Isisdore Kini est un des pionniers de l’enseignement privé au Burkina Faso. En 1992, en effet, il lançait l’Institut d’informatique et de gestion, aujourd’hui ISIG International. Dans cet entretien, il aborde ce volet de la formation, tout en traçant du même coup, les ambitions qu’il a pour sa structure.
Sidwaya (S.) : En cette fin de 1er trimestre de l’année académique, comment se porte ISIG International ?
L’ISIG International se porte très bien. Comme vous pouvez le constater vous-même, il y a constamment des innovations, tant au niveau de la reconnaissance des diplômes qu’à celui des offres de formation. Nos effectifs vont croissants, les chantiers d’ISIG-Bobo avancent. C’est dire que ça va ; nous avons plein de projets et sommes optimiste.
S. : En matière de filière, quelles sont les nouveautés ?
Nous avons trois nouvelles offres spécialisées qui abondent dans l’innovation. D’abord, nous avons le Master spécialisé en management des réformes qui s’adresse essentiellement, à l’administration générale. Vous êtes sans ignorer que la décentralisation est à l’ordre du jour dans beaucoup de pays, notamment le nôtre, et il faut des ressources humaines bien formées pour la réussite de ce grand projet. Nous avons donc mis en place un programme où l’on recrute directement des étudiants en management des réformes, de développement institutionnel et renforcement organisationnel. Ensuite, il y a le Master en management de l’environnement et développement durable.
La première promotion vient d’achever son cycle et nous sommes en train de délibérer. D’ici à mars ou avril 2011, elle va sortir. Enfin, il y a un 3ème master, celui de la recherche pour lequel nous sommes autorisé depuis 2008, par le ministère en charge des Enseignements. La 1ère promotion vient de finir les cours et est à la phase des examens. Nous venons également, d’être autorisé à ouvrir l’école doctorale qui est une grande ambition et une nouveauté.
Cette ouverture impliquera beaucoup d’universités du Nord et permettra de répondre à une grande attente des étudiants en sciences de gestion et en informatique. Avec l’implication de ces partenaires, nous pensons vraiment pourvoir relever le défi. Au premier cycle, nous avons par ailleurs, le génie électrique qui vient d’ouvrir ses portes, cette année. Bref, il y a toujours des offres nouvelles pour répondre aux besoins des étudiants.
S. : Est-ce un souci de toujours innover qui vous a conduit en Chine du 18 au 23 novembre 2010 ? Quelles sont les motivations profondes qui vous ont poussé à aller dans cette lointaine contrée ?
Mon ambition n’est pas de former des ingénieurs qui sont recrutés seulement au Burkina. Mon vœu le plus cher, c’est de former des ingénieurs hautement qualifiés qui peuvent être employés partout où ils le désirent. Aujourd’hui, un ingénieur compétent ne peut pas chômer. Pour atteindre cet objectif, nous pensons que l’expérience chinoise peut nous aider. Pendant notre séjour, nous y avons signé des conventions avec des universités et grandes écoles et avons également, noué des partenariats avec des constructeurs d’ordinateurs et de matériel électronique.
Nous souhaitons, en tout cas, bénéficier de leur expérience. Le handicap, ce pourrait être la barrière de la langue. Heureusement que l’anglais est la langue utilisée en Chine, notamment dans les grandes universités. Il suffit donc que nous fassions un effort à ISIG, afin que les étudiants puissent suivre des cours pratiques dans cette langue. Vous comprenez donc pourquoi nous avons créé le laboratoire de langues avec la vision, qu’à partir de leur 3ème année, les apprenants soient capables de suivre une formation en anglais et en français.
S. : A propos de ces universités chinoises, avez-vous remarqué une différence avec les nôtres qui sont d’inspiration francophone ?
Le peu de temps que j’ai passé là-bas, m’a permis de voir une nette différence. L’approche est tout autre ! C’est vrai qu’il y a la théorie, mais l’accent est surtout mis sur la pratique. Chaque université a forcément un labo où l’on fait la conception et l’expérimentation. Nous avons visité une université spécialisée dans l’agriculture. Eh bien, au niveau du département agrobusiness, tout y est étudié.
