La lutte se radicalise au ministère de l’Economie et des Finances. Prévu initialement pour durer trois à quatre heures le lundi 13 juin dernier, le sit-in des travailleurs se poursuit : leur ministre de tutelle, Lucien Marie Noël Bembamba, n’a pas encore honoré leur requête et les locaux du ministère sont désormais occupés par la Compagnie républicaine de sécurité (CRS).
Une répression de cette compagnie a d’ailleurs laissé sur le carreau, dans la journée du mardi 14 juin 2011, quatre blessés graves, sept blessés légers et une dizaine d’agents bastonnés. En rencontrant la presse, les responsables du Comité CGTB-Finances ont voulu démentir ce qu’ils ont qualifié de «mauvaise volonté de poursuivre le dialogue» : l’information diffusée par leurs supérieurs et selon laquelle, non seulement ils n’ont pas droit à l’indemnité de responsabilité financière et de logement mais également leur exigence de prélever 0,95% du budget national pour cette indemnité.
Les conférenciers du jour balaient ces déclarations du revers de la main, car, disent-ils, le commun d’entre eux maîtrise «le principe de la non-affectation» en finance. Ils demandent plutôt d’indexer le taux de 0,95% sur les recettes budgétaires de l’année n-1 (déjà consommée) pour alimenter le fonds commun des indemnités des agents de tous les services du ministère ; ce qui diffère de prélever les recettes budgétaires pour les leur donner.
Ils ont aussi déploré devant les hommes des médias la gestion des cadres du ministère par le maître des lieux. A les en croire, les nominations aux postes de responsabilités ne concernent que ceux qui «obéissent au doigt et à l’œil à M. Bembamba», et ceux qui ont à cœur de défendre l’intérêt général sont systématiquement écartés.
S’agissant de la probabilité d’une prise en otages des salaires du mois de juin des fonctionnaires, les frondeurs sont catégoriques : «Ce n’est pas notre objectif. Vous savez bien que si le médecin ne travaille pas, le malade va mourir. Le traitement des salaires se fait à partir du 20 de chaque mois. Si nous trouvons un terrain d’entente avant cette date, les salaires seront virés», a affirmé Abdoulaye Derra, SG du Comité CGTB-Finances.
A la frange de l’opinion publique qui considère les agents du ministère de l’Economie et des Finances comme les «bourgeois» de la Fonction publique et leurs revendications comme les effets secondaires d’un rassasiement, M. Derra demande plus de compréhension. «Ne prenez pas ces quelques camarades corrompus qui font des rackets et tournent autour des marchés publics pour exemples.
L’argent du contribuable est sacré pour le financier», a-t-il prévenu. Le bras de fer, lui, n’est pas près de prendre fin, car les travailleurs se disent en terrain connu. «Connaissant notre ministre, si nous arrêtons maintenant il va chicoter très fort. Avec les agents du Trésor, il a fait des affectations dans des perceptions qui n’existent même pas», a dit leur chargé de la mobilisation, Souleymane Oumtana. En désespoir de cause, ils se tournent vers le Premier ministre, qui reste à leurs yeux l’interlocuteur approprié. Une rencontre était prévue dans la soirée d’hier mercredi entre le ministre et les travailleurs au sein du ministère. Mais ces derniers étaient dubitatifs sur leur participation, en raison du précédent avec la CRS et de la présence d’une quarantaine de ses agents sur les lieux.
Moumouni Simporé (Stagiaire),
Lobservateur.bf




