La monnaie fiduciaire est mal entretenue par les populations. Les billets de banques sont mutilés, froissés et agrafés obligeant ainsi, la Bceao de les retirer de circulation. Une perte énorme pour nos Etats.
« Durant l’année 2010, rien qu’au Sénégal la Banque centrale a détruit 714,7 milliards de f CFA pour un volume de tri de 1 498,2 milliards de Fcfa », a annoncé Mamadou Diakho, chef de service de la Caisse à la Bceao au cours du séminaire organisé par l’institution à l’endroit des journalistes économiques. De manière générale les Sénégalais conservent laborieusement les billets de banque. Dans les échanges commerciaux de tous les jours, les utilisateurs malmènent la monnaie fiduciaire. Les billets sont scotchés, mutilés, froissés, agrafés ou tout simplement imbibés d’encre. Autant de comportements qui réduisent leur durée de vie. Devant ces comportements peu amènes, l’entretien de la monnaie constitue un casse-tête pour la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) qui procède habituellement à la destruction d’une masse importante des billets abîmés. Selon M. Diakho, « la Bceao procède régulièrement au retrait de circulation des billets (mensuel) et des pièces de monnaie (trimestriel), à leur destruction et à leur remplacement ».
En raison du faible taux de bancarisation de la population dans la zone Umoa, l’utilisation de la monnaie fiduciaire est très importante et connaît une progression constante. Au Sénégal, elle représente 35% de la masse monétaire en circulation et son entretien est une véritable gageure. Le fonctionnaire de la Bceao constate par ailleurs que les coupures de 1 000 f cfa et 2 000 f cfa sont plus frappées par cette usure rapide, en raison sans doute de leur « forte utilisation dans les échanges commerciaux ». Cette destruction contribue à grever considérablement le budget de la Bceao d’autant que la monnaie fiduciaire est fabriquée par la Banque de France pour une contrepartie financière assez salée. En effet, la fabrication de la monnaie décroît en fonction de la valeur des différentes coupures. La Banque de France qui fabrique la monnaie pour le compte de la Bceao est rétribuée à 60,77 euros pour le paquet de mille billets de 10 000 FCFA. Les paquets de mille billets de 5 000 FCFA, de 2000 FCFA et de 1000 FCFA sont respectivement payés à 58,54 euros, 42, 44 euros et 41, 33 euros. A ce coût de fabrication, il faut ajouter d’autres frais annexes liés notamment au transport, à la sécurisation, à l’acquisition des machines de tri et à l’assurance de la monnaie. Devant ce prix de revient aussi élevé, la Banque centrale compte communiquer davantage avec le public sur tous les enjeux financiers relatifs à l’entretien de la monnaie fiduciaire.
Faux monnayage
La prolifération des faux billets est un phénomène qui hante sérieusement les agents économiques. Grâce à la sophistication accrue des moyens utilisés par les faussaires, les billets contrefaits sont devenus de plus en plus difficilement détectables. Raison pour laquelle la Bceao a pris une série de mesures visant à contrecarrer le faux monnayage. Ces mesures vont de l’accroissement de la productivité des billets valides, à la durée de vie des signes monétaires, à la résistance des billets, à la contrefaçon etc. Ce travail a donné un résultat assez satisfaisant puisque les statistiques sur le faux monnayage dévoilent que sur un million de billets triés à la Bceao, seuls 11 billets se révèlent faux. A titre d’exemple le taux de faux billets est de 25% au Benin et 21% au Sénégal. Au regard de la réduction des faux billets, les autorités de la Bceao se montrent satisfaites de la sécurité des coupures de 2003. « Les coupures de la Bceao de 2003 sont plus solides et comportent plus d’éléments de sécurité que l’euro », révèle M. Diakho. Il précise par ailleurs que le retrait des billets de 2 500 FCFA, quelque temps après leur mise en circulation, est motivé par un simple souci de commodité de calcul dans les échanges commerciaux. D’après M. Diakho, « il n’y a pas aujourd’hui de raisons qui militent en faveur de la démonétisation de la gamme en circulation ».
Raréfaction de la monnaie
Aujourd’hui la Banque centrale a commandité une enquête pour déterminer les véritables causes de la raréfaction de la petite monnaie observée dans la zone Umoa. En attendant les résultats de cette étude, M. Diakho trouve les causes explicatives de cette situation dans le faible développement de nos économies et l’importance du secteur informel qui nécessite une utilisation massive des pièces de monnaie et des petites coupures de billets. A cela s’ajoutent le développement rapide des réseaux de banque, la préférence pour les clients des petites coupures, la prolifération des petits commerces et la mendicité. « Dans plusieurs de ces activités la petite monnaie n’est pas souvent restituée à la Banque centrale. D’ailleurs, la situation du Sénégal est relativement acceptable, comparée à celle d’autres pays de l’Union où le commerce de la monnaie prend parfois des relents de trafic », explique t-il.
Lagazette.sn
Baye Makébé SARR




