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Stefan Nalletamby : l’Afrique, le développement de la Finance et les OMD

M. Nalletamby, Le Partenariat La Finance au Service de l’Afrique (MFW4A) a récemment reçu le Prix d’Excellence du Forum Afrique de la Banque. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Nous sommes très reconnaissants pour ce prix que nous avons reçu pour notre contribution aux efforts de développement du secteur financier et bancaire sur le continent. Cela prouve l’importance de notre travail et nous sommes heureux de voir que le développement du secteur financier en Afrique est de plus en plus reconnu comme une composante essentielle d’un développement économique durable et de la réduction de la pauvreté sur le continent.

Quel rôle peut jouer un secteur financier solide pour le développement des pays africains et l’économie du continent ?

Le développement du secteur financier ne doit pas être vu comme quelque chose de distinct du programme de développement global. Un secteur financier dynamique est indispensable pour encourager l’investissement privé, faciliter la mobilisation des capitaux domestiques et externes et une allocation de ressources efficace dans l’économie. Beaucoup de progrès ont déjà été réalisés ces dernières années: en effet, non seulement nous observons une gestion saine des finances publiques en général à travers le continent, mais aussi l’introduction de nouvelles technologies telles que les services bancaires mobiles ; ce qui améliore la politique d’ouverture des systèmes financiers dans plusieurs pays et augmente l’interaction entre les acteurs industriels et le secteur bancaire. Alors qu’il y a quelques années, les services bancaires mobiles étaient un phénomène propre à l’Afrique de l’Est, à commencer par MPesa au Kenya, ils s’étendent désormais à l’ensemble du continent. Ce qu’ils offrent va bien au-delà des services nationaux de transfert d’argent: vous pouvez désormais par exemple souscrire à des polices d’assurance, ouvrir des comptes bancaires, faire des demandes de crédit et des transferts internationaux à partir de votre téléphone mobile. Ainsi, des millions d’Africains peuvent avoir accès aux services financiers. Mais il reste encore beaucoup à faire étant donné que, pour le moment, seulement un africain sur cinq a accès au crédit. Cela montre que les systèmes financiers africains connaissent encore des problèmes: ils sont encore relativement faibles et volatiles. Par conséquent nous nous employons à mettre en évidence les défis et les goulots d’étranglement et à soutenir de nouvelles initiatives afin de valoriser tout le potentiel de développement du secteur financier. À long terme, le développement du secteur financier peut avoir un impact significatif sur la réduction de la pauvreté et contribuer à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Ce sont des objectifs très ambitieux – comment faire pour les mettre en œuvre dans le travail quotidien du Partenariat ?

MFW4A joue un rôle de courtier: nous ne finançons pas de projets, mais nous servons d’intermédiaire entre les bailleurs de fonds et les parties prenantes, en essayant d’adapter l’offre à la demande. Nous avons également pour objectif de coordonner les activités des différents organismes donateurs, conformément aux engagements qu’ils ont pris dans le cadre de la Déclaration de Paris de 2005 tout en tenant compte des demandes formulées par les intervenants du secteur financier. En outre, nous oeuvrons pour le développement du secteur financier et nous avons un site www.mfw4a.org que je vous encourage fortement à visiter. C’est est un véritable centre de connaissances sur la finance en Afrique relié à toutes les organisations importantes qui travaillent dans le domaine, aux événements à venir et à plus de 700 publications récentes sur le sujet.

Pourriez-vous nous donner plus de détails sur les quatre piliers du travail de MFW4A ?

Un de nos piliers est dédié à la coordination des bailleurs de fonds: nous cherchons à éviter les chevauchements en créant des synergies pour renforcer la collaboration. C’est pourquoi nous avons une connaissance précise de tous les projets de nos organisations fondatrices en matière de développement du secteur financier. Actuellement nous avons une base de données avec des informations sur plus de 600 projets. Nous organisons également régulièrement des rencontres thématiques où les donateurs peuvent échanger des informations sur les projets en cours et à venir et les développements actuels dans leur domaine d’activité. Pour le moment, nous avons plus de 50 organismes donateurs qui font partie de six groupes de travail sur l’accès aux financements, les transferts des migrants, le financement de l’agriculture, l’intégration financière régionale, les développements des marchés de capitaux et tout dernièrement, les services bancaires mobiles. La coordination des bailleurs de fonds va de pair avec notre deuxième pilier : l’engagement auprès des parties prenantes. Le Secrétariat s’engage auprès des parties prenantes dans les secteurs publics et privés afin d’identifier leurs besoins. Nous constituons actuellement des groupes de travail réunissant les parties prenantes dirigées par des organismes qui sont des intervenants de premier plan telles que l’Association des Banques Centrales Africaines (ABCA) ou l’African Rural and Agricultural Credit Association (AFRACA). Notre objectif est de contribuer à l’amélioration des perspectives africaines sur des questions relatives au secteur financier. Par exemple, en collaboration avec la Banque Centrale d’Ouganda, nous avons convié en avril les banques centrales africaines et les partenaires au développement, à Kampala pour un atelier de travail afin de discuter de l’avenir de la réglementation et de la surveillance bancaire en Afrique. Ce genre de consultation directe avec les parties prenantes nous permet d’informer les partenaires au développement et d’améliorer l’efficacité de l’aide.
Notre troisième pilier est constitué par l’information rassemblée par notre équipe en charge de la gestion des connaissances qui gère le site web et présente le travail de MFW4A et nos organisations partenaires, collecte les publications sur le développement du secteur financier, les dernières nouvelles et les événements à venir. J’aimerais également signaler que nous avons un blog, le Forum Africain de la Finance (FAF), où les praticiens et les universitaires écrivent et débattent des enjeux actuels, ainsi qu’un bulletin bi-mensuel et une revue hebdomadaire, à laquelle vous pouvez vous abonner sur notre site. Nous apportons aussi notre concours à la formation des journalistes financiers, car leur travail joue un rôle important pour renforcer la culture financière de leurs auditeurs. Si les journalistes comprennent mieux les sujets financiers et peuvent mieux les expliquer, leur public sera en mesure de prendre des décisions financières plus éclairées.
Ces trois piliers sont tous réunis dans le quatrième pilier, à savoir le plaidoyer, qui se fait à travers l’organisation et la participation à des réunions liées aux trois piliers déjà mentionnés.

