Dans le cadre de la première édition de la semaine de l’architecte qui se tiendra du 3 au 8 octobre 2011 à Ouagadougou, la présidente du comité d’organisation, Ada Yaya Bocoum, donne dans cet entretien, les points saillants de l’activité et livre son point de vue sur la sécurité des bâtiments construits au Burkina Faso.
Sidwaya (S.) : Vous célébrez du 3 au 8 octobre 2011 la première édition de la semaine de l’architecte ; quel est l’objectif d’une telle activité ?
Ada Yaya Bocoum (A.Y.B) : L’Ordre des architectes a été créé depuis 1991 et c’est la 1ère édition de la semaine de l’architecte qui sera organisée en collaboration avec le ministère en charge de l’Habitat et en marge de la journée mondiale de l’habitat célébrée chaque premier lundi du mois d’octobre. L’objectif est non seulement de promouvoir le métier de l’architecte mais aussi de mieux faire connaître notre profession au grand public. Nous allons saisir l’occasion pour leur montrer le rôle de l’architecte et des autres intervenants dans la réalisation des infrastructures.
S. : Quels sont les différents points saillants de cette semaine ?
A.Y.B. : A partir du 4 octobre, nous aurons un panel ouvert au grand public sous forme de débats sur le métier de l’architecte. Le 5 octobre, nous aurons une prestation de serment au Tribunal de grande instance de Ouagadougou des nouveaux membres qui désirent exercer dans le métier. Nous allons avoir aussi des échanges avec la Brigade nationale de sapeurs-pompiers et les responsables de l’Autorité de régulation des marchés publics. Nous avons également prévu une conférence sur la construction en terre pour montrer à la population qu’avec l’apport des nouvelles techniques, nous pouvons l’utiliser pour faire des constructions durables et modernes et du même coup faire la promotion de nos matériaux locaux. Au cours de la semaine, nous aurons des consultations gratuites réservées aux populations à revenus modestes. Nous invitons la population parce que nous allons organiser une exposition tout au long de la semaine sur l’architecture, les nouveaux matériaux de construction, etc.
S. : Vous avez retenu le thème « Construire en responsable avec nos architectes » ; quel est l’intérêt d’un tel sujet ?
A.Y.B : Ce thème a été choisi pour interpeller tous les acteurs du domaine et le premier interpellé, c’est celui qui décide de construire. L’objectif ici c’est de faire comprendre à tous les acteurs que quand nous construisons un bâtiment, nous impactons non seulement l’environnement mais aussi les utilisateurs. Il faut que chacun prenne la mesure de sa responsabilité, par exemple si le propriétaire décide en premier lieu de construire sans architecte, il prend déjà le risque de réaliser un bâtiment fragile.
S. : L’actualité récente a été marquée par l’effondrement d’un immeuble à Ouaga 2000. En tant qu’architecte, quel est votre point de vue sur cet accident ?
A.Y.B. : Nous avons déjà fait une rencontre avec le ministère en charge de l’Habitat et pour le cas particulier de l’immeuble qui s’est effondré à Ouaga 2000, nous avons constaté que le dossier qui a été introduit était correct, mais malheureusement il n y a pas eu de suivi de chantier car il n’ y avait pas de procédure de chantier. Donc nous n’avons pas de trace sur ce qui a été réellement mis en œuvre. Par contre, tel que l’effondrement se présente, tout porte à croire qu’il ya eu un problème de structure. C’est-à-dire, que par exemple, les ferraillages et les dosages n’ont pas été respectés d’autant plus que l’étude de plan effectuée par le laboratoire préconisait des dispositions pour pouvoir mettre en œuvre la fondation. Si cela n’est pas respecté, c’est déjà une fondation mal faite. Par conséquent, c’est le résultat malheureux qu’il nous a été donné de constater. Je dois rappeler que l’architecte, quand il fait la conception, il donne toutes les indications nécessaires par rapport aux dimensions à utiliser, ensuite l’ingénieur en génie civil fait les notes de calcul sur la partie structure. Les responsabilités sont donc partagées. Au niveau de l’architecte qui est le chef d’orchestre, c’est à lui que revient la responsabilité de mettre en place un ingénieur et un technicien qui puissent faire le suivi pour que tout ce qui est prévu dans le dossier d’exécution soit respecté. Mais le problème, avec certains maîtres d’ouvrage, est qu’une fois qu’on leur remet le dossier, il trouve que tout cela coûte cher et il préfère se passer des services de l’architecte. Pour pallier ce problème, je pense qu’il ya des dispositions qui sont en train d’être prises pour introduire le suivi chez les promoteurs à partir d’un certain niveau, c’est-à-dire dans les constructions de plus de 150 m2 en R+1. Il faut aussi dire, que s’il est clairement établi que la faute incombe à l’architecte, nous avons des sanctions prévues dans notre règlement intérieur que nous allons appliquer.
S. : A quel moment un particulier qui désire construire un bâtiment doit consulter un architecte ?
A.Y.B. : A tous les niveaux de construction, on doit consulter un architecte. Par exemple, si vous avez un petit budget, la consultation d’un architecte vous permet de mieux investir. Cela vous permet d’avoir une idée sur le coût de la construction, de mieux planifier vos dépenses et d’utiliser de façon plus rationnelle votre terrain. Pour ce faire, nous avons souvent des conseils gratuits pour les personnes à revenus modestes afin de leur permettre d’investir.
Raphaël KAFANDO
Sidwaya




