Le Premier ministre, Tertius Zongo, sur la situation de la nation qu’il a présentée aux députés le 26 mars indique que de nombreux investisseurs optent de plus en plus d’investir dans notre pays. Cela est bien à l’honneur de notre pays mais prévient le chef du gouvernement, cela a un prix : une gouvernance administrative orientée vers les résultats.
“77 investisseurs ont reçu des autorisations pour implanter des unités industrielles pour un montant prévisionnel de 31 milliards 659 millions 188 mille 272 francs CFA. En outre, 242 personnes physiques et morales étrangères ont été autorisées à exercer des activités commerciales pour un investissement prévisionnel cumulé de 15 milliards 575 millions 647 mille 722 francs CFA, dont 10 milliards 701 millions 619 mille 900 francs CFA comme prise de participation au capital des sociétés. Au niveau des agréments du code des investissements, 73 entreprises ont été agréées pour des investissements prévisionnels de 75 milliards de francs CFA avec la création de 2 782 emplois prévisionnels et une valeur ajoutée cumulée sur 5 ans de 254,8 milliards de francs CFA ». Cette annonce réjouit légitimement plus d’un Burkinabè de savoir que malgré le contexte international marqué par la crise, notre pays intéresse les investisseurs. Mieux, le Premier ministre révèle que ces nouveaux venus dans notre paysage économique n’en restent pas aux bonnes intentions.
En effet, 28 entreprises agréées au Code des investissements pour un montant total investi de 12,9 milliards de francs CFA ont effectivement démarré leurs activités créant 1479 emplois permanents.
Pour le Premier ministre, “ ce sont bien là des signes évidents de l’amélioration de l’environnement des affaires au Burkina Faso. ” Il note que cette constance à créer les conditions propices à l’émergence d’un secteur privé dynamique, a d’ailleurs valu à notre pays d’être classé parmi les dix meilleurs pays réformateurs du monde et les cinq meilleursd’Afrique selon le rapport.
“Doing Business” de la Société financière internationale (SFI) mais aussi comme un pays ayant enregistré des avancées significatives en matière d’harmonisation du droit des affaires selon l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires (OHADA) et de lutte contre la corruption selon Transparency International. Concernant ce dernier, les investisseurs étrangers disent en attendre beaucoup. En effet, cette année, le baromètre du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), auquel ont participé près de 400 entrepreneurs affiliés, révèle “ une image très moyenne et souvent médiocre de l’environnement qui accompagne les affaires en Afrique”. “ L’osmose du développement n’est possible qu’avec un secteur privé dynamique et un Etat fort qui fait respecter le droit”, souligne Anthony Bouthillier, vice-président du CIAN. Même si notre pays a su tirer avantage des difficultés rencontrées par les pays voisins, son sort mérite réflexion.
Le rapport 2009 du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) juge par exemple les contrôles fiscaux cléments dans les pays d’Afrique australe (Afrique du Sud, Lesotho, Botswana, Namibie, Zimbabwe et Zambie), en Afrique orientale (Kenya et Ouganda), au Gabon et en Egypte, que dans le reste du continent. Le rapport classe les pays en fonction du degré d’écart par rapport à un comportement normal en la matière sur une échelle qui compte cinq niveaux : “contrôles fiscaux normaux effectués dans les règles” (où figurent les pays cités plus haut), “environnement fiscal considéré comme anormal, harcèlement ponctuel” (Maroc, Algérie, Tunisie, Niger, Ghana et Madagascar), “environnement fiscal dégradé, harcèlement fréquent” (Ethiopie, Sénégal, Sierra Leone, et Burkina Faso), “environnement fiscal malsain, harcèlement intense” (Angola, Nigeria, Liberia, Guinée, Mali et Mauritanie) et, enfin, “environnement fiscal irrationnel, harcèlement insupportable” (Côte d’Ivoire, Bénin, Cameroun, Tchad, Soudan, République centrafricaine, Congo Brazzaville, République Démocratique du Congo, Tanzanie et Mozambique). Quatre pays ne figurent pas dans ce classement (Libye, Erythrée, Djibouti et Somalie) en raison de l’indisponibilité d’informations sur la fiscalité chez eux. En outre, les investisseurs critiquent les marchés parallèles, la fraude et la contrefaçon.
Sur le fléau de la corruption, le chef du gouvernement est catégorique : “ la volonté du gouvernement ne saurait souffrir d’équivoque avec la mise en service de l’Autorité supérieure de contrôle de l’Etat (ASCE) le 9 juin 2008 et son engagement de renforcer les capacités de la Cour des comptes afin qu’elle puisse exercer ses attributions en matière de contrôle juridictionnel. ” En matière de gestion des marchés publics, il assure qu’avec “ le déploiement du dispositif institutionnel consacrant la séparation des fonctions de contrôle et de régulation, l’institution des postes de Personnes responsables des marchés (PRM) et le début de la déconcentration de la Direction générale des marchés publics (DGMP) dans les ministères et les régions, les réformes, la transparence sera accrue ainsi que l’efficacité du processus de la commande publique. Par ailleurs, l’intégrité du système de passation des marchés publics consacrée par la mise en place de l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) a été améliorée par l’institution de la commission de règlement amiable des litiges indépendante à composition tripartite. ”
Son discours qui intervient à un moment où certains industriels du secteur des deux roues ont maille à partir avec les Douanes au sujet du classement de leurs marchandises en Douane sonne comme une invite à la poursuite des réformes réglementaires et institutionnelles en vue de l’amélioration du climat des affaires. Une chose étant d’attirer les investisseurs, une autre étant de les maintenir car dans cette affaire de la classification des motos par exemple, si le dépôt de chèques en consignation dans l’attente d’une décision a permis de gagner du temps , cette solution pourrait s’avérer suicidaire si d’aventure les chèques étaient tirés par les Douanes. En effet, les entreprises concernées ayant déjà vendu les motos au prix indexé à la première catégorie se trouveraient en difficulté et pourrait à terme mettre la clé sous le paillasson. Aussi, le chef du gouvernement insiste t-il sur la culture d’une gouvernance administrative orientée sur les résultats. “ Vous conviendrez avec moi que la croissance économique de qualité, source d’un progrès économique et culturel soucieux d’équité, n’est envisageable que dans le contexte d’une gouvernance administrative clairvoyante véritablement orientée sur les résultats”, conclut Tertius Zongo. Cela implique toujours la recherche de l’intérêt supérieur de la nation.
Victorien A. SAWADOGO
Source : sidwaya.bf




