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CAMEG : Qui veut la tête du DG ?

Le ministre de la Santé, Seydou Bouda, est dans une mauvaise posture. Certains de ses proches désapprouvent, énergiquement, la manière dont il veut recruter le nouveau Directeur général de la CAMEG. Les choses sont allées vite, très vite. Comme s’il voulait, coûte que coûte, faire partir l’actuel DG pour placer «son» homme. Les faits sont assez graves: son cabinet a rédigé et publié, le 15 décembre dernier, un avis d’appel à candidatures alors qu’il n’est pas habilité à le faire au regard des statuts de la CAMEG. Mais il y a plus grave: au lieu d’assumer pleinement son acte, il a fait porter le chapeau au président du Conseil d’administration de la CAMEG. Comme si c’était lui qui avait lancé l’appel à candidatures. Pourtant, le Conseil d’administration n’avait pas encore statué sur la question. Ce dernier a donc décidé, face à la tournure des événements, de riposter. Et ça tient essentiellement en une phrase: l’appel à candidatures est suspendu ! Et ce n’est pas tout.

Les statuts de la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux (CAMEG) sont clairs: ce n’est pas le ministère de la Santé qui recrute le Directeur général. Mais plutôt le Conseil d’administration. Voici un morceau des textes: «Il est choisi pour ses qualités de gestionnaire sur la base d’un appel à concurrence lancé par le Conseil d’administration». Or, le ministère de la Santé s’est précipité de lancer l’ «avis d’appel à candidatures» sans que le Conseil d’administration n’ait délibéré sur la question. Et même si le Conseil d’administration en avait délibéré, il n’appartient pas au ministère de la Santé de se lancer dans cette course précipitée, aux allures suspectes, pour le recrutement du Directeur général. Le hic, c’est que l’avis d’appel à candidatures trahit les intentions de ceux qui l’ont rédigé. Il précise, tout de go, que «le Directeur général recevra une lettre de mission de monsieur le ministre de la Santé». Pourtant, le ministre lui-même sait que la CAMEG a un statut particulier. C’est «une association à but non lucratif et à finalité sociale, dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière».

Certes, l’Etat est membre de cette association, à travers notamment les ministères chargés de la Santé, des Finances et du Commerce. Mais «il y a aussi la communauté des bailleurs de fonds intervenant dans le secteur de la santé. De même que les utilisateurs de la CAMEG, notamment les Conseils de santé de district en activité, les associations de consommateurs, les ONG du secteur de la santé intervenant au Burkina, l’Ordre des médecins et l’Ordre des pharmaciens», précise un proche du ministre, après avoir fait une halte sur l’article 7 des statuts, portant composition de la CAMEG. Et un autre d’insister, une fois de plus, sur le fait que «le ministère de la Santé n’est pas le seul membre de la CAMEG et que c’est seulement le Conseil d’administration qui est habilité à recruter le DG». Et même si le ministère de la Santé voulait le révoquer, il ne le pourrait pas. Seul le Conseil d’administration de la CAMEG en est habilité. D’ailleurs, à ce sujet, les statuts de l’association sont clairs: «Le Directeur général peut être révoqué en cas de manquements graves à ses obligations par décision du Conseil d’administration et approuvé par le comité de supervision. La révocation lui est signifiée par lettre recommandée avec accusé de réception par le président du Conseil d’administration». Le ministère de la Santé n’a pas non plus, selon les statuts de la CAMEG, le monopole de la décision dans le comité de supervision. Cette structure chargée du suivi et du contrôle de l’association, est composée d’un représentant de l’Etat, d’un représentant des bailleurs de fonds et d’un autre provenant des utilisateurs de la CAMEG.

Une forte odeur de règlement de comptes

Comment se fait-il que le ministère de la Santé ait publié l’avis d’appel à candidatures sans que le Conseil d’administration, censé le faire, ait été mis à la touche ? Dans le communiqué du ministère, il est écrit que c’est le président du Conseil qui a lancé l’avis de recrutement ; mais selon des sources concordantes, il n’en est rien. Et même si c’était ce dernier qui avait pris l’initiative, pourquoi l’avoir fait sans que les autres membres du Conseil n’en soient informés ? Il n’y a eu en effet aucune délibération du Conseil d’administration avant la publication de l’avis d’appel à candidatures par le ministère de la Santé.

Visiblement, dans cette affaire, il y a une forte odeur de règlement de comptes. Tout se passe comme si la tête de l’actuel Directeur général ne plaisait pas à certains individus tapis dans l’ombre et qu’il fallait, à tout prix, l’éjecter pour placer un autre. Si l’on veut remplacer le DG de la CAMEG, il faut prendre au moins la peine de le faire dans les règles de l’art, conformément donc aux textes de cette «association à but non lucratif et à finalité sociale, dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière». Ce n’est pas parce que le Premier ministre Tertius Zongo a décidé que le recrutement des DG se ferait par appel à candidatures, qu’il faut tirer sur tout ce qui bouge, allant même jusqu’à tordre le cou aux textes fondamentaux de certaines structures. On aurait pu le faire si les statuts de la CAMEG le permettaient. Mais ce n’est pas le cas. A moins que le ministère de la Santé, qui fait cavalier seul dans cette affaire, avec, peut-être d’autres individus tapis dans l’ombre, ne veuille passer outre pour imposer un DG acquis à la cause de certains individus ou groupe d’individus guidés par des intérêts égoïstes.

Mais, curieusement, l’actuel Directeur général de la CAMEG, Lazare Banssé, que nous avons contacté, n’a pas souhaité, pour le moment, s’exprimer sur le sujet «pour des convenances personnelles».

Le Conseil d’administration, lui, a réagi promptement à l’appel à candidatures, en publiant, le 30 décembre, un communiqué dans la presse. Et tout porte à croire qu’il n’approuve pas la manière dont le ministère de la Santé veut recruter le DG de la CAMEG. Voici un morceau: «Le Conseil d’administration, en sa 35e session, tenue le 22 décembre 2010, a décidé de la suspension de l’appel à candidatures pour le recrutement du Directeur général de la CAMEG paru dans la presse écrite en date du 15 décembre 2010». Et il ne s’est pas arrêté là: «Le Conseil d’administration prendra le soin de consulter les organismes juridiques appropriés aux fins de prendre les décisions en accord avec les statuts et règlement intérieur de la CAMEG; un conseil d’administration extraordinaire se tiendra dans les meilleurs délais pour statuer sur les résultats de ces consultations».

L’avis d’appel à candidatures publié par le ministère de la Santé pourrait donc être remis en cause. Déjà, dans l’entourage du ministre, il y a une certaine brouille par rapport à cette affaire. L’ordre est-il venu d’ailleurs ou est-ce le ministre qui a décidé d’engager son cabinet sur cette pente glissante ? Dans tous les cas, Seydou Bouda ne peut pas dire qu’il ignore que la CAMEG a un statut… d’association. Et que selon les statuts et le règlement intérieur de cette structure, le Directeur général est recruté par appel à la concurrence lancé par… le Conseil d’administration. C’est très clair ! Pourquoi donc cette précipitation à vouloir décider à la place du Conseil ? Dans le domaine de la santé, les commentaires vont bon train. Le nouveau DG, qui devrait donc remplacer l’actuel, aurait été trouvé… avant même le lancement officiel de l’avis d’appel à candidatures publié par le ministère de la Santé. Mais tôt ou tard, ça va se savoir ! Affaire à suivre.

Par Hervé D’AFRICK

Le Reporter

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