Des semences à la transformation la plus complète. Et ce qui nous a le plus impressionné, c’est quand le professeur qui nous guidait nous a présenté une machine de transformation que lui-même a eu à concevoir. C’est vraiment ce genre d’expérience qu’il nous faut au Burkina. Et je pense que nous avons la possibilité puisque cela ne demande pas des moyens extraordinaires. Avec un peu de volonté, on doit pouvoir faire pareil.
S. : Il est également, question d’une implantation d’ISIG International dans d’autres pays. Qu’en est-il ?
Oui, nous sommes interpellé pour trois pays : le Tchad, la Centrafrique et la Guinée-Bissau. Il y a également, des possibilités au Niger.
S. : De ces quatre pays, trois sont francophones. Mais pourquoi la Guinée-Bissau, qui est lusophone ?
Disons que nous avons eu des expériences fructueuses avec ce pays. Le PNUD, dans le cadre d’une convention avec le PNUD, nous avait demandé dix étudiants d’ingénieurs en fin de formation qu’ils ont affectés en Guinée-Bissau. Ces dix ingénieurs ont été beaucoup appréciés et ont été maintenus là-bas. On les considère même comme des experts. Aujourd’hui, certains sont responsables de banques, d’autres sont au ministère des Finances.
Ceux-ci ont certainement préparé le terrain à telle enseigne qu’en 2007, l’ambassade de France dans ce pays, a accordé une bourse française à 22 étudiants qui ont été inscrits chez nous. Actuellement, ils sont en licence. Cette année, il y a 19 Bissau-guinéens qui sont annoncés dans notre établissement. Il y a une certaine demande en Guinée-Bissau et nous sommes donc en train donc de réfléchir à une mission spéciale dans ce pays pour voir dans quelle mesure notre établissement pourrait y être implanté.
S. : Justement, de la qualité de l’enseignement supérieur, parlons-en. On se rend compte que les instituts et universités privés poussent comme des champignons après l’orage au Burkina. A chaque coin de rue, on en rencontre. Qu’en pensez-vous, vous qui êtes un des pionniers dans l’enseignement supérieur privé ?
C’est vrai, c’est une question très importante. Je me rappelle des conditions qu’il nous fallait satisfaire pour ouvrir ISIG en 1992. Rien que l’enquête de moralité a pris près d’une année. Ensuite, il fallait démontrer une certaine capacité financière et matérielle. Aujourd’hui, j’ai comme l’impression que les conditions ont été allégées. On voit beaucoup d’établissements s’ouvrir. Mais, parfois, on se pose certaines questions. Avec un petit local, l’intéressé ouvre et prétend aussitôt, y assurer plus de cinq filières.
On se demande bien quel est son secret ! Trois ou quatre salles de petites dimensions pour enseigner plusieurs branches, ça me paraît étonnant ! Certainement que les autorités en charge de l’enseignement sont conscientes du problème et que quelque chose sera certainement fait. Soit dit en passant, j’ai parcouru un journal qui a publié des arrêtés d’ouverture dans lesquels il est mentionné que les diplômes d’ISIG-Bobo ne sont pas reconnus par le CAMES. C’est une grave erreur. C’était apparemment, le même fichier de l’année passée que ces annonceurs ont re-balancé, avec les mêmes erreurs.
La position du CAMES est très claire en l’espèce : ISIG-Ouaga ayant ouvert à Bobo, dans le même pays, les diplômes reconnus au siège s’appliquent aux annexes. ISIG International délivre 17 diplômes reconnus par le CAMES. A mon humble avis, lorsque le ministère de tutelle autorise l’ouverture d’une filière, il serait souhaitable que obligation soit faite à cet établissement de défendre ses diplômes devant le CAMES. Le CAMES visite l’établissement, les enseignants et les contenus académiques.
Interview réalisée par Charles OUEDRAOGO
Source : sidwaya.bf