MFW4A n’existe que depuis peu de temps mais a déjà réalisé beaucoup de choses – Quels sont vos objectifs pour les prochaines années ?

En Septembre 2011, à l’occasion du Forum du Partenariat prévu à Addis-Abeba, nous lancerons l’étude intitulée «La finance en Afrique: au-delà de la crise», qui est réalisée conjointement par la Banque africaine de développement, la Coopération allemande pour le développement et la Banque mondiale. Le Forum réunira plus de 300 experts de haut niveau du secteur financier incluant des dirigeants de banque, des responsables gouvernementaux, des représentants de PME et des institutions de micro-finance, le secteur privé, d’éminents chercheurs et bien d’autres.
Cela nous permettra d’orienter nos interventions dans le secteur financier et celles de nos partenaires au cours des années à venir.
Nous sommes également en train de travailler sur notre stratégie triennale que nous espérons adopter prochainement. Nous envisageons de relier les différents piliers de notre travail d’une manière encore plus forte dans les années à venir. Nous allons par exemple publier les profils des bailleurs de fonds et des intervenants clés sur notre site, et créer des plates-formes interactives en ligne pour permettre aux différents groupes de partenaires au développement et parties prenantes d’approfondir les échanges et le partage des connaissances. L’adoption de notre stratégie triennale, nous l’espérons, entraînera quelques changements organisationnels qui permettront d’améliorer l’impact des parties prenantes de notre partenariat.
En un mot, nous avons un programme très ambitieux et espérons obtenir l’appui dont a besoin MFW4A pour continuer à établir des liens et créer des centres de connaissances en vue de favoriser le développement du secteur financier en Afrique.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le Forum du Partenariat prévu prochainement ?

Les systèmes financiers africains ont changé de façon spectaculaire depuis que nous avons organisé le premier Forum du Partenariat sur la Finance au Service de l’Afrique à Accra en juin 2008. Désormais, la concurrence et l’innovation contribuent pour beaucoup au développement des systèmes financiers africains avec l’entrée en scène de nouveaux acteurs et de nouveaux produits, souvent favorisés par les nouvelles technologies. La récente crise financière a également eu des répercussions sur le paysage financier africain à travers la prise de conscience de la nécessité de mettre en oeuvre les réformes en matière de réglementation et d’accélérer l’inclusion financière. Pour réfléchir sur ces développements, le Secrétariat organisera le deuxième Forum du Partenariat les 15 et 16 septembre 2011 à Addis-Abeba, en Ethiopie. Ce Forum aura comme institution hôte la CEA et bénéficiera du concours de l’Union Africaine. Le Forum s’étalera sur deux journées et comprendra des séances plénières et des ateliers de travail. Les nombreux sujets qui y seront abordés découleront directement des nouvelles conclusions de l’étude “La Finance en Afrique : au-delà de la Crise ”. Les travaux de la première journée porteront sur les thèmes clés et les résultats présentés dans le rapport, notamment des questions telles que l’amélioration de l’accès aux financements, l’extension de la durée des contrats et la protection des systèmes financiers. Au cours de la deuxième journée, en plus des exemples de réussite en matière de développement du secteur financier africain, il y aura des débats en session plénière visant à faire avancer les réformes du secteur financier, et un examen critique de l’impact global des services financiers sur les questions de développement. En marge des travaux, il est prévu une exposition qui servira de cadre à la présentation des approches probantes et novatrices en matière de développement du secteur financier en Afrique.
Pour nous ce Forum offrira aux décideurs, aux innovateurs du secteur privé et aux prestataires de l’assistance technique, une occasion unique d’établir des liens avec leurs pairs, d’échanger sur leurs expériences, de partager leurs meilleures pratiques et de présenter leurs approches et outils novateurs. Il leur permettra d’adapter l’offre à la demande afin d’améliorer leurs approches. Nous pensons qu’il est primordial de développer et renforcer le réseau des défenseurs du secteur financier africain et de faire du développement du secteur financier une priorité.

Propos recueillis par A.W | Lesafriques.com

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