L’euro a une parole écoutée et un visage reconnu sur les places financières, ceux du président de la Banque centrale européenne (BCE). Ce poste aussi convoité qu’exposé est actuellement occupé par Jean-Claude Trichet, dont le mandat expire le 31 octobre prochain. Le mandat, comme tous ceux des membres du directoire de la BCE, dure huit ans « et n’est pas renouvelable », précise le traité européen.
Axel Weber, actuel gouverneur de la banque centrale allemande, était appelé à lui succéder. Mais en déplacement le jeudi 10 février à Vienne, le candidat allemand n’a pas démenti se retirer de la course européenne, faute de soutien politique, et renoncer aussi à un second mandat à la tête de la Bundesbank. Une rumeur qui, la veille, avait brièvement fait baisser le cours de l’euro.
La fin d’une pure orthodoxie monétaire
Car le départ d’Axel Weber signifie aussi la fin d’une certaine idée de l’euro, celle attachée au respect d’une pure orthodoxie monétaire axée sur la seule lutte contre l’inflation. La crise en zone euro a, depuis, bouleversé la donne.
Paris n’a pas caché son agacement après les critiques du gouverneur allemand lorsque la BCE, devant la crise, a accepté l’an dernier de racheter des titres de dette publique. Dès lors, Axel Weber prenait clairement ses distances avec la majorité de ses homologues européens qui gouvernent la BCE.
Son tort « aurait été d’être un vrai président indépendant, tel un Paul Volcker », analyse Daniel Gros, directeur d’un influent Centre européen de réflexion à Bruxelles (CEPS) : « Tous les autres ont grandi au sein des ministères des finances. »
Le directeur du fond européen de stabilité pressenti
Les noms pour succéder au président actuel ne manquent pas : le gouverneur de la banque centrale du Luxembourg, Yves Mersch, est cité comme son homologue finlandais, Erkki Liikanen.
Le traité européen indique comme seul profil une personne « dont l’autorité et l’expérience professionnelle dans le domaine monétaire ou bancaire sont reconnues » et qui soit ressortissant d’un des 27 États de l’UE. En pratique, issu de l’un des 17 formant la zone euro. La nomination revient aux chefs d’État et de gouvernement sur recommandation de leurs ministres des finances et après consultation des députés européens et de la BCE. La question devrait s’inviter au sommet de la zone euro, le 11 mars à Bruxelles.
Le nom d’un autre Allemand émerge, celui de Klaus Regling, qui dirige à Luxembourg le fonds européen de stabilité créé l’an dernier pour secourir les États fragiles de la zone euro. « C’est un conservateur comme Weber, indique un économiste outre-Rhin, mais le fait qu’il préside un fonds qui justement rachète des obligations donnerait à cette candidature une autre portée politique. »
Sébastien MAILLARD, la-croix.com
La Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne (BCE) a été fondée en 1998, par le traité sur l’Union européenne ; il a son siège à Frankfort en Allemagne. Son travail consiste à gérer la monnaie unique de l’Union européenne, l’euro (€), et à préserver la stabilité des prix pour ceux qui utilisent l’euro (plus des deux tiers des citoyens de l’Union européenne). La BCE est également chargée de définir et de mettre en œuvre la politique économique et monétaire de l’UE.
Pour remplir ses fonctions, la BCE travaille en collaboration avec le «Système européen des banques centrales» (SEBC), qui couvre les 27 États membres. Toutefois, seuls 16 de ces pays ont pour l’instant adopté l’euro. Ils constituent ensemble la «zone euro» et leurs banques centrales, auxquelles s’ajoute la Banque centrale européenne, forment «l’eurosystème».
La BCE agit en totale indépendance. Ni la BCE ni les banques centrales nationales de l’eurosystème ni les membres de leurs instances de décision ne peuvent solliciter ou accepter d’instructions d’un autre organisme. Les institutions européennes et les gouvernements des États membres sont tenus de respecter ce principe et ne doivent pas tenter d’influencer la BCE ou les banques centrales nationales.
La BCE, en étroite collaboration avec les banques centrales nationales, prépare et exécute les décisions arrêtées par les instances dirigeantes de l’eurosystème, à savoir le Conseil des gouverneurs, le Conseil général et le Directoire.
Jean-Claude Trichet, de nationalité française, a été nommé président de la BCE en novembre 2003.




