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Prix fixés : La propagande continue

Le 8 août dernier, le ministre du Commerce de l’industrie et de l’artisanat, a fait à la presse un point sur les mesures prises en mai dernier afin de maîtriser les prix des produits de première nécessité. On retiendra des propos du ministre, les difficultés qu’il rencontre pour faire respecter ces mesures. Il a également formulé des solutions nouvelles à venir et sur lesquelles son département réfléchit. Au mois de mai, lorsque les mesures ont été prises, nous y avions vu plutôt un effet d’annonce destiné à faire tomber la fièvre qui s’était emparé du pays. Nous avions dit alors en quoi ces mesures ne pouvaient pas tenir. L’autorité ministérielle vient de nous conforter dans notre opinion. Malheureusement il n’est pas certain qu’elle en ait tiré toutes les conséquences. Les nouvelles mesures annoncées ne s’écartent pas sensiblement des premières et sont donc destinées très probablement à échouer. On peut même penser que les chances d’échec sont plus fortes aujourd’hui encore. Il n’aura échappé à personne que la sortie du ministre avait pour premier but de répondre à la polémique en cours sur le prix du sucre en cette période de ramadan. Cela dit, il n’est pas inutile d’accompagner le ministre dans son bilan. Pour cela, quelques rappels sont nécessaires pour mieux éclairer la situation. Le 4 août, le gouvernement a tenu un Conseil élargi à Koudougou. On peut même penser que les grandes lignes de l’intervention ministérielle ont été esquissées lors de ce Conseil. On retiendra essentiellement, que les ministères sont classés en 4 catégories. Le Conseil a aussi évoqué le projet de développement de Bagré et son financement. De l’appréciation des ministères, on apprend avec stupeur que les départements de l’Economie et des finances (MEF), des Transports, des postes et de l’économie numérique (MTPEN), des Mines, des carrières et de l’énergie (MMCE), le ministère de l’Habitat et de l’urbanisme (MHU), de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat (MICA), des Infrastructures et du désenclavement (MID), de la Recherche scientifique et des innovations (MRSI), appartiennent tous à la 4e et dernière catégorie. Autrement dit, ces départements, qui ailleurs sont choyés et jalousement protégés, sont chez nous réduits à une fonction « d’appui à l’économie ». La réalité est que ces départements sont livrés sans aucune réserve au secteur privé. Le Conseil de Koudougou, a par ailleurs salué le soutien et la participation de la Banque mondiale au projet de développement de Bagré par un « don » de 115 millions de dollars. Nous avons déjà dit ici qu’une banque et qui plus est la Banque mondiale n’a pas vocation à faire des dons. Cela est contraire aux règles et pratiques de la banque. L’organisme qui s’y essaie prend de sérieux risques face aux autres membres de la profession. En mai dernier nous avions montré que ce qui est pudiquement baptisé « don » est en réalité une forme d’appui aux pays désormais insolvables, c’est-à-dire qui ne peuvent accéder aux marchés financiers internationaux. Ils sont alors réduits à accepter des « dons » à des conditions que seuls les condamnés peuvent, doivent accepter. Depuis mai dernier, soit en moins de 4 mois, le Burkina Faso vient de recevoir son deuxième « don » de la part de la Banque mondiale. C’est dire dans quel état pitoyable doit être l’économie nationale. Depuis mai dernier aussi et étrangement, le Conseil des ministres a successivement appelé les producteurs privés à fournir de l’électricité à la SONABEL, adopté de nouvelles taxes sur l’eau, souhaité l’implication du secteur privé dans les finances publiques. Avec la classification de Koudougou, c’est l’ensemble de la SONABEL qui perd son statut d’entreprise stratégique. Les mines présentées comme l’avenir du pays sont réduites à « appuyer » l’économie. Le 4 août dernier donc, c’est le responsable d’un ministère de 4e catégorie, d’un pays où l’Etat se lave les mains de son économie qui a promis de nouvelles mesures pour maîtriser les prix des produits de première nécessité. Comment va-t-il s’y prendre et que peut-on en attendre ? En mai dernier il avait été fixé des prix « consensuels ». C’est un terme qui n’a aucun sens commerce où un prix est fixé soit d’autorité par une instance publique soit par le commerçant. Penser à un consensus entre ces deux parties est une pure aberration parce que ignorant les lois de la gestion. Or ce sont les prix consensuels que le ministre entend renforcer. Il envisage même des sanctions contre les contrevenants. A aucun moment la rupture d’un consensus n’entraîne et ne peut entraîner sanction. Selon toute vraisemblance le ministre le sait puisqu’il n’en a suggéré aucune contre les contrevenants connus à ce jour. Il envisage un arrêté pour donner un cadre légal au contrôle des prix. Nous attendons cet arrêté. Malheureusement nous avons peur de l’attendre longtemps. Il se heurterait en effet, aux règles de l’OMC auxquelles le Burkina Faso adhère avec beaucoup de fierté. Il se heurterait aux règles de l’UEMOA auxquelles le pays adhère également. Il serait contraire à la doctrine officielle du pays qui est l’économie de marché. Mais surtout il serait inapplicable dans les faits. Prenons le cas du sucre. Le ministre promet d’élargir le cercle des importateurs de cette denrée pour assurer un meilleur approvisionnement du marché. Cela suppose que les importateurs désignés soient libres de s’approvisionner sur le marché international dans les conditions qui leur paraissent les meilleures. Que ferait l’importateur qui se retrouverait dans le cas de figure où il disposerait d’une marchandise qui ne peut être vendue qu’au-delà du prix « consensuel » ? La vendre à perte ? C’est du dumping et c’est puni par la loi. Ensuite même à supposer que les importateurs désignés nouent des alliances pour offrir le même prix, le Burkina Faso faisant partie de l’espace UEMOA, rien n’interdit un commerçant malien de proposer son sucre à un prix plus bas sur le marché burkinabè. La libre circulation des biens dans cet espace l’y autorise. Enfin le gouvernement prend un sérieux risque dans ses propositions actuelles. Avec la mise en place annoncée des boutiques témoins, il risque de réveiller les soupçons des messieurs Bretton Woods sur un retour déguisé de Faso Yaar dont ceux-ci ont exigé le démantèlement. Ensuite ces boutiques ne seraient viables que grâce à des subventions. Dans ce deuxième cas, l’Etat burkinabè serait en tort face aux autres commerçants qui l’accuseraient de concurrence déloyale et d’entrave à la liberté du commerce. Ensuite… Il faut se rendre à l’évidence, les propositions du ministre sont en contradiction avec les options de son gouvernement. C’est la raison pour laquelle son prochain bilan risque d’être aussi décevant sinon plus que celui du 8 août dernier. A quoi bon donc ce spectacle ? Rappelons que le débat est parti du prix du sucre, sujet sensible par temps de ramadan. Tenir la rampe pendant un mois est un exercice assez facile. Après, les produits de la nouvelle saison viendront voiler les considérations sur les autres produits. Si on y ajoute la campagne électorale qui va faire tourner encore bien de têtes, on aura gagné quelques mois de répit. C’est peut-être là le seul but du jeu. Cela explique peut-être pourquoi le ministère de la Communication fait partie de la première catégorie, celle des ministères de souveraineté, au même titre que celui de la Défense dans le classement gouvernemental. La maîtrise des prix obéit, elle, à d’autres considérations. Elle exige comme préalable la maîtrise de l’économie nationale. En avons-nous encore ?

Pascal KABORE

Independant.bf

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