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L’utilisation des pièces de monnaie usées au Burkina Faso : La réaction des Ouagalais

Le vendredi 02 octobre 2009, notre équipe a sillonné la ville de Ouagadougou pour recueillir des propos de quelques citadins sur les pièces de monnaie (jugées) lisses. Au cours de ce reportage, certains ont évoqué des raisons diverses pour expliquer leur réticence face à ces pièces usées.

Koudougou Compaoré, vendeur de chaussures au grand marché : « Moi, à mon niveau, j’accepte les pièces de monnaie usées. Mais une fois que tu l’as dans ta poche, pour pouvoir la réutiliser c’est un problème. Moi qui suis vendeur de chaussures, si je me hasarde à donner cette pièce usée comme monnaie à un client, le lendemain ou sur-le champ, il me retourne la même pièce sous prétexte qu’elle n’est pas bonne. Je sais que les banques acceptent ces pièces mais entre nous, ce n’est pas possible. Personnellement, j’ai déjà eu à échanger des pièces de monnaie usées en banque d’une valeur de 90 000 F CFA, mais beaucoup de personnes ne savent pas qu’il y a cette possibilité. C’est pourquoi elles refusent de prendre ces pièces ».


Commerçante de légumes (anonyme) :
« Je prends rarement les pièces de monnaie usées. Ceux qui refusent catégoriquement d’en prendre ont raison. C’est une perte pour nous les commerçants.
Surtout la pièce de 250 F, au départ , même les gens l’ont refusée parce que beaucoup le confondent à la pièce de 200 F, à plus forte raison si elle est usée. Moi, je sais qu’on peut aller échanger ces pièces en banque, mais pour nous les commerçants moyens, c’est difficile.
Nous qui exerçons ce métier, nous nous occupons de la famille ; il faut acheter à manger à midi pour les enfants qui viennent avec nous au marché, et le soir encore, il y a un tas de bouches à nourrir qui t’attendent à la maison. Même si ceux des banques acceptent prendre ces pièces, il faut les stocker d’abord, tu ne vas quand même pas aller dans une agence avec une seule pièce usée pour faire l’échange.
Nous qui n’arrivons pas à joindre les deux bouts c’est compliqué, donc le mieux est de ne pas prendre ces pièces de monnaie usées ».

Rasmata, vendeuse de cacahuètes : « Moi je refuse de prendre les pièces de monnaie usées. Hier, il y a un Blanc qui a fait des achats, parmi ses pièces, il y avait une pièce de 250 F qui était usée, j’ai refusé de la prendre et il m’a fait savoir que c’était une pièce comme les autres pièces. Il a insisté et je l’ai prise. Quand j’ai voulu la réutiliser, les gens l’ont refusée. Je l’ai laissée dans mon portefeuille, mais s’il y a un lieu pour aller échanger, j’irai ».

Ablassé Yelnogo dit Rasta, vendeur d’objets d’art : « J’évite de prendre les pièces de monnaie usées parce que la majorité de mes clients sont des femmes et ce sont elles-mêmes qui sont compliquées en la matière.
Sinon j’ai des pièces lisses avec moi, pour arriver à les faire passer, je suis confronté à d’énormes difficultés. Je sais qu’il y a des agences qui réquisitionnent ces pièces mais avec 500 F CFA ou moins que cela, se présenter devant une agence, c’est fatiguant. Ce que nous pouvons faire, c’est de les faire passer dans des monnaies pour certains clients qui ne remarquent pas trop, ou bien de les remettre aux mendiants ».

Bassidia, vendeuse d’eau : « Je refuse de prendre les pièces de monnaie usées, parce que si j’en prends, arrivée à la maison, mes parents me grondent. Il arrive des jours où ils veulent porter la main sur moi. J’ai des copines qui travaillent avec des patronnes. Si elles prennent ces pièces, à la fin du mois, leurs patronnes totalisent le montant des pièces usées qu’elles ont reçues avec les clients et elles retranchent ce montant de leur salaire ».

Séni Derra, vendeur d’appareils : « Si les gens refusent de prendre des pièces de monnaie, usées, c’est dû au fait qu’eux-mêmes ont des préjugés sur ces pièces. De bouche à oreille, la population a pris goût de rester réticente à cette pièce. Sinon, si nous restons unanimes nous pouvons la « bouffer » sans complexe.

Imagine un de tes meilleurs clients qui vient chercher des marchandises avec une certaine somme où il y a des pièces de monnaie usées, vas-tu le refouler ? La réponse est non. La population doit revenir à la raison. S’il y a des agences qui réceptionnent ces pièces, qu’on sensibilise la population à travers des communiqués, dans le cas contraire, elle refusera toujours ces pièces ».

Propos recueillis par

Afsétou SAWADOGO

Antoine AKOANDAMBOU

Source : sidwaya.bf

Lire aussi : Circulation de la monnaie au Burkina Faso : La population se méfie des jetons

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