prendre des risques et des initiatives.

De même, lorsque j’ai senti que j’allais bientôt prendre la suite des fondateurs, j’ai commencé à réfléchir à la stratégie à adopter. Etablir un réseau de franchise m’a paru être une évidence et c’est ainsi que, 10 mois avant que je rachète la marque, j’ai entamé le recrutement d’un directeur du pôle franchise. Cela m’a donné suffisamment de temps pour le former à ses attributions, en amont. Encore une fois, je pense que tout bon dirigeant doit savoir anticiper le futur et le préparer, sans quoi il ne peut être que passif et impuissant face aux évolutions permanentes. Mon expérience sur le terrain m’a aussi permis d’acquérir une parfaite connaissance du produit. J’ajouterais que ne pas avoir suivi de cursus particulier m’a permis de me dédouaner de tout schéma de pensée formaté. Mon intelligence économique, je l’ai construite à travers ma vie de tous les jours.

Votre parcours vous incite-t-il à donner leur chance à des collaborateurs non diplômés ou sans trop d’expériences ? Que peuvent-ils apporter de plus ?

Etre issu du terrain m’a permis de nouer des relations fortes avec mes collaborateurs. A ce titre, « Je crois beaucoup à la promotion interne ». C’est pourquoi, à chaque fois que je reçois un candidat, je lui explique que, chez Finsbury, on donne sa chance à tout le monde. C’est au collaborateur de faire des preuves. Lorsque cela marche, tout le monde en sort gagnant, l’entreprise bien sûr mais aussi l’employé. Un jeune qui est entré chez nous il y a 5 ans en tant qu’apprenti s’apprête aujourd’hui à prendre la tête de la franchise nantaise. De même, pour pouvoir ouvrir mon deuxième magasin en 2001, j’ai dû recruter un collaborateur et le former pour s’occuper d’un magasin. Eh bien, il est aujourd’hui mon bras droit. Cette démarche de promotion interne permet de cultiver une dimension humaine au sein de l’entreprise en plus de transmettre une motivation réelle à tout nouvel arrivant.

« Une carrière est rarement un long fleuve tranquille. »

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui se retrouvent comme vous à l’époque, sans diplôme, sur le marché de l’emploi ?

Je leur dirais d’abord d’étudier le marché sur lequel ils veulent opérer afin de s’assurer que des opportunités existent bien pour eux. Ils devront faire preuve d’audace et ne pas avoir peur de vaincre les réticences extérieures pour concrétiser leurs projets. Leur carrière ne sera certainement pas un long fleuve tranquille et, à ce titre, ils devront apprendre à se remettre en question. C’est particulièrement important après un échec, il faut savoir rebondir. Je ne serais sans doute pas là où je suis si je m’étais contenté de m’apitoyer sur mon propre sort après les refus essuyés auprès des banques en 2001.

Qu’ils n’oublient pas non plus que « Le succès ne se construit pas seul », il est important de bien s’entourer. Ma réussite est autant individuelle que collective. Si j’en suis arrivé là, c’est en partie grâce aux mentors qui m’ont lancés et aux collaborateurs qui m’ont permis d’avancer.


Arnaud Bruillon est PDG de Finsbury, spécialiste de la chaussure
C’est à la suite d’une candidature spontanée qu’Arnaud Bruillon rejoint Finsbury en tant qu’extra les samedis. Il vient d’avoir 17 ans et cumule alors les petits boulots, un bac pro chaudronnerie en poche. Lorsqu’il rejoint l’entreprise, celle-ci est sur le point de créer son deuxième établissement et compte 5 personnes. Comme un symbole, il signe un CDI, le jour de ses 18 ans, en tant que vendeur débutant. Sa carrière professionnelle est définitivement lancée. En 2000, il prend la direction du magasin historique des Petits Champs, à Paris. De 2001 à 2010, il ouvre 7 nouveaux points de vente, en tant que franchisé exclusif. Finsbury est alors dirigé par une troïka formée des deux fondateurs et d’Arnaud Bruillon. Ce dernier apporte l’énergie de la jeunesse et la créativité alors qu’eux assurent la solidité de l’édifice grâce à leur expérience. En août 2010, ils lui font part de leur projet de se retirer et Arnaud Bruillon procède au rachat de la marque grâce à un LBO et procède à une restructuration juridique de l’ensemble afin de le transformer en réseau de franchises.

Son ambition ne s’arrête pas là. Il souhaite en effet implanter sa marque à l’international et prévoit de doubler le nombre de succursales, de 10 à 20, et de créer une trentaine de magasins supplémentaires en franchise d’ici 2015. Pour rappel, Finsbury comptait 10 succursales et effectuaient 11 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2010. Un chiffre qui doit passer à 15 millions en 2011.

Réalisé par Nicolas JAIMES, Journal du Net

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